[Fiction] Passion Destructrice - Chapitre 16 (1/2)

Simone et Tom étaient silencieux dans la voiture qui roulait à toute vitesse en direction de l'hôpital psychiatrique où on avait emmené Bill en urgence. Le dreadé essayait vainement d'etouffer ses sanglots, mais ce qu'il venait de vivre chez Bill était encore trop présent dans son esprit et il n'arrivait pas à se calmer. Simone, elle était un peu plus calme. Elle était confiante parce qu'elle se disait que son fils allait pouvoir bénéficier de la meilleure aide possible.

Elle tournait quelques fois la tête vers Tom et attendait qu'il se reprenne pour pouvoir lui parler. Elle avait entendu des choses horribles et de vieux et douloureux souvenirs remontaient à la surface. Elle avait besoin d'en savoir plus sur la relation qu'entretenaient les deux jeunes hommes. Elle était horrifiée parce qu'elle avait compris que Tom était battu, violemment, et ce, depuis un moment, semblait-il. Elle regardait encore Tom et pouvait parfaitement le comprendre. Cela ne lui rappelait que trop son histoire. Elle finit par demander :

-Ca va ? Tu sais, ils...ils vont bien s'occuper de lui, là-bas...

Tom renifla et essuya ses yeux, grimaçant sous la douleur physique qu'il ressentait toujours et acquiesa :

-Je sais mais...c'est juste que le voir comme ça c'est...c'était horrible...Horrible !

-Oui, j'ai eu très peur, aussi. Je le reconnaissais pas. Je suis désolée de m'être emportée contre toi, tout à l'heure, j'ai...paniquée.

-C'est pas grave. Je comprend.

Elle se tut un instant et reprit :

-Mais...dis-moi...Bill a dit des choses terribles, tout à l'heure...

Tom se raidit dans le siège. Voilà, le moment était venu de parler de ça. Il savait que tôt ou tard, Simone allait y faire allusion. Il ne répondit rien, la laissant se débrouiller pour trouver les bons mots pour aborder le sujet. C'était suffisamment pénible pour lui et de toute façon, vu son état, il ne pouvait plus cacher les choses plus longtemps. Avec tout ce que Bill avait dit, c'était plus qu'évident. Simone hésita encore et dit franchement :

-Toutes ces blessures que tu as, c'est lui.

Elle ne demandait pas, elle affirmait. Le blond ne répondit toujours rien, le visage toujours fermé à toutes émotions lisibles. Elle continua :

-Et c'est pas la première fois, apparemment...

Il voulut prendre la défense du brun et protesta mollement :

-C'est pas aussi grave que ça en a l'air. Vous inquiétez pas, il est pas aussi mauvais. Il m'aime, vous savez, il m'aime vraiment !

Elle le regarda, un peu interloquée et prenant son courage à deux mains, insista encore plus :

-Je sais, ça, Tom ! C'est pas le fait qu'il t'aime pas, c'est le fait qu'il...qu'il soit violent avec toi, et je ne sais pas depuis combien de temps tu subis tout ça, sans rien dire, sans le quitter, à te laisser faire, parce que justement tu l'aimes.

Tom répéta, borné :

-C'est pas aussi grave que ça en a l'air Simone, c'est...rien ! Bien-sûr que je l'aime, je l'adore même, je subis rien du tout, vous savez on s'entend super bien, on est très heureux ensemble, je le quitterais pourquoi ?

-Parce qu'il est violent et que je sais ce que c'est.

Là, Tom se tut. Il ne savait plus quoi dire, alors elle reprit la parole :

-Je sais ce que c'est parce que...le père de Bill me battait, aussi.

Un long silence s'installa dans la voiture. Puis Tom risqua une question :

-Son père ? Bill m'en avait jamais parlé. Enfin, pas comme ça.

-C'est parce qu'il ne se souvient plus. Il était encore petit quand son père est mort. Et j'ai toujours fait en sorte qu'il ait de bons souvenirs à son sujet, pour ne pas le perturber.

-Son père est mort peu de temps après sa naissance, c'est ça ?

