[OS DE NOËL] - Santa klaus is coming to town... (1/2)

SANTA KLAUS IS COMING TO TOWN

...Croire en la magie de Noël...


Prologue



Un paysage blanc. Quelques flocons qui commencent à tomber, d'ailleurs. Parmi ce paysage virginal, une maisonnette en bois munie d'une cheminée qui fume. Et tout autour, rien. Rien, à part de longs et larges arbres. Des sapins. Au-dehors, un attelage de rênes semble attendre. Et à l'intérieur, assis à une table, une pipe à la bouche et une très longue liste à la main, un homme semblant n'avoir aucun âge précis, fronce les sourcils et soupire bruyamment. Sa femme, qui arrive dans la pièce avec un plateau où se trouvent deux tasses fumantes, sourit et demande :

-Tu ne t'en sors pas ?

Un autre soupir lui répond. Elle arrive à sa hauteur et pose la tasse qu'elle a remplie sur un coin de table, parmi toutes les affaires qui s'y trouvent et dit affectueusement :

-Arrêtes-toi donc deux secondes, Nicolas, je t'ai fait un chocolat chaud. Ça va te faire du bien.

L'homme sourit à sa compagne et tendit la main pour saisir la tasse. Il ferma les yeux de plaisir quand il sentit le breuvage lui brûler délicieusement le palais et la gorge, se laissant détendre enfin. La femme reprit :

-Dis-moi ce qui te tracasse. Encore quelqu'un à qui tu ne sais pas quoi donner ?

L'homme ouvrit les yeux et hocha la tête, l'air désolé. Il reprit la liste en main et geint, comme un enfant :

-C'est lui. Il...il est tellement spécial, depuis des années. Je ne sais vraiment plus quoi faire avec lui. Depuis toutes ces années, il ne croit plus en rien, et je le vois, il en tellement malheureux ! J'aimerais faire quelque chose qui changera tout, cette année !

Sa femme se pencha au-dessus de son épaule et demanda :

-Qui est-ce ?

Il lui désigna le nom sur sa liste et elle haussa un sourcil :

-Oh ! Je vois ! Chaque année, Nicolas, chaque année tu te tritures les méninges, sans pouvoir y changer quoi que soit.

L'homme finit sa tasse et la lui rendit. Il regarda encore pensivement sa liste et plus particulièrement le nom de cette personne qui le préoccupait autant. Il frottait sa longue barbe blanche en même temps, comme s'il pouvait en tirer plus d'aide et de concentration. Sa femme se redressa et repris le plateau, mais avant, elle gratifia le haut de son crâne dégarni d'une doux baiser en disant :
-Je vais voir si ton manteau et tes bottes sont prêtes. Je ne m'inquiète pas pour toi. Je sais que tu trouveras. Tu trouves toujours...

Il se retourna légèrement et eut un sourire pour celle qui partageait sa vie. Il répondit tout aussi affectueusement :

-Merci de ta confiance ma chérie !

Elle sortit de la pièce et il reprit sa réflexion. Son regard glissa un peu sur la liste et il tomba sur un autre nom. Il lut les quelques renseignements mis à côté et son visage s'éclaira soudain. Les yeux brillants, il s'exclama :

-J'ai trouvé ! J'ai trouvé le meilleur cadeau pour toi ! Cette année, tu vas y croire, oui, tu te souviendras de ce Noël, mon petit Tom...!


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-« Joyeux Noël ! Joyeux Noël ! »

Un père Noël ventripotent, barbu, parfaitement bien costumé déambulait joyeusement le long du trottoir en agitant une cloche tintinnabulante et criant à tue-tête. Il fût frôlé par un jeune homme vêtu d'une grosse doudoune. Le père Noël eut le temps de croiser son regard et lui lança un retentissant « Joyeux Noël » alors que celui-ci se dépêcha d'avancer plus vite en bougonnant quelque chose que personne ne comprit.

On n'était pas tout à fait Noël. Pas encore. On était bien le 24 décembre mais il était encore relativement tôt. Il était 18h et les passants se pressaient un peu partout, à la recherche des derniers cadeaux qui combleraient leurs proches. Les éternels retardataires se bousculaient gentiment dans les rues, la plupart très joyeux, malgré le monde, malgré le froid, ils avaient les yeux brillants, un grand sourire aux lèvres, et se souhaitaient mutuellement un bon Noël d'une voix ravie, emportant avec eux les paquets multicolores et leurs derniers achats.

