[Fiction] Passion Destructrice - Fin alternative (1/3)

Simone et Tom étaient silencieux dans la voiture qui roulait à toute vitesse en direction de l'hôpital psychiatrique où on avait emmené Bill en urgence. Le dreadé essayait vainement d'etouffer ses sanglots, mais ce qu'il venait de vivre chez Bill était encore trop présent dans son esprit et il n'arrivait pas à se calmer. Simone, elle était un peu plus calme. Elle était confiante parce qu'elle se disait que son fils allait pouvoir bénéficier de la meilleure aide possible.

Elle tournait quelques fois la tête vers Tom et attendait qu'il se reprenne pour pouvoir lui parler. Elle avait entendu des choses horribles et de vieux et douloureux souvenirs remontaient à la surface. Elle avait besoin d'en savoir plus sur la relation qu'entretenaient les deux jeunes hommes. Elle était horrifiée parce qu'elle avait compris que Tom était battu, violemment, et ce, depuis un moment, semblait-il. Elle regardait encore Tom et pouvait parfaitement le comprendre. Cela ne lui rappelait que trop son histoire. Elle finit par demander :

-Ca va ? Tu sais, ils...ils vont bien s'occuper de lui, là-bas...

Tom renifla et essuya ses yeux, grimaçant sous la douleur physique qu'il ressentait toujours et acquiesa :

-Je sais mais...c'est juste que le voir comme ça c'est...c'était horrible...Horrible !

-Oui, j'ai eu très peur, aussi. Je le reconnaissais pas. Je suis désolée de m'être emportée contre toi, tout à l'heure, j'ai...paniquée.

-C'est pas grave. Je comprend.

Elle se tut un instant et reprit :

-Mais...dis-moi...Bill a dit des choses terribles, tout à l'heure...

Tom se raidit dans le siège. Voilà, le moment était venu de parler de ça. Il savait que tôt ou tard, Simone allait y faire allusion. Il ne répondit rien, la laissant se débrouiller pour trouver les bons mots pour aborder le sujet. C'était suffisamment pénible pour lui et de toute façon, vu son état, il ne pouvait plus cacher les choses plus longtemps. Avec tout ce que Bill avait dit, c'était plus qu'évident. Simone hésita encore et dit franchement :

-Toutes ces blessures que tu as, c'est lui.

Elle ne demandait pas, elle affirmait. Le blond ne répondit toujours rien, le visage toujours fermé à toutes émotions lisibles. Elle continua :

-Et c'est pas la première fois, apparemment...

Il voulut prendre la défense du brun et protesta mollement :

-C'est pas aussi grave que ça en a l'air. Vous inquiétez pas, il est pas aussi mauvais. Il m'aime, vous savez, il m'aime vraiment !

Elle le regarda, un peu interloquée et prenant son courage à deux mains, insista encore plus :

-Je sais, ça, Tom ! C'est pas le fait qu'il t'aime pas, c'est le fait qu'il...qu'il soit violent avec toi, et je ne sais pas depuis combien de temps tu subis tout ça, sans rien dire, sans le quitter, à te laisser faire, parce que justement tu l'aimes.

Tom répéta, borné :

-C'est pas aussi grave que ça en a l'air Simone, c'est...rien ! Bien-sûr que je l'aime, je l'adore même, je subis rien du tout, vous savez on s'entend super bien, on est très heureux ensemble, je le quitterais pourquoi ?

-Parce qu'il est violent et que je sais ce que c'est.

Là, Tom se tut. Il ne savait plus quoi dire, alors elle reprit la parole :

-Je sais ce que c'est parce que...le père de Bill me battait, aussi.

Un long silence s'installa dans la voiture. Puis Tom risqua une question :

-Son père ? Bill m'en avait jamais parlé. Enfin, pas comme ça.

-C'est parce qu'il ne se souvient plus. Il était encore petit quand son père est mort. Et j'ai toujours fait en sorte qu'il ait de bons souvenirs à son sujet, pour ne pas le perturber.

-Son père est mort peu de temps après sa naissance, c'est ça ?

Simone mit quelques temps à répondre puis elle secoua la tête. Tom fronça les sourcils et elle expliqua :

-Non. Non il...oh bon sang, je pensais ne jamais avoir à parler de ça, un jour. Mais peut-être que j'aurais dû le faire plus tôt, te rencontrer plus tôt, j'aurais compris certaines choses, j'aurais pû intervenir, t'expliquer, lui dire la vérité au sujet de son père. En fait, Bill a connu son père jusqu'à ses 6 ans. Ils s'adoraient, étaient très complices, une relation fusionnelle. A sa mort, j'ai tout fait pour qu'il l'oublie. Qu'il oublie surtout les...scènes qu'il voyait. Il avait déjà vu son père me battre, et il ne comprenait pas. Alors quand Jörg est mort, j'ai fait en sorte qu'il ne se rappelle pas de tout ça, j'ai dit et redit que son père était mort peu après sa naissance. Et il m'a cru. Je ne sais pas comment, mais il a véritablement oublié qu'il a connu son père un peu et tout ce qu'il a vécu avec lui. Je voulais qu'il l'oublie, parce qu'oublier son père c'était oublié tout ce à quoi il a assisté.

Tom était abasourdi. Il n'en revenait pas. Il demanda :

-Il...vous croyez que c'est...héréditaire ?

-Je n'en sais rien. Je sais juste que Jörg était quelqu'un de formidable, quand il était pas violent. Chaque fois, il regrettait, il était tellement malheureux d'avoir levé la main sur moi, il s'en voulait tellement ! Il disait m'aimer plus que tout mais il ne savait pas gérer cet amour.

-Mais...mais il est mort de quoi ? Enfin, si c'est pas indiscret...