Simone mit quelques temps à répondre puis elle secoua la tête. Tom fronça les sourcils et elle expliqua :

-Non. Non il...oh bon sang, je pensais ne jamais avoir à parler de ça, un jour. Mais peut-être que j'aurais dû le faire plus tôt, te rencontrer plus tôt, j'aurais compris certaines choses, j'aurais pû intervenir, t'expliquer, lui dire la vérité au sujet de son père. En fait, Bill a connu son père jusqu'à ses 6 ans. Ils s'adoraient, étaient très complices, une relation fusionnelle. A sa mort, j'ai tout fait pour qu'il l'oublie. Qu'il oublie surtout les...scènes qu'il voyait. Il avait déjà vu son père me battre, et il ne comprenait pas. Alors quand Jörg est mort, j'ai fait en sorte qu'il ne se rappelle pas de tout ça, j'ai dit et redit que son père était mort peu après sa naissance. Et il m'a cru. Je ne sais pas comment, mais il a véritablement oublié qu'il a connu son père un peu et tout ce qu'il a vécu avec lui. Je voulais qu'il l'oublie, parce qu'oublier son père c'était oublié tout ce à quoi il a assisté.

Tom était abasourdi. Il n'en revenait pas. Il demanda :

-Il...vous croyez que c'est...héréditaire ?

-Je n'en sais rien. Je sais juste que Jörg était quelqu'un de formidable, quand il était pas violent. Chaque fois, il regrettait, il était tellement malheureux d'avoir levé la main sur moi, il s'en voulait tellement ! Il disait m'aimer plus que tout mais il ne savait pas gérer cet amour.

-Mais...mais il est mort de quoi ? Enfin, si c'est pas indiscret...

-Il...s'est suicidé. Un jour où il m'avait...battu plus fort que les autres fois, il ne l'a pas supporté. Il s'est pendu. Dans le jardin de notre ancienne maison. C'est Bill qui l'a découvert. Il a été extrêmement choqué. Pendant des semaines il est resté muet, amorphe, sans réaction. Et quand ça a commencé à aller mieux, je me suis dépêchée de changer l'histoire de notre famille. J'ai cru bien faire. Maintenant je sais que je n'aurais jamais dû faire ça. Il posait toujours des tas de questions sur son père et j'avais remarqué qu'il avait fait l'impasse sur tous les souvenirs plutôt mauvais qu'il avait de lui. Ca m'arrangeait de lui faire oublier l'horreur un peu plus, j'ai vraiment pensé que c'était bien de faire comme, que ce serait mieux pour lui. Il aurait su la vérité à propos de son père, il...peut-être serait-il différent. Peut-être votre relation aurait différente. Ce que j'ai vu aujourd'hui me fait peur encore plus, parce que...

Elle se mit à pleurer, Tom posa une main sur son épaule et elle continua, essuyant ses yeux et regardant toujours la route :

-Parce qu'il fait exactement la même chose que son père. Il t'aime extrêmement, il est violent avec toi, il regrette amèrement et à force finit par se faire du mal, parce qu'il ne supporte pas de voir ce dont il capable envers toi. Il aurait pu se tuer, par trop de souffrances.

Tom était attéré. Et il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser. S'il avait su tout ça, il aurait insisté pour que Bill se fasse soigner. Mais comment aurait-il pu le savoir ? La vérité effrayante de leur histoire familiale avait failli le tuer et tuer Bill. Tout comme son père. Il réfléchissait à tout ça et dit à voix haute :

-Merde ! Merde...je savais pas. J'ai eu tout faux. J'ai tout foiré ! J'ai pas fait les bonnes choses pour lui, j'ai agis comme un con, je lui ai fait plus de mal que de bien. Merde ! J'ai fait n'importe quoi ! Je savais qu'il allait pas bien et je l'ai laissé s'enfoncer chaque jour un peu plus et là-

Il fut interrompu par Simone qui s'exclama :

-Non, Tom ! Non, ce n'est pas de ta faute ! Tu n'aurais jamais pu savoir !

Mais Tom continuait, se détestant un peu plus :

-On a failli le perdre, là ! Et putain, j'ai jamais voulu en parler avec lui depuis qu'il m'a...depuis qu'il a commencé à être...un peu brutal...

-Un peu brutal ? Regarde-toi, Tom ! Depuis combien de temps ? Depuis combien de temps vous avez ce genre de relation ?