Bref, l'ambiance était bonne, chaleureuse malgré le temps, les gens étaient heureux, plus détendus et sympathiques. Seul un jeune homme ne participait pas à toute cette animation. C'était celui qui avait heurté le père Noël, justement. Ah non, celui-là ne participait pas du tout même, au contraire, il essayait de fuir tout ça. Il détestait Noël. De toutes ses forces. De toute son âme. Et là, encore plus, il aurait dû être normalement chez lui, dans son appartement, tranquille devant un bon verre et un programme télé, mais il avait fallu qu'il sorte faire cette course pour la voisine. Et il n'avait pas pu refuser. Sa voisine était paraplégique suite à un accident de la route qu'elle avait eu il y a cinq ans de cela. Elle avait deux petites filles et il était très impressionné de la manière dont cette famille évoluait, toujours gentille, généreuse, de bonne humeur, serviable. Il en était très étonné, son mari l'avait quitté à cause de son handicap et elle élevait seule ses deux petites filles, sans jamais se plaindre. Il était en admiration. Et ce soir, Laura et Mindy, les deux petites, étaient venues chez lui, les yeux suppliants et larmoyants pour lui demander avec une moue boudeuse de ressortir chercher un cadeau pour leur maman. Elles avaient économisé depuis des mois, mais n'avaient pu acheter le cadeau elles-mêmes, étant trop jeunes encore, et elles avaient fini par convaincre le jeune homme, le soûlant de paroles, de bisous et de câlins, pour qu'il ressorte et aille à la recherche d'une belle surprise pour leur jolie maman si courageuse. Il ne put refuser, donc, enfila doudoune, bonnet, écharpe, gants et sortit.

Ce jeune homme dont nous parlons, regardez, celui-qui s'avance toujours en maugréant au coin de la rue, là-bas...Oui, approchons-nous un peu...Oui, lui-même...Voilà...Ce jeune homme, c'est Tom. Tom Kaulitz. Oh je vous vois sourire, je sais, il est mignon, hein ? Attendez qu'il retire doudoune, bonnet, écharpe et gants...

Pour la énième fois, Tom poussa un long soupir. Les petites filles n'avaient pas dit ce qu'elles voulaient qu'il achète, elles avaient simplement précisé « un bijou ». Il bougonna encore un peu pour lui-même :

-Ouais, un bijou...Je sais pas trop ce que je peux avoir avec ce fric mais bon...

Éternel râleur...

En fait, il détestait Noël et tout ce qui s'en approchait parce qu'il avait perdu sa mère un soir comme celui-ci. Il avait 8 ans et croyait très fort en ce père Noël qui le gâtait chaque année. Il avait commandé pour le Noël de ses 8 ans, le dernier jeu vidéo à la mode, un circuit géant avec un train lancé dessus, et une guitare à sa taille. Il aimait beaucoup la musique, il avait commencé un an auparavant et était immensément doué. Pour ce Noël-là, ses parents et lui avaient invités toute leur famille et quelques voisins qui étaient seuls. Oui, on ne laisse personne seul le soir de Noël. Tout un gentil monde était réuni chez Tom et les enfants courraient un peu partout, tout le monde mangeait et buvait, bref c'était une soirée encore réussie. Bien-sûr, les enfants commencèrent à fatiguer vers 22h, épuisés, gavés mais contents. La mère de Tom, Simone, l'emmena dans sa chambre, l'aida à enfiler son pyjama et le coucha. Elle s'assit au bord du lit et couva son enfant d'un regard débordant d'amour et de tendresse. Elle caressa ses cheveux blonds, fins et l'enfant lui sourit en disant :

-Dis maman, tu es sûre qu'il va venir, hein ?

Elle sourit un peu plus, elle savait de qui il parlait, elle répondit affectueusement :

-Bien-sûr qu'il va venir, Tomi. Il vient toujours, tu le sais bien.

Elle ajouta, un brin malicieuse :

-Enfin, sauf si tu n'as pas été sage !

Il protesta immédiatement :

-Ah si ! J'ai été sage ! C'est toi-même qui me l'a dit !

Puis il regarda sa mère et reconnut cet éclat lumineux qu'elle avait quand elle voulait s'empêcher de rire, il éclata de rire, suivit de près par Simone :

-Oui, je sais mon grand ! Tu as été sage. Bon, allez, endors-toi, mon chéri. Il ne faut pas que tu sois réveillé quand le père Noël va passer...Et demain, tu verras tout ce qu'il t'a apporté, d'accord ?