-Il...s'est suicidé. Un jour où il m'avait...battu plus fort que les autres fois, il ne l'a pas supporté. Il s'est pendu. Dans le jardin de notre ancienne maison. C'est Bill qui l'a découvert. Il a été extrêmement choqué. Pendant des semaines il est resté muet, amorphe, sans réaction. Et quand ça a commencé à aller mieux, je me suis dépêchée de changer l'histoire de notre famille. J'ai cru bien faire. Maintenant je sais que je n'aurais jamais dû faire ça. Il aurait su la vérité à propos de son père, il...peut-être serait-il différent. Peut-être votre relation aurait différente. Ce que j'ai vu aujourd'hui me fait peur encore plus, parce que...

Elle se mit à pleurer, Tom posa une main sur son épaule et elle continua, essuyant ses yeux et regardant toujours la route :

-Parce qu'il fait exactement la même chose que son père. Il t'aime extrêmement, il est violent avec toi, il regrette amèrement et à force finit par se faire du mal, parce qu'il ne supporte pas de voir ce dont il capable envers toi. Il aurait pu se tuer, par trop de souffrances.

Il demanda, encore incrédule :

-Mais...S'il avait 6 ans, il a dû se souvenir, alors ? C'est pas possible qu'il ait oublié tout ce qu'il s'est passé, qu'il ait oublié son père à ce point-là !

-Il ne l'avait pas totalement oublié, quand il m'en parlait, je...réctifiais ses souvenirs, lui disant qu'il avait révé, imaginé tous ces souvenirs, il était déjà perturbé par la mort de son père, et ça m'a été facile de changer tout ça, il a fini par me croire et a grandi avec la ferme idée de ne jamais avoir connu son père, j'ai cru bien faire, certains des souvenirs qu'il avait été trop horribles. Il 'avait pas souvent vu son père me battre, mais les fois où il était présent c'était...certainement terrifiant pour lui. J'ai voulu qu'il oublie, tout, son père, son enfance à ce moment-là et...c'était une idée stupide de ma part !

Tom était attéré. Et il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser. S'il avait su tout ça, il aurait insisté pour que Bill se fasse soigner. Mais comment aurait-il pu le savoir ? La vérité effrayante de leur histoire familiale avait failli le tuer et tuer Bill. Tout comme son père. Il réfléchissait à tout ça et dit à voix haute :

-Merde ! Merde...je savais pas. J'ai eu tout faux. J'ai tout foiré ! J'ai pas fait les bonnes choses pour lui, j'ai agis comme un con, je lui ai fait plus de mal que de bien. Merde ! J'ai fait n'importe quoi ! Je savais qu'il allait pas bien et je l'ai laissé s'enfoncer chaque jour un peu plus et là-

Il fut interrompu par Simone qui s'exclama :

-Non, Tom ! Non, ce n'est pas de ta faute ! Tu n'aurais jamais pu savoir !

Mais Tom continuait, se détestant un peu plus :

-On a failli le perdre, là ! Et putain, j'ai jamais voulu en parler avec lui depuis qu'il m'a...depuis qu'il a commencé à être...un peu brutal...

-Un peu brutal ? Regarde-toi, Tom ! Depuis combien de temps ? Depuis combien de temps vous avez ce genre de relation ?

Tom ne répondit pas et son visage se referma. Ca lui répugnait de parler de ça, avec quiconque. Il avait l'impression de trahir Bill, il s'en voulait déjà assez, il se sentait responsable de son état, il n'avait pas aimé le voir perdre tous ses moyens au point qu'il soit hôspitalisé. Il n'avait toujours pas digéré la piqûre qu'on lui avait faite, il n'arrivait pas à oublier le regard effrayé que le brun avait quand les infirmiers s'étaient emparés de lui, et surtout, il entendait encore les cris désespérés et effrayés de Bill quand les hommes l'avaient arraché de ses bras. Il en voulait à tout le monde, à Simone, au père de Bill, au corps médical mais surtout à lui-même. Etrangement, Bill était la seule personne à qui il n'en voulait pas. Il secoua la tête et répéta :

-J'ai fait n'importe quoi. J'aurai pu intervenir, j'aurai dû intervenir. J'ai rien fait ! J'ai laissé...j'ai laissé ma putain de peur nous...me...me diriger. Je me pardonnerai jamais ça !

Simone le regarda vite fait et tenta de le calmer :

-Ecoute, je suis bien placée pour savoir que la violence de la personne qu'on aime engendre une peur incontrôlable ! Tu ne peux pas te reprocher de-

Mais Tom continuait, obstiné :

-J'avais la possibilité de faire mieux...Et putain, j'ai rien fait...Je l'ai laissé se débattre tout seul...Je suis un mec, merde ! Un mec qui a peur ! Putain, y a dès fois où je...Ok, je veux plus en parler !

Simone voulut encore dire quelque chose, mais un coup d'oeil sur le visage fermé de Tom et les larmes qui s'étaient remises à couler l'en dissuada. De toute façon, ils arrivaient à l'hôpital. La voiture était à peine garée que Tom ouvrait déjà sa portière, prêt à se précipiter à l'accueil et faire tout un boucan pour qu'on le laisse voir Bill.

D'ailleurs, le temps de se renseigner où le brun avait été emmené fut interminable, l'hôtesse appelant un peu tous les services et finit par les envoyer au service des Soins intensifs. Tom allait encore plus mal. Le pansement qu'il avait collé sur son arcade était trempé, un peu de sang qui avait dégouliné séchait le long de sa tempe et de sa joue. Il avait l'oeil toujours enflé mais il s'en fichait, il ne sentait même plus la douleur, sa douleur physique était remplacée par une autre plus violente, la pire des douleurs, la douleur morale...

