[Fiction] Passion Destructrice - Chapitre 9

Le soleil était levé et Georg dormait profondément. Dans la chambre, la fièvre et la douleur avait réveillé Tom, le laissant courbaturé et abasourdi. Son dos était encore plus douloureux et chaque mouvements qu'il faisait lui arrachaient une grimace et il serrait les mâchoires pour ne serait-ce se mettre en position semi-assise dans le lit. Quand il pût se redresser un peu, son regard chercha automatiquement son portable sur la table de nuit. Il n'y avait rien. Il était sûr que Bill avait certainement essayé de l'appeler plusieurs fois. Et une partie de lui voulait lire et écouter ce que le brun pouvait avoir laissé. Il n'osa pas appeler son ami, devinant que celui-ci devait dormir au vu du silence qui régnait.

Il pivota légèrement pour poser très doucement ses pieds sur le sol et essayer de se lever. Son dos lançait toujours mais il arriva finalement à se mettre debout, le corps en feu. Il se dirigea lentement vers la salle de bains, s'enferma et se mit face à son miroir. Il était supposé aller travailler aujourd'hui, comment allait-il pouvoir cacher les traces sur son visage, son cou, ses bras ? Son père poserait des questions et c'était déjà clair pour Tom : il était hors de question de parler de Bill. Jamais. A personne. Surtout pas à ses parents.

Son ½il gauche était toujours enflé, en fait il ne pouvait rien voir avec cet ½il-là. Il observa son corps en entier, remarquant les griffures, les hématomes laissés et plus que la tristesse, la colère fit surface. Une colère aussi grande que l'amour qu'il portait au brun. Comment Bill avait osé ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Ils s'aimaient pourtant si fort, ils étaient pourtant si bien ensembles. Alors pourquoi ? Tom regardait son reflet dans le miroir, sans se voir et dit tout bas :

-Je comprends pas...

Il décida pour l'instant de grimper tant bien que mal dans la baignoire et l'eau chaude qui coula sur son corps brûla sa peau, réveillant un peu plus la douleur et finalement, au fur et à mesure, le détendit un peu. Alors qu'il se séchait, Georg frappa à la porte, réveillé par les bruits de l'eau :

-Tom ? Ça va ?

-Ouais, ça va, t'inquiètes. Je finis, là. J'arrive.

Il mit encore un peu de temps à s'habiller mais ça lui demandait trop d'effort de s'occuper de ses dreads, alors il les laissa détachées, tombant librement dans son dos. Il se prépara mentalement à sortir et à affronter son ami, il fallait aussi qu'il appelle son père pour prévenir qu'il ne viendrais pas aujourd'hui. Pour ça il savait que ça irait, il dira juste qu'il était malade et il savait d'avance que son père lui accordera sans difficultés sa journée. Il ouvrit enfin la porte et rejoint Georg dans la cuisine, affairé à trouver de quoi les nourrir convenablement. Ce dernier tourna la tête vers lui quand il passa le seuil de la cuisine :

-Alors, comment tu te sens ce matin ? Ton dos ? Assieds-toi, je fais le pti déj. Pourquoi tu m'as pas réveillé, je t'aurais aidé !

-Ça va, c'est bon, Georg. Je...j'ai encore un peu mal et un peu de fièvre, je crois. Mais ça va.

Il fit une pause et quand son ami prit place en face de lui, la cafetière à la main il ajouta :

-Georg...merci...

-Je...C'est rien...

Pendant un moment, ils mangèrent dans le plus grand silence, osant à peine se regarder. Georg avait du mal à supporter la vision des blessures de son ami, et Tom, devinant très bien le malaise, n'osait dire un mot. Le blond soupira un bon coup et dit finalement :

-Bon, faudrait que j'appelle mon vieux pour lui dire que je viendrais pas ce matin. T'as pas vu où est mon portable ?

Georg se leva pour aller le récupérer :

-Si si. Bouges pas je vais te le chercher.

Il le ramena et la conversation entre Tom et son père fut brève, l'essentiel étant dit et surtout accordé. Georg alla ensuite se doucher et le blond se retrouva seul dans la cuisine, le téléphone en main. Il le tournait et le retournait dans tous les sens, hésitant à prendre connaissance des messages laissés par Bill. Il en avait envie, il avait envie d'entendre sa voix, de l'entendre dire qu'il regrettait, ça apaiserait un peu sa souffrance morale d'entendre le brun regretter amèrement ce qu'il s'était passé. Comme si ça pouvait effacer un peu l'horreur qu'il avait subit. Il se décida et écouta, plus avidement que prévu, tous les messages, espérant pouvoir le faire avant que Georg ne revienne. Il les écouta tous, il lut tous les textos. Mais il ne se sentit pas mieux. Autant il avait d'envoyer balader le brun, autant il avait envie de le voir, il avait envie que Bill vienne le prendre dans ses bras et apaiser son mal. Parce que la seule personne au monde qui puisse vous consoler, c'est celle qui vous a fait mal...