Tom ne répondit pas et son visage se referma. Ca lui répugnait de parler de ça, avec quiconque. Il avait l'impression de trahir Bill, il s'en voulait déjà assez, il se sentait responsable de son état, il n'avait pas aimé le voir perdre tous ses moyens au point qu'il soit hôspitalisé. Il n'avait toujours pas digéré la piqûre qu'on lui avait faite, il n'arrivait pas à oublier le regard effrayé que le brun avait quand les infirmiers s'étaient emparés de lui, et surtout, il entendait encore les cris désespérés et effrayés de Bill quand les hommes l'avaient arraché de ses bras. Il en voulait à tout le monde, à Simone, au père de Bill, au corps médical mais surtout à lui-même. Etrangement, Bill était la seule personne à qui il n'en voulait pas. Il secoua la tête et répéta :

-J'ai fait n'importe quoi. J'aurai pu intervenir, j'aurai dû intervenir. J'ai rien fait ! J'ai laissé...j'ai laissé ma putain de peur nous...me...me diriger. Je me pardonnerai jamais ça !

Simone le regarda vite fait et tenta de le calmer :

-Ecoute, je suis bien placée pour savoir que la violence de la personne qu'on aime engendre une peur incontrôlable ! Tu ne peux pas te reprocher de-

Mais Tom continuait, obstiné :

-J'avais la possibilité de faire mieux...Et putain, j'ai rien fait...Je l'ai laissé se débattre tout seul...Je suis un mec, merde ! Un mec qui a peur ! Putain, y a dès fois où je...Ok, je veux plus en parler !

Simone voulut encore dire quelque chose, mais un coup d'oeil sur le visage fermé de Tom et les larmes qui s'étaient remises à couler l'en dissuada. De toute façon, ils arrivaient à l'hôpital. La voiture était à peine garée que Tom ouvrait déjà sa portière, prêt à se précipiter à l'accueil et faire tout un boucan pour qu'on le laisse voir Bill.

D'ailleurs, le temps de se renseigner où le brun avait été emmené fut interminable, l'hôtesse appelant un peu tous les services et finit par les envoyer au service des Soins intensifs. Tom allait encore plus mal. Le pansement qu'il avait collé sur son arcade était trempé, un peu de sang qui avait dégouliné séchait le long de sa tempe et de sa joue. Il avait l'oeil toujours enflé mais il s'en fichait, il ne sentait même plus la douleur, sa douleur physique était remplacée par une autre plus violente, la pire des douleurs, la douleur morale...

Ils arrivèrent dans le service où Bill était censé se trouver et furent obligés de patienter, le temps que quelqu'un les renseigne. Tom était encore plus furieux, il longeait le couloir de long en large, frappant quelques fois le mur de son poing, faisant sursauter Simone. Celle-ci était impressionnée de voir avec quelle intensité ce jeune homme pouvait aimer son fils. En d'autres temps, elle aurait été ravie de le savoir avec Bill, ils s'aimaient tellement, semblait-il. Mais là, cela lui faisait peur, elle ne comprenait pas comment un tel amour immense avait pu les détruire à ce point. Elle savait que c'était Bill qui avait mal géré ses sentiments, mais Tom semblait être la seule personne qu'il fallait à son fils. Tom lui tournait le dos, et regardait un tableau accroché dans le couloir, les poings enfoncés dans les poches. Il se tourna brutalement vers elle, la faisant sursauter de nouveau. Son coeur se serra quand elle vit le regard désemparé qu'il lui lança ainsi que la phrase, d'une voix désespérée :

-Putain, ils vont plus jamais me laisser le voir ! Et moi...et moi, je sais pas être sans lui. Je peux pas, et je veux pas !

Elle s'approcha de lui et le prit dans ses bras, caressant de nouveau son dos. Tom s'était remis à pleurer :

-Mais non. Tu n'en sais rien. Attendons le docteur, on verra bien.

Il essayait de se calmer mais tout ce qu'il pouvait faire, c'est de pleurer encore et de dire :

-Je sais pas être sans lui, moi. Je sais pas...Je veux même pas essayer...Je veux juste qu'il aille mieux et qu'il revienne à la maison...

Et Simone lui caressait le dos et répétait :

-Je sais, Tom. Je sais...

Bientôt, un homme de haute carrure arriva. Il avait été prévenu que les « proches » de Bill était là et venait donner des nouvelles. Il jeta un coup d'oeil à Tom, surpris de le trouver dans un état physique lamentable et comprit de suite que c'était le petit ami du brun. On l'avait rapidement mis au courant. Il salua Simone et Tom et attaqua directement :

-Bien, je viens de quitter votre fils à l'instant. Il est toujours endormi et on a commencé à le soigner, soigner les blessures multiples qu'il avait. Et là-

Il fut interrompu par Tom qui demanda brusquement :

-On peut le voir ?