Ils arrivèrent dans le service où Bill était censé se trouver et furent obligés de patienter, le temps que quelqu'un les renseigne. Tom était encore plus furieux, il longeait le couloir de long en large, frappant quelques fois le mur de son poing, faisant sursauter Simone. Celle-ci était impressionnée de voir avec quelle intensité ce jeune homme pouvait aimer son fils. En d'autres temps, elle aurait été ravie de le savoir avec Bill, ils s'aimaient tellement, semblait-il. Mais là, cela lui faisait peur, elle ne comprenait pas comment un tel amour immense avait pu les détruire à ce point. Elle savait que c'était Bill qui avait mal géré ses sentiments, mais Tom semblait être la seule personne qu'il fallait à son fils. Tom lui tournait le dos, et regardait un tableau accroché dans le couloir, les poings enfoncés dans les poches. Il se tourna brutalement vers elle, la faisant sursauter de nouveau. Son coeur se serra quand elle vit le regard désemparé qu'il lui lança ainsi que la phrase, d'une voix désespérée :

-Putain, ils vont plus jamais me laisser le voir ! Et moi...et moi, je sais pas être sans lui. Je peux pas, et je veux pas !

Elle s'approcha de lui et le prit dans ses bras, caressant de nouveau son dos. Tom s'était remis à pleurer :

-Mais non. Tu n'en sais rien. Attendons le docteur, on verra bien.

Il essayait de se calmer mais tout ce qu'il pouvait faire, c'est de pleurer encore et de dire :

-Je sais pas être sans lui, moi. Je sais pas...Je veux même pas essayer...Je veux juste qu'il aille mieux et qu'il revienne à la maison...

Et Simone lui caressait le dos et répétait :

-Je sais, Tom. Je sais...

Bientôt, un homme de haute carrure arriva. Il avait été prévenu que les « proches » de Bill était là et venait donner des nouvelles. Il jeta un coup d'oeil à Tom, surpris de le trouver dans un état physique lamentable et comprit de suite que c'était le petit ami du brun. On l'avait rapidement mis au courant. Il salua Simone et Tom et attaqua directement :

-Bien, je viens de quitter votre fils à l'instant. Il est toujours endormi et on a commencé à le soigner, soigner les blessures multiples qu'il avait. Et là-

Il fut interrompu par Tom qui demanda brusquement :

-On peut le voir ?

Le docteur, bien qu'un peu agacé d'être interrompu de la sorte, lui répondit patiemment :
-Non. Pas maintenant, non.

Et voyant que le blond allait protester, il ajouta :

-De toute façon, cela ne servirait à rien. Il dort, avec le tranquillisant qu'on lui a injecter, il n'est pas prêt de se réveiller.

Il se tourna vers Simone :

-Vous pouvez me suivre, s'il vous plait ? J'aurais quelques renseignements à vous demander.

Simone hocha la tête et suivit le médecin jusqu'à son bureau, après que celui-ci ait demandé à Tom de les attendre, il voulait le voir aussi.

Pendant que la porte se refermait sur Simone et le médecin, Tom s'installa sur les petits bancs de la petite salle d'attente située en face du cabinet du psychiatre. Il réfléchissait intensément à propos de ce qu'il venait de découvrir. Il s'en voulait encore. Il se disait qu'il aurait dû parler à Bill depuis longtemps, dépasser sa peur, le brun aurait compris, aurait accepté de se faire soigner et aujourd'hui, ils n'en seraient pas là. Tout était de sa faute.

Il eut soudain peur qu'on lui interdise de voir Bill. Peut-être que Simone avait raison ? Peut-être qu'il n'était pas bon pour lui ? Peut-être que leur relation était malsaine, après tout Bill était sorti avec d'autres personnes mais jamais ça n'avait dégénéré à ce point. Mais il ne put s'empêcher de ressentir de la fierté en se disant que jamais avant lui Bill n'avait aimé comme cela. Jamais il n'avait été autant aimé non plus. Tom était et serait éternellement le seul à l'aimer à ce point. Et il réalisa aussi que Bill était la seule personne à l'aimer pareillement. Il ne voulait personne d'autre que lui, son brun. Avec ses défauts, et avec ses qualités.

La douleur à son visage lança et lui rappela que lui aussi avait été très touché. Il grimaça un peu et s'étira un peu dans le siège où il était installé. Il réajusta sa casquette, de temps en temps quelqu'un du personnel passait devant lui et avait un regard étonné devant ses blessures. Il voulait juste se faire le plus discret possible. Alors il se mit bien assis, posant ses coudes sur ses cuisses et appuyant son front dans ses paumes, cachant ainsi son visage. Il réfléchissait toujours. Il ferma un instant les yeux et revit Bill, déchaîné, furieux, effrayé et eut de nouveau envie de pleurer ou de crier de rage. Il se rappela comment son corps s'était relâché dans ses bras après la piqûre et se maudit pour ça. Il se rappela encore plus comment ses dernières paroles avaient été une déclaration d'amour, Bill avait tenté de lui souffler « je t'aime » mais n'avait même plus entendu le sien.

Un grand cri retentit et il vit soudain deux infirmières passer devant lui en courant, l'une disant à l'autre affolée :

-Merde ! Y en a un qui a éteint la télé, Léna n'aime pas ça !

Elles repassèrent quelques minutes après, accompagnant deux aides-soignants qui tenaient fermement une jeune femme, certainement la Léna, qui avait piqué une crise parce que quelqu'un avait éteint la télévision et que ça la mettait hors d'elle. Tom fut un peu effrayé de voir une autre démonstration de ce type mais préféra ignorer l'affolement qui le gagnait. Non, Bill n'avait rien à voir avec ça, avec eux...

Son téléphone se mit à sonner, le faisant sursauter. Il avait oublié de l'éteindre en entrant dans l'hôpital, il s'empressa de répondre pour éviter d'attirer l'attention sur lui. Il entendit une voix grave inconnue :

-M. Trümper, bonjour. Je suis l'inspecteur Henzenauer, j'aurai voulu pouvoir vous renconter.

Tom pensait qu'il s'agissait peut-être du voisinage de Bill et de Simone, alerté par le raffut fait un peu plus tôt et il demanda, méfiant :

-Me rencontrer ? Pourquoi ?