Mais il ne se sentait pas encore capable de lui parler, et il réfléchit à ce qu'il pourrait mettre dans un texto. Il ne savait pas quoi dire. Il hésitait entre envoyer un « salut, je vais assez bien », un « salut, ça va pas trop et toi ? Qu'est-ce qu'il t'a pris ? » ou dire ce qu'il avait sur le c½ur, ça donnerait plutôt « Salut, je vais pas bien du tout, j'ai mal, et pire que tout, j'ai surtout mal à l'âme, je comprends pas. Je t'en veux mais par-dessus tout, tu me manques, je t'aime toujours, je t'aime encore, mais tu me fais peur et ça me tue, dans tous les sens... » Non, il ne pouvait pas envoyer cela...

Et Georg arriva là-dessus, trouvant son ami avec le portable en main, il se raidit à l'entrée de la cuisine, il avait oublié les messages de Bill, il aurait dû les effacer. Maintenant, il était sûr que Tom en avait pris connaissance, c'était évident, il pouvait lire un désespoir immense sur son visage. Il entra vivement dans la pièce, s'écriant :

-Tom ! Tu comptais tout de même pas l'appeler ?

Ledit Tom sursauta et le regarda, comme pris en faute. Il bafouilla :

-Non ! Non. Je...je regardais juste...

-C'est bon, Tom. T'as eu ses messages, alors ? Merde j'aurais dû les effacer, un par un, tous autant qu'ils sont ! Ce salaud a failli te tuer et même de loin il arrive encore à te déstabiliser !

-Arrêtes, s'il te plait ! Arrêtes...Il faudra bien de toute façon que je...qu'on se...qu'on se parle, à un moment, je vais pas l'éviter indéfiniment.

-Je crois plutôt que tu devrais, Tom ! Ce mec est un malade, t'entends ? Un grand malade ! Penses-y ! Faut qu'il se fasse soigner, c'est pas possible ! Tu comptes faire quoi ?

-Je sais pas, Georg, j'en sais rien du tout. Là, j'ai juste envie de rien faire.

Il appuya son dos sur le dossier de la chaise, grimaçant de nouveau de douleur. Il ferma les yeux et soupira longuement. Il rajouta tout bas :

-Et putain, Georg...Oui, j'ai envie de le voir aussi...

Il sursauta violemment quand il entendit un grand coup de poing donné dans la table. Il ouvrit les yeux et vit son ami, le visage rouge de colère et les yeux flamboyants en face de lui :

-Arrêtes ça, Tom ! Arrêtes ça de suite ! N'y penses même pas ! Attends, tu vas pas...tu vas pas me dire que tu comptes reprendre contact avec lui, quand même ?

Le blond se sentit minable, faible et sans caractère mais voulut être sincère avec son meilleur ami :

-Je sais pas ce qu'il faut faire, Geo, je sais pas. Tu crois que j'ai arrêté de l'aimer simplement comme ça, juste comme ça , en un instant ? J'aurai aimé, mais tu vois, c'est pas si simple ! Putain, Georg, tu peux comprendre qu'il me manque quand même, malgré tout ? Tu peux comprendre ça ? Parce que moi, putain, j'y arrive pas ! Alors expliques-moi, hein ! Dis-moi ce que je peux faire ! Et me dis pas de ne plus l'aimer, de l'oublier, de plus le voir, parce que tu vois, Bill, je l'aime ! C'est la première fois que j'aime comme ça, c'est la première fois que j'aime tout court et que je suis aussi bien avec quelqu'un et-

Il fut coupé par la voix interloquée de son ami :

-Pardon ? « Bien » ? Attends, tu viens de dire que tu es « bien » avec lui ? Putain, tu plaisantes ? L'état dans lequel je t'ai trouvé, excuses-moi, mais j'appelle pas ça « être bien » ! Merde, t'as failli crever ! Crever par ses mains, Tom ! T'entends ?

-Pas besoin de me le rappeler ! Tu sais très bien ce que je veux dire ! Quand il est pas...sans sa jalousie, il est...c'est un mec super, Georg, je t'assure ! Et puis tu sais, il a eu...il a connu beaucoup de souffrance avant et c'est ça qui...qui fait qu'il manque de confiance. Il est vraiment pas méchant, je te jure. Pas que j'approuve ce qu'il m'a fait, mais tu sais, j'ai le don aussi pour le rendre furax, tu me connais, je peux avoir des paroles pointues et-

Georg secoua la tête, encore plus abasourdi :

-Bon sang ! Et voilà ! J'en étais sûr ! Bientôt, tu vas me dire que c'est de ta faute ? Que t'as mérité parce que t'as eu des paroles mal placées ! Ouvres un peu les yeux, Tom ! Il est malade ! MA-LA-DE ! Et tu peux rien contre ça ! C'est un jaloux maladif, si tu restes avec lui, ça recommenceras, encore, toujours, il va finir par te tuer, putain !