Le docteur, bien qu'un peu agacé d'être interrompu de la sorte, lui répondit patiemment :

-Non. Pas maintenant, non.

Et voyant que le blond allait protester, il ajouta :

-De toute façon, cela ne servirait à rien. Il dort, avec le tranquillisant qu'on lui a injecter, il n'est pas prêt de se réveiller.

Il se tourna vers Simone :

-Vous pouvez me suivre, s'il vous plait ? J'aurais quelques renseignements à vous demander.

Simone hocha la tête et suivit le médecin jusqu'à son bureau, après que celui-ci ait demandé à Tom de les attendre, il voulait le voir aussi.

Pendant que la porte se refermait sur Simone et le médecin, Tom s'installa sur les petits bancs de la petite salle d'attente située en face du cabinet du psychiatre. Il réfléchissait intensément à propos de ce qu'il venait de découvrir. Il s'en voulait encore. Il se disait qu'il aurait dû parler à Bill depuis longtemps, dépasser sa peur, le brun aurait compris, aurait accepté de se faire soigner et aujourd'hui, ils n'en seraient pas là. Tout était de sa faute.

Il eut soudain peur qu'on lui interdise de voir Bill. Peut-être que Simone avait raison ? Peut-être qu'il n'était pas bon pour lui ? Peut-être que leur relation était malsaine, après tout Bill était sorti avec d'autres personnes mais jamais ça n'avait dégénéré à ce point. Mais il ne put s'empêcher de ressentir de la fierté en se disant que jamais avant lui Bill n'avait aimé comme cela. Jamais il n'avait été autant aimé non plus. Tom était et serait éternellement le seul à l'aimer à ce point. Et il réalisa aussi que Bill était la seule personne à l'aimer pareillement. Il ne voulait personne d'autre que lui, son brun. Avec ses défauts, et avec ses qualités.

La douleur à son visage lança et lui rappela que lui aussi avait été très touché. Il grimaça un peu et s'étira un peu dans le siège où il était installé. Il réajusta sa casquette, de temps en temps quelqu'un du personnel passait devant lui et avait un regard étonné devant ses blessures. Il voulait juste se faire le plus discret possible. Alors il se mit bien assis, posant ses coudes sur ses cuisses et appuyant son front dans ses paumes, cachant ainsi son visage. Il réfléchissait toujours. Il ferma un instant les yeux et revit Bill, déchaîné, furieux, effrayé et eut de nouveau envie de pleurer ou de crier de rage. Il se rappela comment son corps s'était relâché dans ses bras après la piqûre et se maudit pour ça. Il se rappela encore plus comment ses dernières paroles avaient été une déclaration d'amour, Bill avait tenté de lui souffler « je t'aime » mais n'avait même plus entendu le sien.

Un grand cri retentit et il vit soudain deux infirmières passer devant lui en courant, l'une disant à l'autre affolée :

-Merde ! Y en a un qui a éteint la télé, Léna n'aime pas ça !

Elles repassèrent quelques minutes après, accompagnant deux aides-soignants qui tenaient fermement une jeune femme, certainement la Léna, qui avait piqué une crise parce que quelqu'un avait éteint la télévision et que ça la mettait hors d'elle. Tom fut un peu effrayé de voir une autre démonstration de ce type mais préféra ignorer l'affolement qui le gagnait. Non, Bill n'avait rien à voir avec ça, avec eux...

Son téléphone se mit à sonner, le faisant sursauter. Il avait oublié de l'éteindre en entrant dans l'hôpital, il s'empressa de répondre pour éviter d'attirer l'attention sur lui. Il entendit une voix grave inconnue :

-M. Trümper, bonjour. Je suis l'inspecteur Henzenauer, j'aurai voulu pouvoir vous renconter.

Tom pensait qu'il s'agissait peut-être du voisinage de Bill et de Simone, alerté par le raffut fait un peu plus tôt et il demanda, méfiant :

-Me rencontrer ? Pourquoi ?

L'homme reprit, toujours aimable mais bref :

-Nous enquêtons sur la mort de M. Georg Listing. Nous revenons du magasin de votre père, il nous a donné votre numéro. Vous étiez le meilleur ami de M. Listing, nous avons quelques questions à vous poser, ça nous aiderait beaucoup. Quand pouvons-nous nous rencontrer ?