Tom bailla, frotta son petit nez et hocha la tête en se plaçant sur le côté et fermant déjà les yeux. Il sentit sa mère caresser tendrement son front, repoussant encore sa frange de ses yeux et sentit bientôt ses lèvres le frôler dans un baiser maternel rassurant suivit d'un « Joyeux Noël, mon Tomi, je t'aime » soufflé avec douceur. Elle quitta la pièce et ce fut la dernière fois qu'il entendit la voix de sa mère.

Le lendemain, il avait trouvé du monde dans son salon, le visage triste, décomposé, accablés. Son père était assis, les yeux rouges et larmoyants. Quand il vit son fils arriver au salon, il le prit sur ses genoux et lui expliqua que dans la nuit, maman était « partie », mais face à l'incompréhension de son petit garçon et surtout au regard qu'il lui lança, Gordon ne pût continuer. Les grands-parents paternels étant là, ils avaient pris le garçon sur leurs genoux et avaient expliqué que « maman avait été malade, très malade, elle s'était endormie pour ne plus se réveiller ». Crise cardiaque. Comme ça. D'un coup. Sans prévenir. Simone s'était interrompue en pleine phrase, crispant son bras gauche sur son estomac, les doigts recroquevillés, et malgré toutes les prières et la rapidité des secours dépêchés sur place, personne ne put rien.

Voilà comment, à 8 ans, Tom Kaulitz, petit ange blond se retrouva orphelin. Orphelin parce que depuis qu'il eut perdu sa mère, il perdit par la même occasion son père qui devint alcoolique à force de chagrin. Les parents de Gordon prirent donc la relève et élevèrent Tom, avec tout l'amour et le dévouement dont ils pouvaient faire preuve à leur âge. Enfance relativement normale.

Ce Noël-là, Tom avait eu tout ce qu'il avait marqué sur sa liste. Son train, son jeu vidéo, sa guitare et même un beau ballon tout neuf. Accrochée à la cheminée, la grande chaussette rouge et dorée, décorée de motifs de Noël par les mains de sa maman, était remplie de bonbons et chocolats de toute sorte. Mais quelque chose en lui se brisa définitivement. Le père Noël lui avait donné tout ce qu'il voulait, mais le père Noël lui avait pris sa maman. Jamais il ne pourrait pardonner.

Son enfance fut tout de même heureuse, si l'on considère bien la situation, il ne manqua ni d'amour, ni de soutien, ses grands-parents étaient des gens formidables. Et ils étaient suffisamment fortunés pour lui avoir offert cet appartement dans lequel il vivait afin de suivre ses études de médecine. Oui, il avait voulu, depuis petit, être médecin. Spécialisé en cardiologie. Comme beaucoup, le décès d'un être cher dirige et inspire votre orientation. Faire avancer la médecine, voilà son intérêt. Là aussi il était doué. Ses professeurs disaient de lui qu'un jour il serait un grand médecin. A l'université où il allait, il travaillait aussi au laboratoire et était très efficace. Oui, un jour il serait un grand médecin.

Pour le moment, il était un jeune homme bien embêté. Il fallait trouver ce fichu bijou ! Les petites allaient être déçues s'il revenait les mains vides mais le problème, c'est qu'il n'y avait pas non plus de quoi acheter un bijou magnifique, malgré les économies la somme était restée relativement modeste. Il était passé dans trois bijouteries déjà et en était ressorti, horrifié à la vue du prix qu'ils affichaient. Bon, il allait falloir acheter quelque chose en toc, tant pis, ce qui compte c'est l'attention.

Tom arriva dans une rue où la devanture clignotante attira son attention. Il s'approcha et remarqua que le magasin vendait tout un tas d'objets décoratifs de Noël, il put même voir un présentoir avec quelques colliers et quelques boucles d'oreilles. Il soupira de soulagement et se décida à entrer. La boutique était déserte. Mais la clochette qui teinta quand il poussa la porte attira quelqu'un qui vint se poster derrière le comptoir. Tom regarda un instant la jeune fille qui lui sourit et ne put s'empêcher de la trouver jolie. Elle ouvrit la bouche pour lancer un « Bonsoir, joyeux Noël ! » et il se rembrunit aussitôt. La jeune fille était plutôt...un jeune homme.

-Putain ! C'est un mec !

C'est tout ce que Tom réussit à se dire à ce moment-là.