L'homme reprit, toujours aimable mais bref :

-Nous enquêtons sur la mort de M. Georg Listing. Nous revenons du magasin de votre père, il nous a donné votre numéro. Vous étiez le meilleur ami de M. Listing, nous avons quelques questions à vous poser, ça nous aiderait beaucoup. Quand pouvons-nous nous rencontrer ?

L'esprit de Tom tourna à toute vitesse. Il était dans un tel état qu'il ne voulait pas se montrer, surtout à des flics. Eviter à tous prix d'attirer l'attention de la police sur Bill. Mais il se vit contraint d'accepter quand le policier imposa :

-Passez donc demain dans nos locaux, vers 10h. Ca vous va ?

-Ouais, ok. J'y serais.

Ils se saluèrent et raccrochèrent et Tom soupira longuement. Qu'allait-il faire ? Pour le moment, son seul soucis c'était Bill, et Simone était dans le bureau du médecin depuis un bon moment déjà. Elle sortit enfin, essuyant ses yeux rougis à force d'avoir pleuré et tenta un sourire rassurant en s'avançant vers Tom :

-Vas-y, il t'attend. Je vais à la cafétaria prendre un café et je t'attends à la voiture.

Tom, qui s'avançait déjà vers le bureau se retourna et dit :

-Mais...Vous allez pas voir Bill ?

Elle se mordit un peu la lèvre et répondit :

-Va voir le docteur, il t'expliquera.

Tom entra donc dans le bureau, plein d'appréhension et prit place en face du psychiatre sous la demande de ce dernier. Il demanda directement :

-Alors ? Vous vouliez me voir ? C'est à propos de Bill, je suppose ?

-Et bien oui. Vous êtes la personne dont il a été le plus proche ces derniers...temps. Ces derniers mois, même. J'ai parlé à sa mère, j'ai appris beaucoup de choses qui vont nous aider à le soigner au mieux. Maintenant, c'est à vous que je voulais parler. Parlez moi de ce qui s'est passé aujourd'hui.

-Je...j'ai pas grand-chose à dire. Vos gars ont fait peur à Bill, un médecin lui a fait une piqûre, il est maintenant chez vous. Voilà.

-Oui, mais...pourquoi cette...qu'est-ce qui l'a mis dans cet état-là ?

Tom hésita longtemps et répondit, baissant la tête :

-C'est...c'est moi...

-Vous ?

Il hocha la tête et doucement, commença à raconter. Inutile de cacher quoi que ce soit, de toute façon, le médecin savait sûrement pour la violence de Bill à son égard, Simone avait dû déjà lui dire. Il raconta comme il pouvait, rempli de gêne, minimisant au mieux le coup qu'il avait reçu, passant sous silence qu'il avait été assez violent pour lui faire perdre connaissance et raconta qu'il s'est précipité chez Bill en entendant les bruits qu'il faisait, Simone l'ayant appelé parce qu'elle n'arrivait plus à gérer son fils. Le docteur l'écouta attentivement, hochant parfois la tête, prenant des notes. Il risquait quelques questions, remarquant combien il était difficile pour le blond de lui répondre. Ils parlèrent un moment et après avoir eu tous les renseignements qu'il voulait le psychiatre posa son stylo et soupira dans ses deux mains qu'il avait amené à son visage. Il appuya son dos contre le dossier de sa chaise en cuir et regarda Tom, disant :

-Bien, merci beaucoup, je comprends mieux certaines choses. Quand...quand il a été soigné, nous avons noté des...des traces de morsures, sur son épaule, sa clavicule, son cou, sa hanche. Je suis désolé de vous mettre mal à l'aise mais...vous aviez des rapports intimes...violents ?

Tom s'était raidi dans son siège et rougit immédiatement à ce que le docteur lui demandait. Il voulut répondre mais ne le put, alors il hocha la tête, simplement, réussissant à ajouter tout de même :

-Mais...c'était pas tout le temps comme ça, hein ! La plupart du temps, on...je...il...enfin, c'était...normal, quoi.

Il sursauta à ses propres mots et se reprit très vite, affolé :

-Pas qu'il y ait eu des fois où on était pas normaux, c'est juste que...il nous arrivait de nous...laisser emporter...on est vraiment obligé de parler de ça ?

Le médecin retint un sourire amusé, il savait qu'il mettait le jeune homme mal à l'aise mais il avait besoin de savoir tout ça. Il le rassura :

-Ne vous inquiétez pas, ça relève du secret médical, je n'en ai pas parlé à sa mère. Je veux juste comprendre pour mieux l'aider et ces renseignements me sont très utiles. Il avait des marques assez profondes aux poignets, c'était ?

Tom rougit un peu plus et ne put que murmurer :

-Menottes...

Le docteur hocha de nouveau la tête, gardant un visage neutre, prenant quelques notes. Il releva enfin la tête et dit :

-Bon, je ne vous cache pas que son état est préoccupant pour le moment. Il ne reconnaît personne à part vous, vous avez un lien très fort qui vous relie, mais il ne sait pas le gérer. Nous ne savons pas encore quelles seront ses réactions quand il se réveillera, la seule chose que je peux vous dire, c'est que pendant quelques temps, il sera furieux. Furieux et effrayé.

-Effayé ? Putain ! J'aime pas savoir qu'il a peur ! Je peux le voir ?

-Je voulais vous parler de ça aussi. Normalement, la règle de l'établissement c'est que le patient ne reçoit aucune visite les deux premières semaines de son hospitalisation. Mais au vu de son cas, nous allons l'isoler pendant trois semaines. Vous pourrez le voir, mais dans trois semaines.

Tom ouvrit grands les yeux et se leva brusquement, s'écriant :

-Trois semaines ? Trois semaines ? Mais...mais je...je pourrais pas ! Et lui non plus ! Il va me chercher, je suis sûr qu'il va me chercher ! Il aura peur, ça sera pas efficace votre truc, s'il a peur !

-Ne vous inquiétez pas, je sais ce que je fais. Il faut éviter de...qu'il soit mis en contact avec...l'extérieur pour le moment.