Tom se mit à crier lui aussi :

-Mais le laisser n'arrangera rien ! Je le connais, je le comprends, je peux l'aider ! Y a que moi qui puisse ! Je sais que je peux l'aider ! Je...je lui dirais de se faire soigner, il m'écoutera. Il est pas mauvais dans le fond, il regrette déjà tellement. Je sais qu'il a autant mal que moi !

-Sauf que lui, physiquement il va BIEN, Tom, oublies pas ça ! IL VA BIEN !

Et Georg reprit plus bas :

-Écoutes, laisses passer un peu de temps, ok ? Réfléchis un peu, le vois pas tout de suite, l'appelle pas maintenant. Donne du temps à tout ça ! Mais je te préviens, si t'as l'intention de te remettre avec lui, il va recommencer et ça va être pire...

Le dreadé prononça dans un ton las :

-Je veux l'aider. Je l'aime et je veux pas lui tourner le dos. J'y arrive pas. Il a que moi, Georg, que moi. Je l'aime et je sais qu'il m'aime.

Après un silence pendant lequel les deux amis se fixèrent, Georg posa sa main sur celle de Tom et dit :

-Il t'aime mais il va finir par te tuer...

Au fonds, les idées du blond rejoignaient celles de Georg, mais elles étaient tellement confuses encore. Il aimait tellement Bill, il était persuadé qu'il était le seul à pouvoir le comprendre et à pouvoir l'aider. Mais il était terrifié aussi. Il n'avait rien dit à son meilleur ami, mais Bill avait laissé, à un moment donné, un message particulièrement troublant.

En effet, Georg avait éteint le portable, il n'avait donc pas pu prendre connaissance du message inquiétant que Bill laissa, enragé à force de tomber sur le répondeur de Tom. Le message vocal disait :

« Tom, c'est moi, encore une fois. Pourquoi tu réponds pas ? Tu pourrais au moins me donner de tes nouvelles, je...je suis inquiet. Je t'aime Tom, tu sais que je t'aime. Je t'aime tellement, ça me...tu me rends fou, Tom, putain c'est incroyable ce que je t'aime. Et tu veux pas me répondre. Je suis tellement désolé pour tout ça, mais tu vois, t'aurais pas dû me mentir, tu m'as menti et j'ai pas aimé. J'aurais jamais...Je t'aurais jamais...enfin, bref, tu comprends, c'est quand même un peu ta faute tout ça ! Ouais, je te mens pas, moi, je te cache rien ! Et toi...toi tu vois Georg dans mon dos, tu le...vous vous...T'as aucune idée de ce que ça me fait quand je te revois devant moi, en train de mentir et de me dire de me faire soigner. Tu mens, tu me cries dessus et c'est moi que tu envoies me faire soigner ? J'y suis pour rien, Tom. Pour rien. C'est ta faute si on en est là, tous les deux. Ta faute. Pas la mienne. Je t'aime, je...tu me manques, j'ai besoin de toi. Je peux pas rester sans toi et sans nouvelles de toi. Appelles-moi, je t'en prie. On est si bien tous les deux, rappelles-toi. Je pouvais pas te laisser me traiter comme ça, hein ? Moi je le fais pas avec toi...Bon, ok, ça me fait chier de parler à ton répondeur, alors appelles-moi, ok ? A n'importe quelle heure. T'as qu'un mot à dire, Tom et je suis là, tu le sais. Je t'aime...je t'aime Tom. Bye. »

Aux premiers mots de son petit ami, son c½ur s'était emballé, Bill était désolé, Bill l'aimait et bon sang, ça faisait du bien d'entendre cela. Puis, au fur et à mesure, il fut tour à tour inquiet, dépassé, effrayé, terrorisé. Tom était abasourdi par ce message, il prenait encore plus conscience de la folie du brun. Bill qui pensait, qui affirmait que c'était sa faute A LUI ! L'androgyne occultait totalement le fait qu'il n'avait pas à régler les problèmes par la violence, et il l'avais senti s'énerver à force de ne pas pouvoir le joindre.