En effet, la personne qui se tenait derrière son comptoir était bien un jeune homme. Il semblait avoir l'âge de Tom, donc à peu près 20 ans. Ce qui avait trompé Tom, c'était les longs cheveux noirs tombant sur des épaules frêles et de magnifiques yeux noisette étirés en amande. Surtout qu'autour de ces yeux, du khôl noir avait été minutieusement appliqué, rendant le regard plus...intense. C'était plutôt joli, décida Tom. Le jeune homme derrière son comptoir dût remarquer l'observation dont il faisait preuve et fit un éblouissant sourire, qui atteint Tom comme un gros choc en plein estomac. Il cligna même des yeux et fit un minuscule pas vers l'arrière. Le jeune homme prit alors la parole, d'une voix enjouée :

-Je peux vous aider ? Un dernier cadeau à acheter, hein ?

Tom hocha la tête simplement. Il sentit soudain qu'il avait chaud. Il retira son bonnet et tenez-vous bien, c'est là que vous aussi découvrez la particularité de Tom, il avait de lourdes, longues dreads blondes. Le bonnet une fois retiré, elle tombèrent librement dans son dos, certaines venant se loger devant et encadrer son visage. Le jeune homme avait quitté son comptoir et vint se poster devant lui. Il avança la main et toucha doucement le bout d'une dread :

-Oh ! Vous avez des dreads ! C'est joli...

Tom ne sut pas quoi répondre, à part un petit « merci » soufflé à voix basse. Une jeune fille entra dans la salle et lança :

-Bill ! Bill, où est-ce que tu as mis mon écharpe rouge, tu sais, celle qui...oh !

La jeune fille s'interrompit quand elle aperçut Tom. Alors comme ça, le jeune homme aux cheveux longs s'appelait Bill...Il tourna la tête vers la nouvelle arrivée et répondit :

-Ton écharpe est dans le troisième tiroir de ma commode. Regardes bien, tu la trouveras.

Elle hocha la tête et ressortit tout aussi vite qu'elle était entrée. Bill se retourna de nouveau vers Tom et demanda, la voix toujours joyeuse :

-Alors, est-ce que vous avez une idée précise de ce que vous voulez acheter ?

Le dreadé prit une expression ennuyée et se gratta la nuque, sous ses dreads :

-Non, pas trop. En fait, je dois acheter un bijou. C'est pour une femme. Mais je n'ai pas beaucoup d'argent, alors...

Bill sourit et taquina :

-Oh, une femme ! Et bien, peut-être qu'une bague fantaisie serait bien, non ? Nous en avons de très jolies et de très originales. Elles font pas vraiment « bague d'amoureux » mais je vais vous montrer...

Tom comprit la méprise et rectifia aussitôt :

-Non, en fait, c'est pour une voisine paraplégique. Ses deux petites filles veulent lui faire un cadeau et elles m'ont demandé de lui acheter un bijou. Ce sera le cadeau de noël pour leur maman.

Il avait rajouté cette phrase avec une grimace involontaire. Si Bill fut étonné, il n'en montra rien. Il désigna le rayon où se trouvait différents bijoux fantaisie et l'invita à le suivre :

-Venez avec moi, je vais vous montrer ce que nous avons.

Tom le suivit jusqu'au rayon où scintillaient différents bracelets, bagues, colliers, il y avait même des pinces à cheveux serties de petits faux diamants. Tout était vraiment très joli. Bill remarqua que les mains du blond étaient pleines avec le bonnet et les gants qu'il tenait. Il tendit la main et dit :

-Donnez moi donc cela, je vais le poser sur le comptoir, comme ça, vous aurez les mains libres pour choisir ce qui vous intéresse, non ?

Tom lui tendit ses affaires et murmura :

-Merci.

Il regarda s'éloigner le garçon brun, et ne put s'empêcher d'admirer les mouvements fluides que celui-ci faisait en marchant, ses cheveux noirs légèrement bouclés à la pointe virevoltant un peu. Bill avait un style totalement à l'opposé de Tom. Il portait des vêtements plus moulants, un jean noir et un tee-shirt rouge très près du corps et une veste en cuir noire et rouge. Et des santiags noires pour compléter le tout. Il avait beaucoup de classe et un charisme indéniable. Son personnage dégageait le mystère et une certaine bonté. Quand il s'était mis devant Tom, ce dernier avait senti une odeur légèrement musquée et un peu sucrée aussi. Inexplicablement, cela l'avait troublé. Il eut un peu plus chaud, le magasin est bien chauffé, se dit-il, alors il ouvrit sa doudoune, laissant voir son style particulier à lui aussi. Lui, c'était plutôt un large baggy qu'il portait, agrémenté de deux tee-shirts, oui, vous avez bien entendu, deux tee-shirts. Et d'habitude, vous l'auriez vu avec une casquette assortie à ses vêtements qui serait posée sur son front recouvert d'un large bandeau. Mais il avait remplacé cela par son bonnet. Il faisait trop froid pour sortir uniquement avec cela.