L'esprit de Tom tourna à toute vitesse. Il était dans un tel état qu'il ne voulait pas se montrer, surtout à des flics. Eviter à tous prix d'attirer l'attention de la police sur Bill. Mais il se vit contraint d'accepter quand le policier imposa :

-Passez donc demain dans nos locaux, vers 10h. Ca vous va ?

-Ouais, ok. J'y serais.

Ils se saluèrent et raccrochèrent et Tom soupira longuement. Qu'allait-il faire ? Pour le moment, son seul soucis c'était Bill, et Simone était dans le bureau du médecin depuis un bon moment déjà. Elle sortit enfin, essuyant ses yeux rougis à force d'avoir pleuré et tenta un sourire rassurant en s'avançant vers Tom :

-Vas-y, il t'attend. Je vais à la cafétaria prendre un café et je t'attends à la voiture.

Tom, qui s'avançait déjà vers le bureau se retourna et dit :

-Mais...Vous allez pas voir Bill ?

Elle se mordit un peu la lèvre et répondit :

-Va voir le docteur, il t'expliquera.

Tom entra donc dans le bureau, plein d'appréhension et prit place en face du psychiatre sous la demande de ce dernier. Il demanda directement :

-Alors ? Vous vouliez me voir ? C'est à propos de Bill, je suppose ?

-Et bien oui. Vous êtes la personne dont il a été le plus proche ces derniers...temps. Ces derniers mois, même. J'ai parlé à sa mère, j'ai appris beaucoup de choses qui vont nous aider à le soigner au mieux. Maintenant, c'est à vous que je voulais parler. Parlez moi de ce qui s'est passé aujourd'hui.

-Je...j'ai pas grand-chose à dire. Vos gars ont fait peur à Bill, un médecin lui a fait une piqûre, il est maintenant chez vous. Voilà.

-Oui, mais...pourquoi cette...qu'est-ce qui l'a mis dans cet état-là ?

Tom hésita longtemps et répondit, baissant la tête :

-C'est...c'est moi...

-Vous ?

Il hocha la tête et doucement, commença à raconter. Inutile de cacher quoi que ce soit, de toute façon, le médecin savait sûrement pour la violence de Bill à son égard, Simone avait dû déjà lui dire. Il raconta comme il pouvait, rempli de gêne, minimisant au mieux le coup qu'il avait reçu, passant sous silence qu'il avait été assez violent pour lui faire perdre connaissance et raconta qu'il s'est précipité chez Bill en entendant les bruits qu'il faisait, Simone l'ayant appelé parce qu'elle n'arrivait plus à gérer son fils. Le docteur l'écouta attentivement, hochant parfois la tête, prenant des notes. Il risquait quelques questions, remarquant combien il était difficile pour le blond de lui répondre. Ils parlèrent un moment et après avoir eu tous les renseignements qu'il voulait le psychiatre posa son stylo et soupira dans ses deux mains qu'il avait amené à son visage. Il appuya son dos contre le dossier de sa chaise en cuir et regarda Tom, disant :

-Bien, merci beaucoup, je comprends mieux certaines choses. Quand...quand il a été soigné, nous avons noté des...des traces de morsures, sur son épaule, sa clavicule, son cou, sa hanche. Je suis désolé de vous mettre mal à l'aise mais...vous aviez des rapports intimes...violents ?

Tom s'était raidi dans son siège et rougit immédiatement à ce que le docteur lui demandait. Il voulut répondre mais ne le put, alors il hocha la tête, simplement, réussissant à ajouter tout de même :

-Mais...c'était pas tout le temps comme ça, hein ! La plupart du temps, on...je...il...enfin, c'était...normal, quoi.

Il sursauta à ses propres mots et se reprit très vite, affolé :

-Pas qu'il y ait eu des fois où on était pas normaux, c'est juste que...il nous arrivait de nous...laisser emporter...on est vraiment obligé de parler de ça ?

Le médecin retint un sourire amusé, il savait qu'il mettait le jeune homme mal à l'aise mais il avait besoin de savoir tout ça. Il le rassura :

-Ne vous inquiétez pas, ça relève du secret médical, je n'en ai pas parlé à sa mère. Je veux juste comprendre pour mieux l'aider et ces renseignements me sont très utiles. Il avait des marques assez profondes aux poignets, c'était ?

Tom rougit un peu plus et ne put que murmurer :

-Menottes...