Tout cela, il le tût à Georg, inutile de raviver sa colère et sa rancune envers Bill. Il voulait aider son petit ami, il allait le faire. Mais pour l'instant, la peur était encore trop forte, il décida de rester loin de lui, le temps de réfléchir à tout ça et de trouver la meilleure solution pour tous les deux. Mais le fait était que Bill lui manquait, indéniablement, et qu'il l'aimait toujours passionnément. Il se sentait coincé, perdu dans une relation noire et morbide, ne voyant aucune solution. Il réléchissait intensément et se repassait les derniers évenements en boucle. Il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable aussi. Et c'était ça le plus fou. Après tout, il n'avait pas dit à Bill qu'il ne travaillait pas, et quand Bill lui avait demandé où il avait passé la journée, il avait menti. C'était ça qui avait mis le brun en colère, il n'aurait tout simplement pas dû lui mentir, après tout, s'il avait dit la vérité, peut-être que Bill aurait compris. Il aurait dû lui dire qu'il avait prévu de passer la journée avec son pote...Il avait merdé sur ce coup-là. Il se disait qu'il avait mal agit. Parce que c'est quand on commence à cacher des choses que ça nous rend coupable, il n'y avait rien entre lui et son pote, et cacher qu'il passait la journée avec lui c'était comme s'il avait rendez-vous avec un amant. C'était ça le faux pas, il n'aurait pas dû...Sans cesse il se répétait cela. Il finit par se persuader qu'il était responsable de la colère de son petit ami, après tout il n'aurait pas aimé lui-même que Bill lui mente, et lui l'avait fait. Il pensait à tout ça, oubliant pendant un instant qu'il avait menti parce que Bill ne supportait pas cette vérité-là. Il se sentit encore plus confus, encore plus perdu, encore plus déchiré et déboussolé et murmura pour lui-même :

-Bill...putain ! Qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce qu'ON va faire ? Ni avec toi, ni sans toi...putain !

Georg revint de la salle de bains fin prêt et déclara qu'il devait aller en cours, impossible de faire autrement, c'était une année importante, avec des cours primordiaux. Il partit, insistant lourdement pour que Tom ferme à clefs après lui et n'ouvre à personne tant qu'il ne serait pas revenu. Il devait finir à 14H et viendra directement. Bien-sûr, il conseilla à son ami de ne pas appeler le brun, de ne pas répondre à ses coups de fil mais intérieurement il savait que ça allait être un combat difficile à gagner pour le blond. Et Tom se retrouva seul dans son appartement, le corps toujours endolori et les pensées tourbillonnantes.

Bill s'était levé tôt aussi, il s'était préparé et cherchait le meilleur moyen pour mettre Georg de son côté, ce qui allait être d'une difficulté extrême. Il savait que ce dernier était en troisième année de psychologie mais n'avait aucun souvenir de l'avoir déjà vu sur le campus. Georg non plus d'ailleurs, le soir où ils avaient dîné au restaurant, ils s'étaient fait la remarque. Rien d'étonnant à cela, l'université était très grande, remplie de monde, ils n'avaient pas le même emploi du temps et de plus, Bill était assez solitaire, il rentrait chez lui directement quand les cours étaient finis et ne traînait avec personne, au contraire de Georg qui était assez populaire et passait beaucoup de temps avec ses amis, rigolant, étudiant, discutant, bref une vie normale d'étudiant entouré.

Quand il arriva à l'université, Bill se rendit directement devant le panneau qui comportait l'emploi du temps des troisième années de psychologie, et repéra immédiatement dans quel cours devait se trouver Georg. Apparemment celui-ci devait être en sport, sa classe devait déjà être sur le terrain ou au gymnase. L'androgyne avait prévu d'essayer de lui parler, d'avoir au moins des nouvelles de Tom. Il avait aussi d'autres pensées bizarres et luttait fortement pour ne pas les mettre à execution. Par expemple, casser la gueule au meilleur ami de celui qu'on aime ne rentre pas dans le cadre du processus de repentir. Tom ne le lui pardonnerait pas. Et Georg avait l'air très fort physiquement, avec plus de lucidité Bill se sentait incapable de le battre. Alors il allait essayer de lui parler...

Le chemin jusqu'au gymnase était désert, les cours avaient commencé et tout le monde devait déjà être dans sa salle. Peu d'élèves se trouvaient sur le terrain et en un coup d'oeil Bill remarqua que la classe de Georg s'y trouvait, les élèves s'échauffant pour une partie de football américain. Il se tenait loin du terrain, personne ne prêta attention à sa présence. Il essaya de repérer à travers ses lunettes noires la silhouette de Georg mais ne le remarqua pas. Après un certain temps passé, il vit un jeune homme se détacher du groupe pour se rendre en direction des vestiaires et son coeur bondit, c'était Georg ! Il longea le terrain, dans l'ombre, se faisant discret et entra dans le bâtiment. Il scanna les environs et tendit l'oreille, à la recherche du moindre indice qui indiquerait où le jeune homme était parti.