Bill se retourna et tiqua un peu quand il vit que le blond retirait sa doudoune. Ce Tom était...très beau...très...spécial. Il dégageait quelque chose de sécurisant et aussi une certaine force. Mais c'était son regard qui avait frappé le brun. C'était un regard à la fois, doux et triste. Dur et mélancolique. Fascinant...Pendant que le blond cherchait dans le rayon ce qui pourrait lui plaire, Bill détailla de loin son profil. Un profil parfait. Un nez pointu, une mâchoire carrée, bien dessinée, une bouche pleine dont il mordillait la lèvre inférieure sous la concentration, là où se trouvait son piercing, un cou gracieux, une silhouette finement musclée. De là où il est, il voit aussi une main. Une grande main fine, avec de longs doigts terminés par des ongles courts et bien entretenus. Et il eut une brève vision, celle où cette main et ces ongles raclaient très légèrement sa peau. Frissons...

Puis, Bill le vit secouer la tête en fronçant les sourcils. Il fit lui aussi le même geste et retourna vers le blond de nouveau plongé dans la contemplation du rayon. Pour éviter un silence lourd, le brun interrogea gentiment :

-Alors, il y a quelque chose qui vous plait ? Vous connaissez un peu les goûts de votre voisine ?

-Non, pas trop. Je trouve tout ça bien sympa mais en fait, je sais juste pas quoi prendre.

Bill regarda longuement l'étalage, tapotant ses lèvres de son index et réfléchissant à voix haute :

-Alors, alors...Vous dites que c'est une voisine plutôt jeune, et que le cadeau doit plaire à ses deux petites filles. Un cadeau de Noël pour leur maman...Un truc sentimental, quoi, qui montrerait leur affection...Bon, bon, bon...Attendez...Oh ! Jetez un ½il là-dessus !

Bill avait saisit un objet entre ses doigts pour le tendre à Tom :

C'était une chaîne en argent ornée d'un pendentif en forme de c½ur. Un gros c½ur plat. Simple mais certainement touchant pour la maman. Tom fronça un peu le nez et regarda le collier d'un peu plus près :

-Ouais, c'est joli. Mais j'aurais voulu quelque chose de plus...qui fasse plus personnalisé, quoi.

-Eh bien je peux vous proposer quelque chose : on fait aussi les gravures, vous me donnez les prénoms des fillettes et je vous grave ça de suite ! En plus ça tombe bien, elles sont deux. On pourrait par exemple, mettre un prénom devant et un prénom derrière. Comme ça, la maman pourrait le retourner à sa guise, non ?

Le visage du blond s'éclaira :

-Ah c'est une super idée ! Oui, on va faire comme ça ! Combien ça va me coûter ?

A l'annonce du prix, son visage se referma. Il savait de combien il disposait mais n'avait pas assez d'argent. Et ça l'embêtait franchement, le cadeau lui plaisait bien, il était sûr que les fillettes en seraient ravies, et du coup, il n'avait plus envie d'autre chose. Bill le considéra quelques secondes et dit :

-Ça fait rien. Donnez-moi ce que vous avez. Le reste, c'est cadeau.

Tom bégaya, surpris :

-Mais...mais...vous pouvez pas, enfin, je veux dire, ce serait pas...Non !

-Si, si ! C'est pour une maman qui m'a l'air bien courageuse on dirait et il faut pas décevoir ses deux petites. Il est déjà bien tard pour continuer de chercher et je suis sûre qu'elles aimeront toutes les trois.

Il ajouta dans un clin d'½il :

-Et puis, c'est Noël, hein ?

Tom fut malgré lui très touché. Il ne put que bafouiller, encore un peu gêné :

-Merci...C'est...super sympa...