Le docteur hocha de nouveau la tête, gardant un visage neutre, prenant quelques notes. Il releva enfin la tête et dit :

-Bon, je ne vous cache pas que son état est préoccupant pour le moment. Il ne reconnaît personne à part vous, vous avez un lien très fort qui vous relie, mais il ne sait pas le gérer. Nous ne savons pas encore quelles seront ses réactions quand il se réveillera, la seule chose que je peux vous dire, c'est que pendant quelques temps, il sera furieux. Furieux et effrayé.

-Effayé ? Putain ! J'aime pas savoir qu'il a peur ! Je peux le voir ?

-Je voulais vous parler de ça aussi. Normalement, la règle de l'établissement c'est que le patient ne reçoit aucune visite les deux premières semaines de son hospitalisation. Mais au vu de son cas, nous allons l'isoler pendant trois semaines. Vous pourrez le voir, mais dans trois semaines.

Tom ouvrit grands les yeux et se leva brusquement, s'écriant :

-Trois semaines ? Trois semaines ? Mais...mais je...je pourrais pas ! Et lui non plus ! Il va me chercher, je suis sûr qu'il va me chercher ! Il aura peur, ça sera pas efficace votre truc, s'il a peur !

-Ne vous inquiétez pas, je sais ce que je fais. Il faut éviter de...qu'il soit mis en contact avec...l'extérieur pour le moment.

-Avec l'extérieur ou alors avec moi, surtout ?

Le docteur hésita un instant mais se dit qu'il se devait de parler franchement au jeune homme. Il avait l'air d'aimer sincèrement Bill, en lui expliquant, il comprendrait :

-Oui, il y a de ça aussi. Vous voir n'arangera rien en ce moment. Nous ne cherchons pas à vous séparer, nous voulons juste l'aider à y voir plus clair, plus sainement. Et puis vous savez, sa dernière crise était parce qu'il pensait vous avoir tué, ça lui fera énormément de mal de vous voir avec ces marques sur votre visage, sachant que c'est lui qui les a faites. Je pense que c'est mieux ainsi, ça vous donne le temps de guérir et de cicatriser, et nous verrons ce qu'il y a à faire pour lui. Vous le verrez, mais dans trois semaines. Sa mère est prévenue, elle peut par contre le voir d'ici deux semaines, elle.

Tom eut un rire amer, sans joie :

-Ok, y a que moi qui suis puni, alors ? Et putain, c'est pourtant moi qui l'aime le plus, et c'est moi qu'il aime le plus !

-Ce n'est pas une punition, il faut aider Bill à se reprendre, justement, tout son monde est bâti autour de vous, et apparemment le votre tourne autour de Bill. Vous vous êtes enfermés dans une relation qui vous détruit sans que vous vous en rendiez compte. La jalousie que Bill ressent est totalement morbide et je vous assure, ça aurait pu être pire. Il aurait pu se tuer, ou vous tuer. Heureusement qu'il n'est jamais arrivé à de tels extrêmités !

Tom eut une pensée pour son meilleur ami, Georg, mais ne dit rien. Lui en parler signifirait mettre la police sur le dos de Bill. Jamais le psychiatre ne pourrait garder cela pour lui. Même au nom du secret médical. Il tenta d'instister :

-Et là, je peux pas le voir, là ? Je vais pas le voir pendant un putain de long moment, je peux vraiment pas le voir ?

Le médecin réfléchit un instant et soupira :

-Bon, je vais vous accompagner. De toute façon il dort, ça ne devrait pas poser de problèmes, par contre je tiens à vous prévenir, pas de démonstrations bruyantes, ne touchez à rien, sachez d'avance qu'il est solidement attaché sur son lit, c'est par mesure de précaution, vous serez choqué de le voir ainsi mais nous n'avons pas le choix. Allons-y.

Ils se levèrent et Tom suivit fébrilement le médecin. Ils longèrent le couloir et avancèrent jusqu'à un service qui portait une grande pancarte lugubre « Unité de Soins Intensifs » ça aurait pu passer pour un hôpital normal, seulement là, pour Tom, en d'autres termes ça signifiait « service pour les cas les plus graves et les plus dérangés » et ça lui faisait mal.

Le médecin parla aux infirmières qu'il croisa et conduit Tom jusqu'une petite porte. Il l'ouvrit un peu et s'effaca pour le laisser passer. Soudain intimidé, Tom hésita. Le docteur le vit et le rassura :

-Allez-y, je vous attend dans le bureau des infirmières. Vous avez cinq minutes.