Soudain, il l'entendit siffloter aux toilettes. Il se rapprocha et en observant brièvement la pièce, il remarqua un seau qui se trouvait dans un coin. Il s'en saisit vivement et fut ravi de constater que le seau était déjà plein. Ca lui donnait une idée. Ca ferait l'affaire, il sentait déjà que la discussion allait être houleuse et qu'il n'obtiendrait pas satisfaction avec Georg. Il posa le seau près de lui, à portée de main et se planta devant les lavabos, attendant que le jeune homme sorte de la cabine dans laquelle il s'était isolé. Il n'eut pas longtemps à attendre, après avoir tiré la chasse d'eau, Georg sortit, sifflotant toujours. Il s'arrêta net quand il vit Bill debout dos aux lavabos, les bras croisés, l'air anxieux. Il cracha, hargneusement :

-Qu'est-ce que tu fous là, toi ?

Bill se doutait bien qu'il allait avoir un accueil de ce genre. Il tiqua une seconde et demanda d'une voix hésitante :

-Je...Comment il va ?

Georg se lavait les mains et fit comme s'il n'avait pas compris :

-Qui ça ?

-S'il te plait, fais pas comme si tu comprends pas ! Tom ! Comment il va ? J'essaye de le joindre depuis hier soir !

Pendant qu'il se séchait les mains sous l'appareil automatique, Georg regarda le brun à travers le miroir, son regard était froid et sa voix glaciale :

-A ton avis ? Tu penses qu'il va comment avec tout ce que tu lui as fait ? Hein ? Il va pas bien, Bill ! Il va pas bien du tout ! Et je te parle pas que de la douleur physique !

Bill baissa la tête quelques secondes et la releva aussitôt :

-Et moi ? Tu crois que je vais bien moi ? Il...Il faut que je lui parle, il faut que je le vois !

Georg vint se planter devant Bill, il dégageait la colère et sa stature imposante impressionnait l'androgyne :

-Y a pas intérêt à ce que tu l'approches, t'entends ? Je crois que t'en as assez fait ! Tu peux encore lui dire merci, j'aurais pas été aussi indulgent, moi ! A l'heure qu'il est, je t'aurais fait coffrer ! Mais t'as de la chance, tu vois, Tom t'aime, je comprends pas pourquoi, mais il t'aime et voilà, il t'a laissé partir. Mais de toi à moi, t'approches pas de lui, l'appelles pas, le contactes pas, ou je te jure que t'auras à faire à moi ! Fous lui la paix, c'est un grand service que tu lui rendras...

Bill commençait à s'énerver. De quel droit il lui parlait comme ça ? A cause de lui, il n'allait plus pouvoir voir Tom, ni lui parler et cette pensée le terrifia, lui coupa presque la respiration et fit tourner sa tête. Sans Tom, il n'y arriverait jamais. Il s'écria :

-T'as pas à t'en mêler ! Si Tom veut plus me voir, qu'il me le dise lui-même ! Restes en dehors de tout ça ! Tu me connais pas, tu connais pas ce qu'on vit, tu te trompes complètement à mon sujet !

Georg ricana :

-Ah ouais ? Je crois pas, non. Je t'ai trouvé sympa au début, au resto. Mais j'ai vite compris ce que Tom refuse de voir, même maintenant encore. T'es malade, Bill ! T'as un gros problème ! T'es un jaloux stupide, borné et maladif ! Tu devrais te faire soigner ! Si tu voyais l'état de Tom ! Putain ! Heureusement que je suis arrivé ! Et crois-moi, je vais pas te laisser lui faire du mal encore une fois, ça pas question, pas tant que je serais là !

Le brun tenta encore de le persuader, il paniquait à l'idée d'être éloigné de son amour, ce que Georg semblait décidé à accomplir. Il haussa la voix un peu, gesticulant nerveusement, une sueur froide coulant le long de son dos et la peur de perdre Tom lui glaçant le sang :

-Je...je suis le premier désolé de ce qui s'est passé ! J'aurais pas dû mais merde, c'est pas moi qui ai menti ! Vous...c'est lui ! Il m'a caché des trucs, il m'a pas dit la vérité quand...C'est pas de ma faute ! Tout ça c'est de la tienne ! La tienne et la sienne !

Georg le regardait, les yeux grands ouvert, et secoua lentement la tête :

-C'est bien ce que je dis. Putain, t'es malade, t'es vraiment malade, mec ! Parce que maintenant c'est de la faute de Tom ? Tu l'as battu, Bill ! Battu ! Pratiquement laissé pour mort sur le sol sans avoir le réflexe d'appeler les secours. T'es dangereux, t'es...je veux même pas savoir, en fait. Saches juste qu'à partir de maintenant, tu vas rester loin de lui. Très loin. Toi et lui, c'est fini, ok ? Laisses-le tranquille, c'est la meilleure chose que tu pourras faire pour lui. De toute façon je vais être plus souvent dans le coin, je t'interdis de l'approcher, de le voir, de lui parler. Si tu fais quoi que ce soit, je me ferais une joie d'appeler les flics moi-même, peu importe ce que Tom en pense.