Ils avancèrent jusqu'au comptoir pour que Bill puisse encaisser l'argent. Il eut l'air de se souvenir de quelque chose et releva la tête vers Tom qui sursauta un peu :

-Mince ! Je vous ai pas dit ! Par contre, pour la gravure, ça risque de prendre un petit peu de temps. Vous pouvez attendre ? Ça ne me prendra qu'une heure à peu près.

Là, tous les espoirs du blond s'effondrèrent :

-Aïe, mince ! Je peux pas attendre tout ce temps, les petites m'attendent depuis un moment déjà, elles vont s'inquiéter ! Mince !

Une nouvelle fois, le brun réfléchit rapidement :

-Ok, alors voilà ce que je vous propose : je garde tout ça, je fais la gravure de suite et dès que c'est fait je vous le livre chez vous. Vous aurez le temps de rentrer, d'expliquer tout ça aux petites et je serais là, le cadeau tout prêt ! Ça vous va ?

Tom se sentit immédiatement soulagé. Décidément, ce jeune garçon était d'une efficacité et d'une rapidité à réagir impressionnante ! Il soupira de soulagement :

-Oh super ! Ouais, vraiment super ! Oui, faisons cela. Je vais vous laisser mon adresse. Vous êtes sûr que cela ne vous dérange pas ? Vous devez peut-être être attendu quelque part pour réveillonner et je ne veux pas vous retarder !

Le regard du brun s'assombrit et il répondit en baissant la tête, feignant de s'intéresser au plus haut point à la caisse enregistreuse :

-Non, non. Je réveillonne nulle part. Ça me dérange pas, au contraire. Et puis, c'est pour cette famille, n'est-ce pas ? Donc c'est bien comme ça.

Tom n'ajouta rien. Il avait noté le bref changement d'humeur et ça excita sa curiosité. Pourquoi un jeune si enjoué, si gentil, ne réveillonnait nulle part ? Il n'avait pas de famille ? Pas d'amis ? La fille qui était entrée en coup de vent tout à l'heure pour demander son écharpe, c'était qui ? Sa petite amie ? Il ne pouvait tout de même pas lui poser toutes ces questions ! Hors de question ! Bill lui répondrait alors avec raison « Mais de quoi je me mêle ? ». N'empêche, il était intrigué. Lui si indifférent à tout et à tous en cette période, était intrigué par quelqu'un. Un jeune homme. Bill.

Il prit la note et le stylo que le brun lui tendit et écrivit dessus son adresse complète. Il s'assura que Bill avait bien saisi où se trouvait son quartier ainsi que son immeuble et lui tendit le morceau de papier. Et quand Bill le saisit, leurs doigts se frôlèrent et l'un comme l'autre frissonna. Violemment. Inexplicablement. Tom leva le regard et resta littéralement bloqué par celui de son vis-à-vis. Regard noisette. Profond. Intense. Sans savoir pourquoi, il eut l'impression de manquer d'air. Il entrouvrit les lèvres pour respirer un peu mieux et mordilla l'anneau qu'il avait au labret. Autre de ses particularités. Il vit les yeux de Bill descendre sur cet endroit-là et une fois encore, le brun eut son tic nerveux. Il passa le bout de sa langue sur ses lèvres. Tom était tellement perdu qu'il ne savait s'il fallait s'en offusquer ou bien en rire. La seule chose qu'il savait, c'est que cela ne le laissait pas indifférent. Il ne savait pas quoi, mais il ressentait. Plusieurs sentiments, la peur, l'anxiété, l'amusement, l'envie. L'envie ? L'envie ! Oh là ! C'est à ce moment qu'il paniqua et décida qu'il était temps de partir, et vite. Il bafouilla un vague « Merci, à tout à l'heure, merci beaucoup, hein, bon je dois y aller. Ok, j'y vais, là... » tout en enfilant de nouveau ses habits et sortit rapidement, en courant presque, sous le regard médusé du brun.

***


Il était bientôt 20h. La neige avait commencé à tomber et dans les rues, les passants s'étaient faits déserts. D'ailleurs, tout le monde devait être en train de réveillonner à l'heure qu'il est. En famille. Tom avait changé de vêtements, enfilé un large pantalon de toile noire, ainsi qu'un débardeur de même couleur. Ses longues dreads étaient retenues en lourds chignons sur sa tête. Il faisait bien chaud chez lui, il avait allumé le chauffage. C'était vraiment très agréable. De plus, tout le sol de son appartement était recouvert d'une épaisse moquette couleur chocolat. Encore plus agréable. Il avait fait du vin chaud et la télé ronronnait doucement. Quand il était rentré, il était passé voir sa voisine et avait pu expliquer vite fait aux petites ce qu'il avait trouvé et que bientôt il leur donnerait le cadeau tout prêt. Elles étaient toutes contentes et étaient retournées aider leur maman à préparer le repas de leur réveillon. Elles allaient le passer ensemble toutes les trois, apparemment plus aucune famille n'était dans leur entourage, Tom n'avait jamais su pourquoi. Même le père avait déserté leur vie, malgré le divorce, il n'avait pas tenue sa promesse de venir les voir souvent et s'était exilé on ne sait où, avec une nouvelle femme. Une ordure de plus...