Tom hocha la tête et entra lentement, enfin, laissant le médecin refermer derrière lui. Il eut direct un coup au coeur, Bill était là, blême, des pansements un peu partout, endormi. Il ressemblait à un enfant. Le blond s'approcha de lui et souffrit encore plus quand il le vit attaché solidement par des épaisses lanières de cuir. Il s'assit sur le lit et avança la main pour caresser les cheveux de Bill, lui murmurant :

-Ils t'ont sanglé comme un cochon, les salauds ! Comment tu respires avec ça, hein ?

Il le regardait avec adoration, passait sa main sur son visage blessé, notant les poignets entourés de bandages. Sous les draps, Bill était nu. La pâleur qu'avait tout son corps et son visage affolait Tom. Une larme roula silencieusement sur son visage, émanant de son seul oeil valide. Il caressa encore son visage et dit, le désespoir dans la voix :

-Ils veulent pas que je vienne te voir pendant trois semaines ! T'entends ça ? Trois semaines ! Alors profite bien des conneries que je peux te dire, là, parce que tu vas pas les entendre pendant un moment !

Il regarda derrière lui, s'assurant que personne n'entrait et se pencha sur le brun, embrassant tendrement sa bouche, murmurant contre celle-ci :

-Putain, tu vas me manquer...tu me manques déjà...Je vais devenir dingue sans toi. Pardon ! Je voulais pas dire ça ! Et puis merde ! C'est vrai, je deviens dingue quand t'es pas là ! Alors t'as intêret à te remettre rapidement, on a encore des tas de trucs sympas à vivre.

Il l'embrassa encore, se délectant de son odeur qu'il arrivait à retrouver parmi les odeurs que l'hôpital commençait à laisser sur lui :

-Je suis désolé pour tout, Bill. J'ai pas assuré. T'es là, à cause de moi, mais quand tu iras mieux, je me rattraperai, on ira...on fera des tas de trucs, je t'emmènerai en vacances, tu sais, à l'auberge où on a été. Je t'emmènerai même en France, je t'emmènerai loin de tout ça, on ira partout où tu voudras, le temps que tu voudras, on ira oublier tout ça ailleurs, rien que toi et moi. On fera tout ce que tu veux. Et je te ferai l'amour autrement, plus doucement, je te bousculerai plus, je te violenterai plus, je serai plus doux, je te donnerai toute la douceur que tu mérites et que j'ai arrêté de te donner depuis un moment. Et on sera bien, ok ? On sera bien, je te le promets. Juste, remets-toi, parce que sans toi, moi, je peux pas !

Il se redressa en entendant la porte s'ouvrir et le médecin lui lancer :

-Vous venez ?

Il acquiesca et embrassa une dernière fois le brun, caressa une dernière fois ses cheveux, sa joue, appuya en souriant sur le bout de son nez, caressa sa bouche du bout des doigts et sortit à reculons, les yeux toujours posé sur Bill. Il retenait avec grand peine ses larmes. Il avait mal, horriblement mal, il s'en voulait de pouvoir sortir, être libre alors que Bill allait être cloîtré pendant un temps encore indéterminé. A aucun moment il ne se considérait comme la victime de la folie de Bill, lui-même étant blessé.

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.162.133.222) if someone makes a complaint.

Comments :

  • chaos87th

    06/08/2011

    Je me demande si Tom ne devrait pas voir un psy lui aussi pour essayer d'y voir un peu plus clair.
    Par contre je sens que l'affaire de Georg n'est pas terminée.

  • Pucca97217

    12/09/2009

    J'aurais du m'en douter qu'il avait deja vu de la violence comme sa autour de lui et Tom qui continue de se sentir coupable bien que la c'est un peu de sa faute si il en avait parler s'a n'aurait peut etre pas aussi degenerer

  • x-pas-sur-la-bouche-x

    13/04/2009

    Que dire Lalou? Quoi Te dire?
    Je pense sincerement que tu es l'une des auteures qui m'ont touchée le plus depuis que je lis des fics yaoi.