-Avec l'extérieur ou alors avec moi, surtout ?

Le docteur hésita un instant mais se dit qu'il se devait de parler franchement au jeune homme. Il avait l'air d'aimer sincèrement Bill, en lui expliquant, il comprendrait :

-Oui, il y a de ça aussi. Vous voir n'arangera rien en ce moment. Nous ne cherchons pas à vous séparer, nous voulons juste l'aider à y voir plus clair, plus sainement. Et puis vous savez, sa dernière crise était parce qu'il pensait vous avoir tué, ça lui fera énormément de mal de vous voir avec ces marques sur votre visage, sachant que c'est lui qui les a faites. Je pense que c'est mieux ainsi, ça vous donne le temps de guérir et de cicatriser, et nous verrons ce qu'il y a à faire pour lui. Vous le verrez, mais dans trois semaines. Sa mère est prévenue, elle peut par contre le voir d'ici deux semaines, elle.

Tom eut un rire amer, sans joie :

-Ok, y a que moi qui suis puni, alors ? Et putain, c'est pourtant moi qui l'aime le plus, et c'est moi qu'il aime le plus !

-Ce n'est pas une punition, il faut aider Bill à se reprendre, justement, tout son monde est bâti autour de vous, et apparemment le votre tourne autour de Bill. Vous vous êtes enfermés dans une relation qui vous détruit sans que vous vous en rendiez compte. La jalousie que Bill ressent est totalement morbide et je vous assure, ça aurait pu être pire. Il aurait pu se tuer, ou vous tuer. Heureusement qu'il n'est jamais arrivé à de tels extrêmités !

Tom eut une pensée pour son meilleur ami, Georg, mais ne dit rien. Lui en parler signifirait mettre la police sur le dos de Bill. Jamais le psychiatre ne pourrait garder cela pour lui. Même au nom du secret médical. Il tenta d'instister :

-Et là, je peux pas le voir, là ? Je vais pas le voir pendant un putain de long moment, je peux vraiment pas le voir ?

Le médecin réfléchit un instant et soupira :

-Bon, je vais vous accompagner. De toute façon il dort, ça ne devrait pas poser de problèmes, par contre je tiens à vous prévenir, pas de démonstrations bruyantes, ne touchez à rien, sachez d'avance qu'il est solidement attaché sur son lit, c'est par mesure de précaution, vous serez choqué de le voir ainsi mais nous n'avons pas le choix. Allons-y.

Ils se levèrent et Tom suivit fébrilement le médecin. Ils longèrent le couloir et avancèrent jusqu'à un service qui portait une grande pancarte lugubre « Unité de Soins Intensifs » ça aurait pu passer pour un hôpital normal, seulement là, pour Tom, en d'autres termes ça signifiait « service pour les cas les plus graves et les plus dérangés » et ça lui faisait mal.

Le médecin parla aux infirmières qu'il croisa et conduit Tom jusqu'une petite porte. Il l'ouvrit un peu et s'effaca pour le laisser passer. Soudain intimidé, Tom hésita. Le docteur le vit et le rassura :

-Allez-y, je vous attend dans le bureau des infirmières. Vous avez cinq minutes.

Tom hocha la tête et entra lentement, enfin, laissant le médecin refermer derrière lui. Il eut direct un coup au coeur, Bill était là, blême, des pansements un peu partout, endormi. Il ressemblait à un enfant. Le blond s'approcha de lui et souffrit encore plus quand il le vit attaché solidement par des épaisses lanières de cuir. Il s'assit sur le lit et avança la main pour caresser les cheveux de Bill, lui murmurant :

-Ils t'ont sanglé comme un cochon, les salauds ! Comment tu respires avec ça, hein ?

Il le regardait avec adoration, passait sa main sur son visage blessé, notant les poignets entourés de bandages. Sous les draps, Bill était nu. La pâleur qu'avait tout son corps et son visage affolait Tom. Une larme roula silencieusement sur son visage, émanant de son seul oeil valide. Il caressa encore son visage et dit, le désespoir dans la voix :

-Ils veulent pas que je vienne te voir pendant trois semaines ! T'entends ça ? Trois semaines ! Alors profite bien des conneries que je peux te dire, là, parce que tu vas pas les entendre pendant un moment !

Il regarda derrière lui, s'assurant que personne n'entrait et se pencha sur le brun, embrassant tendrement sa bouche, murmurant contre celle-ci :

-Putain, tu vas me manquer...tu me manques déjà...Je vais devenir dingue sans toi. Pardon ! Je voulais pas dire ça ! Et puis merde ! C'est vrai, je deviens dingue quand t'es pas là ! Alors t'as intêret à te remettre rapidement, on a encore des tas de trucs sympas à vivre.

Il l'embrassa encore, se délectant de son odeur qu'il arrivait à retrouver parmi les odeurs que l'hôpital commençait à laisser sur lui :

-Je suis désolé pour tout, Bill. J'ai pas assuré. T'es là, à cause de moi, mais quand tu iras mieux, je me rattraperai, on ira...on fera des tas de trucs, je t'emmènerai en vacances, tu sais, à l'auberge où on a été. Je t'emmènerai même en France, je t'emmènerai loin de tout ça, on ira partout où tu voudras, le temps que tu voudras, on ira oublier tout ça ailleurs, rien que toi et moi. On fera tout ce que tu veux. Et je te ferai l'amour autrement, plus doucement, je te bousculerai plus, je te violenterai plus, je serai plus doux, je te donnerai toute la douceur que tu mérites et que j'ai arrêté de te donner depuis un moment. Et on sera bien, ok ? On sera bien, je te le promets. Juste, remets-toi, parce que sans toi, moi, je peux pas !

Il se redressa en entendant la porte s'ouvrir et le médecin lui lancer :

-Vous venez ?