Sa voisine, qui s'appelait en fait Martina, avait insisté pour qu'il reste dîner avec elles, mais il avait catégoriquement refusé. Il les aimait beaucoup, ne voulait pas leur faire de peine, mais noël, ce n'était pas sa tasse de thé, pas du tout. Il allait boire son vin chaud, manger les « trucs biens » qu'il avait choisi et s'affaler devant la télé. Certainement il boirait un peu d'alcool aussi. Et il savait que plus que tout, il allait ressortir son vieil album. Celui que ses grands-parents avaient fait pour lui. Un album avec des photos de lui depuis sa naissance jusqu'à ce qu'il parte de chez eux. Avec tous les moments, tous les événements. Beaucoup d'instants de sa vie avaient été immortalisés, il y en avait beaucoup de ses parents. Son père, sa mère et lui. Avant que...Avant ça...Il ne regardait cet album qu'une fois par an, et c'était toujours le soir de Noël, comme pour se faire mal un peu plus. Comme pour bien appuyer le fait qu'il n'avait plus droit à ce bonheur qu'il voyait photographié. Surtout pour revoir le sourire et les yeux de sa mère. Chaque fois, il regardait la dernière photo d'elle, elle avait posé avec lui debout à côté d'elle, sa taille entourée du bras de sa maman, un immense sourire aux lèvres. Il fixait l'objectif, radieux et elle avait le visage tourné vers lui. On pouvait sentir l'amour dans son regard. C'était toujours la dernière photo qu'il regardait parce que c'était celle qui le faisait pleurer. Il fermait les yeux et sanglotait. Et la voix de sa mère lui revenait, comme un douloureux poignard dans le c½ur « Joyeux noël, mon Tomi, je t'aime... ». Il s'endormait à force de larmes, seul, toujours seul. Il avait refusé de partager son Noël avec ses grands-parents depuis longtemps, d'ailleurs, ceux-ci allaient chaque année le passer chez une de ses tantes. Ils auraient bien voulu le fêter avec lui, mais la décision de Tom était sans appel. Pas de Noël, pas de réveillon, pas de fête, rien. Juste des larmes et des souvenirs ressassés. Son moment à lui, son chagrin à lui, sa torture à lui.

Le blond jeta un ½il sur l'horloge accrochée au mur et se dit que Bill ne devait normalement plus tarder et fut étonné de ressentir de l'empressement. Il s'assit à même le sol, le dos collé au canapé et posa son verre de vin sur la table basse. Il grogna quand il vit à la télé des petits oursons animés entonner des chants de noël en se dandinant :

-Oh putain, y a pas autre chose ?

Il eut beau zapper, tout le monde était contre lui. Toutes les chaînes étaient d'humeur « Noëlienne », cantiques, histoires, tout tournait autour de ça. Normal, quoi. Il se résolut donc à remettre les oursons. Au moins ça avait le mérite d'être moins ridicule et moyennement rigolo et il n'était pas d'humeur à écouter une histoire où « le petit garçon qui se réveille le lendemain, saute dans les bras de ses parents en souriant et en les embrassant parce qu'il voit tous les joujoux que Petit Papa Noël a apporté ». Oh que non, il ne mettra pas ça. Manquerait plus que ça...Et puis quoi encore ? Enfiler un bonnet et distribuer du lait de poule dans la rue déguisé en lutin ? N'importe quoi...

Voilà tout ce qui lui passait par la tête en ce moment. Soudain, on sonna à la porte. Tom se leva d'un bond et se calma quand il se rendit compte qu'il se précipitait plus qu'il ne marchait vers la porte. Et quand il ouvrit, il manqua tomber à la renverse, de surprise. C'était bien Bill, mais cette fois, il était déguisé en...Père Noël ! Costume rouge et blanc, bonnet, bottes, même la barbe blanche y était. Seuls détails remarquables, ses longs cheveux noirs bien lissés, tombant sur ses épaules, et ses yeux. Ses yeux noisette, brillants, pétillants, souriants. Il fit un grand sourire à Tom et prit une grosse voix grave, contrastant avec sa silhouette :

-Oh oh oh ! Quelqu'un ici a commandé quelque chose ! Je suis en avance, mais c'est pour la bonne cause !