Il se rapprocha de Bill un peu plus, appuyant son avertissement par un regard féroce et une allure menaçante :

-Est-ce que je me suis bien fait comprendre ? Tom, tu l'oublies...Parce que depuis hier, toi et lui, c'est fini...

Le brun déglutit péniblement et ne fut même pas apte à répondre quoi que ce soit. Il ne voulait pas acquiescer, il n'arrivait plus à réagir, à parler, à protester. Georg lui avait dit que c'était fini...Et il ne pouvait pas accepter cela. Tom était sa raison de vivre, son amour, l'homme qu'il aimait plus que tout, jamais il ne pourrait se passer de lui, jamais il ne survivrait sans lui. A la simple idée qu'il ne pourrait le revoir, il eut la nausée. Georg lui tourna le dos, se préparant à quitter les vestiaires toujours inoccupés et redevenus silencieux avec son départ imminent. Seule la respiration saccadée de Bill faisait office de bruit et celui-ci entendait son coeur battre jusque dans ses tempes et cogner sourdement, comme le bruit d'un train lançé à toute vitesse. Il ne pouvait pas laisser faire ça. Il ne pouvait pas...La colère, la haine, la jalousie l'envahissait encore, dépassant le seuil critique, emplissant toute sa tête et lui enlevant toutes pensées rationnelles. Ses yeux affolés firent le tour de la pièce et il ne mit que quelques secondes pour décider de mettre son plan à execution. L'homme d'entretien devait être en train de faire des travaux, on entendait vaguement quelques bruits de perceuse quelque part. Quand il était entré dans les toilettes, Bill avait vu que le fil de la prise était abîmé et à un endroit, les fils étaient mis à nus. Le brun savait que le courant d'un tel outil devait certainement dépassé les 240 volts, la décharge serait donc mortelle... Georg arriva pile à l'endroit qu'il attendait et avant qu'il n'eut le temps de pousser la porte, Bill prit le seau, le lança dans les pieds du jeune homme qui cria :

-Putain, qu'est-ce-que tu fous ? Ca va pas bien ?

De son pied, Bill poussa vivement le fil décharné dans l'eau où Georg se tenait debout, encore étonné de son comportement et l'eau entrant en contact avec le fil abîmé et branché, la déchargarge fut violente. Georg n'eut même pas le temps de crier, quelques petites étincelles jaillirent et son corps fut parcouru de spasmes violents. Ses yeux se révulsèrent et son corps s'effondra mollement à terre.

Bill se pencha pour regarder le visage de Georg et recula en poussant un grand cri d'effroi et une exclamation d'horreur, le jeune homme le regardait, immobile, toujours étendu sur le sol. Il paniqua encore plus à l'idée que Georg avait tout vu et qu'il allait se relever et lui causer tout un tas d'ennuis mais comprit subitement qu'il était mort, les yeux toujours grands ouverts et le visage exsangue. Il réalisa qu'il fallait qu'il parte sur le champs, le court-circuit ayant certainement coupé le contact dans la perceuse de l'homme de l'entretien, celui-ci n'allait pas tarder à revenir. Il se pencha néanmoins pour récupérer le seau qui portait ses empreintes et sortit vivement des vestiaires, non sans avoir murmuré à ce qu'il restait de Georg :

-Maitenant TOI fous-nous la paix ! Tom est à moi ! A MOI !

Il partit le plus vite possible, sans rencontrer personne, par chance pour lui, ni sur le chemin du gymnase, ni sur le chemin qu'il emprunta pour sortir de l'université. Il parcourut rapidement la distance qui le séparait de chez lui, les mains fermement accrochées au seau qu'il avait pris avec lui.