Il acquiesca et embrassa une dernière fois le brun, caressa une dernière fois ses cheveux, sa joue, appuya en souriant sur le bout de son nez, caressa sa bouche du bout des doigts et sortit à reculons, les yeux toujours posé sur Bill. Il retenait avec grand peine ses larmes. Il avait mal, horriblement mal, il s'en voulait de pouvoir sortir, être libre alors que Bill allait être cloîtré pendant un temps encore indéterminé. A aucun moment il ne se considérait comme la victime de la folie de Bill, lui-même étant blessé.

***


Deux semaines avaient passées. Deux semaines qui ressemblaient à deux années pour Tom. Bill lui manquait comme jamais et il était sous anti-dépresseurs. Il avait été forcé de dire la vérité à ses parents, son état lamentable ne permettant pas autre chose. Il avait voulu dire qu'il s'était battu avec des types mais ça aurait été trop louches, alors il dit simplement la vérité. Ses parents furent horrifiés, culpabilisant de n'avoir jamais rien remarqué. Il tut seulement que ça n'était pas la première fois qu'il avait été frappé par Bill. Simone prit contact avec les parents de Tom et ils eurent une longue conversation. Le père de Tom était fâché au début, il avait voulu que son fils porte plainte mais s'était heurté à un refus farouche de son fils. Il le voyait s'enfoncer dans la dépression sans qu'il put faire quoi que ce soit. Tout le monde essayait d'aider le blond mais il refusait farouchement d'en parler, ou de se laisser réconforter. Tout ce qu'il voulait, c'était Bill. Il appelait tous les jours l'hôpital, pour avoir des nouvelles, on lui répondait toujours la même chose, que Bill allait « bien », qu'il voyait régulièrement le psychiatre, que son état s'améliorait doucement. Jamais on lui disait que le brun le réclamait, jamais on lui disait quelque chose d'affolant.

Les débuts furent difficiles pour Bill. Quand il se réveilla, il eut peur, bien-sûr. Il cria, se débattit, pleura énormément, réclama Tom à grands cris. Plusieurs fois on dut lui injecter un tranquilisant. Mais au fur et à mesure, il allait un peu mieux, il communiquait peu, mangeait peu, parlait à peine au personnel, n'ouvrant la bouche que pour demander « Tom, il vient quand ? » ou « Faut que je l'appelle, il doit attendre que je l'appelle ». Ils n'arrivaient tout simplement pas à être l'un sans l'autre. Simone avait été autorisée à le voir, un peu plus tôt avant la fin de la deuxième semaine. Le médecin avait ordonné qu'elle raconte à Bill leur vraie histoire familiale. Il était fâché depuis. Il en voulait à sa mère. D'ailleurs, hormis Tom, rien ne l'intéressait. Il l'avait à peine reconnu quand elle était venue le voir la première fois, demandant uniquement « Et Tom, il est là ? » et refusa de parler quand elle lui répondit que non. La thérapie était douloureuse et très longue. Il commençait à prendre conscience de ses actes. Il avait totalement oublié Georg mais se rappelait la violence dont il avait fait preuve envers Tom et ça le tuait un peu plus quand il y pensait. Le psychiatre réussit à lui faire comprendre que Tom ne lui en voulait pas, et qu'ils n'étaient pas séparés. Mais plusieurs fois il faisait de violentes crises où il réclamait Tom, exigeant de le voir, qu'on le fasse venir, et ces moments-là étaient pire que tout parce qu'ils se terminaient de la même façon, on lui passait la camisole de force, il était piqué et emmené dans sa chambre, dormant pendant 24h d'affilée. Il était tour à tour furieux, effrayé, jaloux de savoir Tom hors de son contôle. Mais peu à peu il se calmait. Et par-dessus tout il s'en voulait énormément. Il avait envie de dire au blond à quel point il regrettait, lui demander pardon, lui dire qu'il l'aimait. On lui avait juste dit qu'il verrait Tom « bientôt ».

De son côté, Tom avait eu rendez-vous avec l'inspecteur. Il était content que ça se soit bien passé.

Flashback :

Le bureau était rempli de policiers courant dans tous les sens, papiers en mains. Il y avait des bruits de claviers, de téléphones qui sonnent, de rires bruyants. Tom avait les mains moites de se retrouver ici, il souhaitait juste que cela se passe comme il avait prévu. L'inspecteur qui l'attendait le fit entrer. Un agent se trouvait là aussi, prêt à prendre des notes et la série de questions commença. On lui demanda depuis combien de temps il connaissait Georg, s'il l'avait vu avant sa mort, combien de temps avant, bref toutes les questions possibles et imaginables pour la situation.

Tom répondit du mieux qu'il put. L'inspecteur avait remarqué, bien-sûr, son visage blessé et demanda ce que c'était. Tom lui répondit :

-C'est rien. Un petit problème. Je me suis battu.

-Vous avez porté plainte ?

-NON !

Il se reprit quand il s'aperçut qu'il criait :

-Non, c'est pas la peine. Ca se reproduira plus de toute façon. Vous avez d'autres questions ? Parce que je dois aller bosser, là.

L'inspecteur consulta ses notes et soupira un grand coup. Puis il posa la question que Tom redoutait tant :

-Savez-vous si quelqu'un en voulait à M. Listing, un ennemi quelconque, quelqu'un qui le détesterait, n'importe quoi, réfléchissez bien, même le plus petit détail pourrait nous aider...

Tom ne mit pas longtemps à réfléchir. Il garda un visage neutre, prit juste quelques secondes pour laisser penser qu'il réfléchissait, au lieu de se précipiter à répondre comme il en avait envie, ça aurait fait suspect. Il releva la tête, étonné lui-même de s'entendre répondre avec fermeté, sans trembler, sans bégayer, il dit :

-Georg était mon meilleur pote depuis qu'on avait 5 ans. Y aurait quelqu'un qui lui voulait du mal, j'aurais été le premier au courant. Il était apprécié de tous. Aucun ennemi, aucun problème. Alors non. Non, il n'y avait personne dans son entourage qui le détestait au point d'avoir pu lui faire cela.