    Celle-ci restera pour moi une des plus difficiles qu'il m'ait été donné de lire tout simplement parce que d'habitude je ne lis pas trop les histoires qui finissent mal...quand je vois que ça penche vers de la death-fic je prend la tengente mais là je n'ai pas pu...
    parce que cette fic elle vient de toi...c'est tes sentiments et ton ressenties que tu nous a fait partager et vraiment rien que pour ça je te dis Merci parce que c'est si difficile de mettre par écrit nos idées, nos point de vue sur ce que l'on pense sur tel ou tel situation mais toi tu as parfaitement réussi à nous faire entrer dans l'histoire...je dirais presque malgré nous...parce que l'air de rien je me suis attachée à tes personnages...et tes personnages c'est une peu de Toi...me regarde pas comme ça Lalou...lol...oui tes personnages te ressemblent...t'es une femme totalement folle et c'est pour ça qu'on s'attache aussi facilement à Toi...
    Tu nous chopes au vole on sait pas comment tu fais pis hop...ça y est on est transporté dans le monde de Lalou là où tout n'est pas toujours beau et HaPpY comme dans Protection Rapprochée (quoique tu avais déjà laisser tes talents de dramaturges,oui oui ne fais pas l'innocente, t'as tué Gustav souvient-toi! lol)Et comme si ça ne suffisait pas il a fallu que tu tues aussi Georg! (mais pourquoi tant de haine?!, mdr)!
    Plus sérieusement, cette fin est à mon avis parfaite comme elle est (même si je sais que la deuxième sera parfaite aussi, t'as trop de talent spa de ta faute, >.<)!
    Personnellement je ne voyais pas d'autres issues à cette fic. Ils se sont aimé à mort...tient ça me fait penser à un certain groupe...ah? un groupe allemand? Oui il me semble bien oui...Totgeliebt...ah oui c'est exactement ce que ça veut dire!

    Ca me tue
    Nous nous sommes aimés à mort
    Ca me tue
    Car notre rêve
    Est en ruines
    Le monde doit se taire
    Et rester seul pour toujours
    Nous sommes perdus
    Même si toutes les forces
    Se réunissent
    C'est fini

    Dans ta fic Bill et Tom se sont tour à tour aimé puis déchiré pour en réalité s'aimer d'un amour puissant, tellement puissant qu'il a tout dévasté sur son passage. Je pense qu'ils se sont perdus effectivement dans leur passion dévorante. Ils se sont aveuglé de leur amour pour ne plus voir que le mal autour. Tom est passé du côté sombre (qui vient de dire du côté obscur de la force, ==' *sors* ). Bill l'a fait plonger avec lui dans la démence. Oui c'est de la démence totale à la fin. Putain mais il le tue quoi! (pleure encore comme une madeleine ).
    Et encore une fois, là encore tu m'as surprise. Je pensais que ça serait Bill qui tuerait Tom puis qui se suiciderait aprés mais nan! La scene de la strangulation et juste horrible et tellement belle à la fois! (c'est moi qui dit ça >.<) Moi j'y ai vu du désespoir bien sûr mais au-delà de ça un renoncement inouie. le renoncement qui arrive à la fin. Le renoncement de Bill. Il laisse Tom lui hôter le vie. Et c'est putain de pas facile de se dire qu'on va mourrir des mains de celui qu'on aime et en même temps ici c'est ce qui semble le plus "normal"...même si bien évidemment rien de ce qui se passe dans cette fic n'est normal!(je sais pas si on me suis toujours )

    La fin est raconté comme un fait divers...et c'est putain (rho mais qu'est-ce qu'elle est vulgaire ) de pas facile de se dire que des personnages auxquels on s'est attachés, des personnages que l'on a suivis dans leurs vie quotidienne sont en fait devenu un simple article de journal en page 5!
    Je sais c'est trés con ce que je dis mais c'est ce que j'ai ressenti...

    Jai un p'tit pincement au coeur en pensant que ça y est c'est la fin de cette fic magnifique.
    Vraiment Lalou je te dis un grand Bravo et encore plus un méga Merci de m'avoir fait replongée dans ton univers!
    C'est évidement avec un immense plaisir que je replongerais dans une autre de tes fics...tu me poursuis pour écrire mon OS et ma suite de fic mais moi je vais te harceler our que tu postes une nouvelles fic...parce que sincerement...je ne peux plus vivre sans lire un de tes écrits...
    I'm addict to you Lalou!
    J'aime ce que tu écris!
    Je suis fan de Toi un point c'est tout...un point c'est Toi!

    Des Bisous!

  • Skybucks

    04/03/2009

    MON DIEU MON DIEU MON DIEU JE PLEURE COMME UNE MADELAINE , cette histoire me rappelle mon beau pere qui est mort , c'est etrange merci a toi ça fais du bien de pleuré .

    Merci merci ..

Report abuse