*Ellipse*

Tom était assis dans son fauteuil, les yeux secs, trop étourdi par les récents évenements. Il venait d'assister aux funérailles de son meilleur ami. Il n'avait pas versé une seule larme. Pas une seule, peut-être encore trop hébété pour ressentir quoi que ce soit. Il lui semblait qu'il fonctionnnait en pilotage automatique. Le jour où Georg l'avait laissé pour aller en cours, ses parents l'avaient appelé en fin de journée pour lui annoncer la nouvelle. L'université venait de les appeler, annonçant que leur fils venait d'avoir un « regrettable accident » dans les vestiaires du gymnase. Il avait marché sur un fil qui, on ne sait comment se trouvait à proximité d'une grosse flaque d'eau, fil qui était défectueux. La décharge avait été mortelle, otant la vie du meilleur ami de Tom en quelques secondes...Les parents étaient effondrés, Tom était comme engourdi de chagrin. Tout ce qu'il savait, c'est que Georg n'était pas là, et ne serait plus jamais là. L'homme d'entretien avait été placé en détention provisoire pour homicide involontaire. La négligence dont il avait fait preuve était impardonnable. Personne n'avait trouvé à redire à propos de la flaque d'eau, après tout, de l'eau sur le sol des toilettes, c'est normal, c'est courant, non ? C'est le fil qui n'avait rien à faire là, un fil défectueux en plus, la négligence de l'homme de l'entretien était vraiment inexcusable...

Tom était toujours assis, se remémorant les derniers moments passés avec son meilleur ami. Une boule lui serrait la gorge mais les larmes refusaient toujours de couler, il était comme figé dans sa douleur. Il avait gardé les vêtements qu'il portait pour les funérailles, hormis le long manteau noir qu'il avait enlevé et jeté à la va-vite sur une chaise, au hasard. Il hésitait à retirer son jean noir et sa chemise blanche, dont il avait retroussé sur ses coudes les longues manches.

Avec tout ça, il avait bien dû sortir de son appartement et avait dû expliquer à ses parents les traces sur son visage. Ca s'était résumé à une bagarre avec des « types un peu louches » et malgré l'insistance de ses parents, il refusa de porter plainte. Il dû obligatoirement se rendre chez un médecin, fortement réprimandé par sa mère et on lui fit enfin passer une radiographie qui révéla que son dos n'avait rien de grave. Les hématomes étaient toujours présents, son visage était toujours en voie de cicatrisation mais son oeil avait dégonflé.

Il avait été sans nouvelles de Bill. Depuis ses messages laissés, le lendemain de l'horreur, il s'était fait silencieux. Et Tom dût bien admettre qu'il lui manquait. Horriblement. Mais il ne l'avait pas appelé non plus. La cérémonie avait été longue et éprouvante et le dreadé n'avait pas voulu se rendre chez les parents de son ami, préférant regagner le plus vite possible son appartement.

Il avait eu le temps d'apercevoir Bill au cimetière. Parmis toutes les personnes présentes, il se tenait là. Seul, vêtu de noir lui aussi, de grandes lunettes noires semblant manger tout son visage, les cheveux lissés cachés sous un bonnet noir. Il était attirant au possible et Tom n'eut qu'une envie, aller vers lui et le prendre dans ses bras, lui raconter sa douleur et sentir de nouveau sa bouche sur la sienne. A un moment, Bill avait relevé ses lunettes sur sa tête et plusieurs fois, leurs yeux s'étaient croisés. Mais dès que l'enterrement se termina, Bill partit rapidement. Le blond n'eut pas le temps de le rattraper. Et il se dit alors que c'était mieux comme ça. Ils ne s'étaient pas parlé, manifestement Bill se tenait loin de lui et lui, il ne savait toujours pas où il en était. Oui, c'était sûrement mieux comme ça...

Tom enleva ses chaussures et ses chaussettes et prit une bière dans son frigo avant de se réinstaller dans son fauteuil, les pieds sur la table basse. Soudain, on sonna à sa porte. Il hésita un instant et se décida à ouvrir. Il n'était pas préparé à ce qu'il vit...Bill se tenait là, devant lui. Tom prit un peu peur et voulut refermer la porte sans lui parler mais Bill glissa son pied et cala la porte aussi de sa main. Il s'écria

-Attends ! Je...Laisses-moi juste te parler...

Le dreadé hésita un peu et consentit à ouvrir un peu la porte, toujours sans un mot, signifiant par là au brun de dire ce qu'il avait à dire. Le brun fit un minuscule sourire et un regard désolé. Il dit, d'une voix tremblotante :

-Tu...Tu me manques et là, je...Je...Je suis juste venu voir si tu allais bien, avec tout ça. Mais si tu préfères, je peux partir. Je comprendrais. T'as qu'un mot à dire, Tom...qu'un seul...

Le blond le regarda longuement, le visage sans expression, il regardait juste l'espoir qu'il lisait dans le regard noisette et chaud du brun qu'il trouvait encore plus beau comme ça. Lui aussi, il lui avait manqué et malgré tout, il sentait son coeur battre de contentement de le voir là, et de l'entendre lui dire tout ça...et ce sentiment-là fut plus fort que sa peur...

Alors, il se décida. En ouvrant la porte en grand et se mettant de côté pour le laisser entrer, il scella son destin avec ce seul mot, mot que Bill n'attendait plus mais qu'il espérait de toutes ses forces pouvoir entendre :

-Restes...