L'inspecteur le regarda longuement et Tom vit avec satisfaction la déception dans son regard. Ils continuèrent un moment et le policier lui fit signer sa déposition et le remercia d'être venu, ajoutant qu'il pouvait toujours les rappeler si « il se souvenait de quelque chose ». Tom se leva, remercia et sortit. Il referma la porte derrière lui et s'y adossa un instant, le coeur tambourinant et tenta de reprendre ses esprits. La porte, mal enclenchée s'entrebaîlla à peine, sans que les policiers à l'intérieur ne le remarquèrent. Tom entendit distinctement l'agent dire :

-Merde, va falloir classer le dossier, alors ?

Et la voix de l'inspecteur, après un long soupir et quelques secondes de silence :

-On a pas plus d'infos, je vois pas ce qu'on peut faire de plus. On est là-dessus depuis un moment, bien avant que les journaux n'en parlent, on a interrogé tout le monde, personne n'a vu qui que ce soit ! Merde, les parents du gars vont être verts, mais y a rien d'autre à faire que de classer le dossier, en attendant qu'un indice quelconque nous le fasse le ressortir. Allez, fous moi ça dans les dossiers « Non résolus », on peut rien faire d'autre.

Tom s'éloigna directement, inutile d'attirer l'attention sur lui, ni par les policiers à l'extérieur ni par l'inspecteur qui serait alerté de le savoir en train d'écouter. Ce fut seulement quand il fut assis dans sa voiture, à l'abris de tous regards qu'il s'autorisa un sourire. Bill n'avait pas été cité une seule fois, il était définitivement mis hors de cause...

Fin flashback


Les journées de Tom étaient rythmées de la même façon, de toute manière il n'avait plus goût à rien. Il attendait impatiemment que le psychiatre l'appelle pour lui dire qu'enfin il pouvait voir Bill. Ses parents ne voulaient plus qu'il le voit mais il avait répondu hargneusement :

-Je suis majeur, j'ai mon chez-moi, j'ai pas l'intention de le laisser tomber ! Il est en train de se faire soigner pour aller mieux, je le quitte pas, oubliez l'idée ! J'ai bien l'intention de le revoir, et de rester avec lui. Faudra vous y faire. Si ça vous plait pas, tant pis. Vous me reverrez plus et c'est tout.

Sa mère pleura, son père comprit mieux la réaction qu'il eut quand il lui avait lu cet article dans le journal, le jour où tout dérapa encore plus. Son fils, son Tom était battu, depuis un moment, battu mais amoureux fou quand même. Inutile de le dissuader, il n'écoutait rien. Il aimait Bill, il le reverrait, avec ou sans leur accord. Plusieurs fois il tenta d'en parler avec lui, toutes ces fois il se fit rejeté sans ménagement.

Lentement, la vie reprenait son cours. Tom se retrouvait seul chez lui en fin de journée. Il prenait une douche, mangeait à peine, regardait un peu la télé mais surtout, ne se rendait pas compte qu'il se laissait glisser dans la démence à son tour. Il s'asseyait là où Bill s'asseyait quand il était chez lui. Dans le canapé, à table dans la cuisine, il dormait là où Bill avait dormi, inspirant à pleins poumons l'odeur qu'il avait laissé dans l'oreiller. Beaucoup de ses affaires étaient chez Tom, et le blond mettait même les tee-shirts de son petit ami pour dormir. En fait, le lit était rempli des vêtements de Bill. Tom avait les mêmes photos que le brun et en avait aggrandies certaines, en format poster pour les afficher au mur de sa chambre. Il avait collé au plafond un immense poster de Bill qui posait seul, souriant, l'air détendu et heureux. Et souvent il restait allongé, fixant simplement la photo, ayant l'impression que le brun était avec lui. Et alors, il commençait à se caresser doucement, fermant très fort les yeux, ayant l'impression que c'était la main de Bill qui le branlait et il jouissait en gémissant et sanglotant le prénom de son amant, malheureux loin de lui. Il dormait peu et très mal, cauchemardant chaque fois qu'il s'endormait enfin, revivait la scène où Bill se débattait, criait, pleurait, et lui-même se réveillait dans un sale état. Il refusait de prendre les somnifères, il ne les prenait que lorsqu'il sentait qu'il était vraiment à bout et qu'il passait plus de trois jours les yeux grands ouverts. Par contre il était sous anti-dépresseurs et devait bien reconnaître que cela l'aidait, sinon il angoissait et s'effondrait en larme dès qu'il pensait à Bill. Là, au moins il pouvait tenir un peu mieux.

Il n'arrivait à rien, sans lui. Et il sentait que c'était pareil pour Bill. C'était affreux, horrible, pourtant on lui disait chaque jour que Bill allait un peu mieux, qu'il progressait, mais il ne le croyait pas. Ils n'étaient rien, l'un sans l'autre, peu importe leur degré de folie, la maladie, l'état de Bill, Tom se sentait capable de supporter bien plus, pourvu qu'on lui rende Bill.

Bien-sûr, il avait revu le psychiatre qui suivait Bill, et ce dernier avait estimé qu'une thérapie serait nécessaire, voir vitale pour lui. Il refusa catégoriquement, il n'avait rien à dire à ces gens-là. Qu'on guérisse son Bill et qu'on le lui rende, c'est tout. Et pire que ça, il se savait prêt à accepter un Bill inchangé, non guéri, complétement dément et violent il s'en fichait, son petit ami lui manquait trop, il l'aimait trop, il le voulait le plus rapidement.

Tout le temps où il ne put voir Bill, il était comme déconnecté de la réalité. Son entourage ne savait plus quoi faire, on le voyait maigrir à vue d'oeil, et quand on lui faisait la remarque, il répondait avec la hargne qui l'habitait désormais :

-Putain, foutez-moi un peu la paix ! J'ai pas maigri, c'est mes vêtements qui sont larges ! C'est pas nouveau pourtant, vous me laissez tranquille, maintenant ?