Tom le regarda un instant interloqué et sembla réaliser que son silence était un peu...malpoli. Il ouvrit un peu plus la porte et s'effaça pour le laisser entrer. Son visage s'était un peu refermé et Bill en fut gêné. Il entra donc et attendit, au milieu du salon, que le blond referma la porte et le rejoigne. Il dit alors, d'un ton qui semblait s'excuser :

-Je...je me suis dit que...c'était de circonstance...

Le blond fit un geste de la main, semblant dire « c'est pas grave » mais fut lui-même étonné de s'entendre répondre :

-C'est rien. Excusez mon manque d'enthousiasme, mais...j'aime pas Noël.

-Oh !

Pendant de longues secondes embarrassantes, ils ne dirent plus rien. Le brun était affreusement gêné et se sentait stupide et Tom se sentait rustre. Après tout, Bill n'était pas censé savoir qu'il détestait cet évènement, il se fit donc plus détendu :

-Mais...j'apprécie l'attention. En fait, le costume vous va plutôt bien !

Pourquoi disait-il ça ? Il n'en savait fichtre rien, en tout cas ça eut le mérite de détendre l'atmosphère puisque Bill reprit son sourire resplendissant, la pièce sembla en être éclairée davantage. Il avait emmené un sac qui avait l'air d'être plein, d'où il sortit le petit paquet qu'il avait emballé d'un papier rouge et doré. Il le tendit à Tom :

-Je l'ai emballé, hein, vous n'allez pas pouvoir voir la gravure jusqu'à ce qu'elle le déballe. J'ai hésité, mais bon, sinon il aurait fallu que j'emmène tout le matériel. Pas que ça prenne beaucoup de temps de faire l'emballage, mais je crois que les petites ont assez attendu, non ?

-Oh, y a pas de problème pour ça, de toute façon, une gravure c'est une gravure, du moment que ça plait à leur maman. Et je suis sûr que vous avez fait ça très bien !

Le sourire s'accentua. Décidément, c'était bien quand il souriait. Et Tom eut envie de le voir sourire encore. Il eut soudain une idée :

-Dites, ça me fait penser à un truc ! Pourquoi ne viendriez-vous pas avec moi chez ma voisine, vous livreriez directement le cadeau déguisé comme cela, ça ferait une chouette surprise ! Je suis sûr que les petites en seraient ravies !

Le brun opina de la tête et lança joyeusement :

-Super idée ! Enfin, si vous êtes sûr que ça ne va pas les déranger, faisons cela alors !

Ils allèrent donc chez la voisine, sonnèrent et attendirent. Tom était très étonné de se sentir quelque peu...excité de voir la surprise et le contentement dans les yeux des deux fillettes. Mindy, la plus petite, celle qui avait 6 ans, ouvrit la porte et resta sans rien dire, les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte. Tom sourit et Bill reprit sa grosse voix :

-Oh oh oh ! J'ai des cadeaux à livrer ici ! C'est bien chez Laura, Mindy et Martina Bauer ?

Tom en fut étonné. Il avait bien donné les prénoms mais comment Bill avait pu deviner leur nom de famille ? Il demandera plus tard. Pour l'instant, il regarda la petite hocher vigoureusement la tête et entendit la maman demander du fond :

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Comments :

  • chaos87th

    14/07/2011

    C'est bien dommage de ne pas aimer Noël, mais dans le cas de Tom ça se comprend.
    Mais pourquoi Bill lui est seul en cette soirée ?
    En tout cas j'adore.

  • xx-gothiqua-arwena-xx

    08/04/2011

    OUA!! J'adore !!! Trés bonne idée je n'aurais pas fais mieu moi même ^^

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    11/07/2009

    Je m'arrête ici pour le moment =D
    Quoique non !

  • yaoi-intentions

    23/05/2009

    Y a pas la suite ='(

  • vivre-avec-eux

    06/03/2009

    Han je veux la suite =)
    J'avais les larmes au yeux quand tu raconte ce que fait Tom chaque soir de Noel avec les photos de sa mere
    Bisous

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