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Comments :

  • chaos87th

    03/08/2011

    Alors là, je pense que Bill est arrivé à un point de non retour.
    J'aime pas ce Bill méchant, hypocrite, égoïste, violent.
    J'espère que Tom survivra à ce que Bill risque de lui faire subir par la suite.

  • th-lucky-fic

    11/02/2010

    et voila je m'en doutais qu'il allait encore faire une connerie
    mais pourquoi il lui dit de resté apré ce qu'il a fait
    je vous jure l'amour sa fait faire que des connerie
    et en plus Bill qui élimine Georg je trouve sa trop triste
    esperons qu'il se fasse soigné

  • tounzig

    01/02/2010

    Quelle histoire! Quelle violence! J'en reviens pas... et le pire est, je suppose, que des histoires pareilles, ça existe vraiment!

  • Pucca97217

    12/09/2009

    Georg tu pourras pas les empecher de se voir tu c'est?!?!
    Je savais qu'il te ferait du mal Georg maintenant rien ne peux plus l'arreter.
    Pourquoi j'ai un mauvais pressentiment!!

  • x-Amour-celebrite-yaoi

    17/04/2009

    Putain j'étais tellement à fond dedans que j'ai pas commenté mais la !!
    Putain mais j'arrive meme pas à m'exprimer ! Bon le fait que Bill assassine, parce que cest bien le mot, Georg c'est un peu gros mais finalement tellement possible que ca me coupe le souffle! La jalousie de Bill est tellement énorme et pourtant je sais bien qu'il aime Tom mais il l'aime tellement quil en devient fou mais genre vraiment, putain tuer Georg j'en reviens pas ! Ca folie va les tuer tous les deux cest pas possible..
    Sinon je te félicite, ton talent est vraiment grand tu écris tellement bien, tu réussis a faire passer tellement démotions, tu décris parfaitement chaque événement chaque sentiment chaque situation à la perfection.
    Bravo ! Je vais lire la suite ! Putain BIll je le deteste dans cette fictionxD

  • x-pas-sur-la-bouche-x

    13/04/2009

    Je suis vraiment !
    Comment exprimer ce que je ressens...ben moi euh je trouve ça Horrible! Bill est vraiment plus que malade...c'est un tueur...alors même s'il aime Tom et bien j'espère qu'il va se rendre compte de toutes ses erreurs...

    Moi pour la fin je vois bien Bill qui voit enfin la vérité en face... qui dit alors à Tom que c'est lui qui a tué Georg
    (d'ailleurs Lalou pour le coup c'est vraiment pas bien, pourquoi tu tus toujours un des meileurs amis de Tom, c'est vraiment pas sympa! >.<). Tom serait dévasté bien entendu...mais il l'aimerait toujours puisque les sentiments ne partent pas comme ça...donc pour moi le fin serait qu'ils ne finissent pas ensemble mais que Bill aille dans un hopital psychiatrique pour se faire soigner...
    ou alors qu'ils se disputent sévèrement (ben encore pire que la dernière fois) et que Bill meure mais en ayant tout dit à Tom...pour moi il me semble nécéssaire que Tom soit au courant pour le mort de Georg...ça l'aiderait à se détacher...même si ça semble imposible...

    C'est vrai que pour une fois dans une fic je ne les voit pas ensemble à le fin...mais étant donnée les circonstances c'est normal...mais ça ne veut pas dire que je n'aime pas Bill...quoique maintenant qu'il a tué Georg......mais en fait je trouve que le personnage de Bill est déroutant quoi...un coup on a juste envie qu'il s'éloigne de Tom et sorte de sa vie...et un coup on aimerais juste le voir consoler Tom et qu'ils se remettent ensemble...(par exemple au moment où Tom se réveille et qu'il ne pense qu'à Bill)!

    Enfin, je le savais que la suite allait être de mieux en mieux...ou de pire en pire...ça dépend de quel coté on se pose...

    Merci Lalou...

    Des Bisous!

  • crazy-about-Kaulitz

    20/03/2009

    dégoutée pour georg T_T

  • crazy-about-Kaulitz

    20/03/2009

    c'est un truc de ouf ! =S
    'tin chui sûre qu'il va tuer tom T_T

  • nirvana-angelTH83

    16/03/2009

    j'ai peur de lire la suite mtn

  • nirvana-angelTH83

    16/03/2009

    HO MON DIEU!!!!!!!!!!!!!
    je suis horrifiée c monstrueux!!! et mtn que va t'il faire la prochaine fois que tom va l'énervé il va le buté aussi???
    c pire kun malade c un monstre il faut l'arreté le mettre hors d'état de nuire
    pauvre tom dans kel guépié t'es tu fouré

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