Ou quand il ne pouvait plus supporter de voir pleurer sa mère, il mangeait avec ses parents le midi, feintant un air affamé et interessé par la nourriture qu'on lui proposait, avalait presque sans respirer tout ce qui était devant lui, poussant même l'héroïsme jusqu'à en redemander pour finalement se précipiter aux toilettes dès que ses parents sortaient de table, et rejeter le tout dans la cuvette, l'estomac déchiré. Il était en pleine dépression, frôlait voir cotoyait l'anorexie de près, mais surtout transportait un fonds de chagrin immense et un désespoir incommensurable. Et le pire vint quand il commença à se blesser lui-même. Il était dans la salle de bains, un jour et était en train de se regarder dans le miroir depuis un très long moment, complètement angoissé encore une fois à l'idée que Bill était loin de lui. La douleur lui semblait ce jour-là insurmontable. Il ne cessait de se dire que bientôt il le verrait, mais ce qui l'angoissait était la relation qu'ils entretenaient. Trop passionnée, trop brutale, trop violente, ça faisait longtemps qu'ils ne géraient plus rien. Il savait qu'il se remettrait avec Bill dès que celui-ci sortirait de l'hôpital, mais ce qui l'effrayait, c'était la soumission totale qu'il avait envers le brun. Il aurait voulu être plus fort, il aurait voulu savoir qu'il pouvait vivre sans Bill, et pourtant il se fichait totalement d'être brutalisé, violenté, il ne lui venait même pas à l'esprit de frapper Bill, non, il était effrayé par cette relation malsaine et pourtant intense. Il serait avec Bill, toujours, c'était comme ça et pas autrement. Quitte à tout supporter, à tout endurer, même si Bill ne guérissait jamais, il l'aimerait toujours, il resterait. Envers et contre tout. Comment en était-il arrivé là ?

Et plus il pensait, plus son coeur se serrait, plus son ventre se tordait, il avait tellement mal, mal à l'interieur, qu'il voulut sentir une autre douleur pour oublier celle qu'il n'arrivait plus à supporter. Il avait tant à gérer ces derniers temps, les coups, les disputes, l'absence de Bill, la remise en question quant à leur relation, le fait de se savoir coincé entre ciel et terre, tout cela le fit d'un coup suffoquer et il lutta un long moment pour reprendre une respiration normale. Puis, il ouvrit lentement les yeux et son regard se posa sur le meuble de la salle de bains, où se trouvait comme fait exprès une lame de rasoir. Il l'avait utilisé il y avait peu de jour pour effiler un de ses jeans, soigneusement. Il la saisit sans réfléchir davantage et pendant qu'il suffoquait encore, il la rapprocha lentement de son bras. Il refusa de fermer les yeux et regarda, fasciné, la lame tracer de longues lignes sur son avant bras. Et quand le sang coula, il se persuada qu'il respirait enfin mieux. Il expira longuement et s'autorisa à fermer les yeux, laissant l'image de Bill envahir toute sa tête, il pouvait pratiquement sentir la passion dévaler dans ses veines et se mit à imaginer un monde où tout ce qui s'était passé depuis qu'il avait connu Bill ne s'était jamais produit. Il n'avait jamais été violenté, Georg n'avait jamais été assassiné, Bill n'avait jamais été malade. Tout était simple et normal. L'angoisse disparut, il se sentit presque serein, soulagé mais en contrepartie se détesta encore plus. Son bras lui lançait, le sang coulait dans le lavabo, rouge, exaltant, fascinant, il se haïssait, s'insultait et aimait la confusion qui l'entourait à ce moment-là. Et depuis, cela devint un rituel quotidien. Il sentait l'angoisse monter, il s'interdisait de penser à la lame salvatrice mais se retrouvait bientôt devant le miroir, qu'il ne regardait plus, préférant s'observer se détruire encore plus, lentement, et chaque fois était meilleure que la fois prédédente, chaque fois, il avait le même goût amer dans la bouche. Le goût de sa honte, de sa torture, du respect qu'il perdait de lui-même, de l'envie de s'en sortir, de sa haine de ne pas pouvoir...Il était perdu e t le savait.

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Comments :

  • chaos87th

    07/08/2011

    En fin de compte je me demande si je vais préférer cette fin alternative ou l'autre.
    Vu comme ça part dans celle là.
    Tom trouve le moyen de se faire mal, vu que Bill ne le fait plus.

  • Seltsame-Puppe

    19/11/2009

    Cette fiction est vraiment très bien écrite, et tu sais faire passer les sentiments à merveille.
    Mais à vrai dire, j'ai détesté l'histoire, ça m'a mis tellement mal à l'aise!
    Avec Bill qui battait Tom, qui avait carrément un problème dans sa tête.
    Et on se rend compte qu'en réalité, Tom aussi est devenu complètement dingue à toujours dire que ce n'était rien, qu'il l'aimait et que ça ne changerait rien à son amour pour lui.
    Qui ne serait pas parti après que son copain l'ait presque frappé à mort?

  • x-pas-sur-la-bouche-x

    13/04/2009

    Han Mein Gott!!! Oo"
    Je n'avais pas fait de commentaire sur ce chapitre 16 final! A croire que j'étais tellement sur le cul qu j'en ai oublié de commenter!!!
    Mais en fait je crois que j'vais du le faire sur msn!!! ^^

    En tout cas il est clair que je préfèe cette fin là plutôt que l'autre... est-il utile de préciser pourquoi???
    Naon je n'crois pas nan!!! >.<

    J'dore le fait qu'ils ne puissent s'empêcher d'être avec l'autre!
    Vraiment riche en émotion...j'en ai pleuré de ce chapitre...m'en souvient encore! T.T
    Fiouuu trop d'émotion et de sentiments mélangés!!!
    Je crois que vraiment tu ne te rend pas compte de ce que tu as réussis à écrire avec cette fic!!! C'est juste subblimement triste tout ça...j'adore parce que c'est du Lalou...

    <3

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