[Fiction] Reviens-moi!!! - Chapitre 6

A peine entré dans sa chambre, Bill laissa couler les larmes qu'il retenait depuis qu'il avait vu Tom en si bonne compagnie. Comment avait-il osé ? Comment avait-il pu ? Chez eux, en plus ! Dans leur salon, dans leur « nid d'amour », sous leur toit ! Faire venir ces malotrus qu'il ne supportait pas et surtout ces filles ! Se laisser toucher par une femme, alors que ce qu'ils traversaient été justement parce qu'il avait eu une aventure avec une autre femme ! Il se sentait dégoûté, trahi, déçu, blessé, vaincu. Tom avait gagné...

Il l'avait vu dans les bras de cette blonde qui lui léchait le torse avec envie et il l'avait entendu murmurer son prénom à lui en caressant ses cheveux à elle. Mais il fermait les yeux et avait l'air d'apprécier...Tom n'était qu'un lâche, un misérable, lui et sa bande de bons à rien méritaient de brûler en enfer !

Il s'allongea sur le lit et tendit l'oreille quand il entendit remuer de l'autre côté. Il semblait que Tom était en train de virer tout le monde. A quoi bon ? Le mal était fait. Il avait vu tout ce qu'il y avait à voir. Il n'y avait plus aucun espoir de réconciliation. Il sursauta quand il réalisa sa pensée. De quelle réconciliation parlait-il ? Il s'évertuait à faire dégager Tom de chez eux depuis un long moment ! Il comprit alors que malgré tout ça, il avait, tout au fond de lui, espéré une quelconque réconciliation, inconsciemment. Peut-être même plus fortement que le déménagement de Tom...Etait-ce seulement possible ?

Et là, il ne pouvait tout simplement rien dire, il n'allait quand même pas se plaindre ! En sortant, il avait lancé à Tom qu'il était célibataire, ce qui signifiait que Tom aussi, alors qu'il passe la soirée avec cette blonde devait être normal, non ? Il était maintenant en mesure de faire ce qu'il voulait, avec qui il voulait, il n'avait plus son mot à dire.

Il réalisa aussi combien cette situation était débile. Tout ça pour garder ce putain d'appartement auquel il ne tenait plus finalement. Pas quand Tom avait flirté avec une autre, dans le même canapé où il lui avait fait l'amour tant de fois, intensément, longuement, lui donnant plus de plaisir que personne avant lui, lui faisant toucher et même saisir les étoiles à pleines mains, le faisant jouir si fort qu'il en oubliait son prénom, le jour, la date, l'heure...Le laissant tremblant, frissonnant, étourdi, abruti, même, alors que le blond était dans le même état...

-Ridicule, tout ça est ridicule...

Ils s'étaient entre-déchirés ces dernières semaines presque aussi fort qu'ils s'étaient aimés. Malheureusement, ils avaient maintenant atteint un point de non-retour. Comment pourrait-il pardonner à Tom après ça ? De toute façon c'était connu, quand quelqu'un vous trompe une fois, il recommence, inévitablement. Et là, il en avait eu la preuve, il venait de trouver Tom en boxer dans les bras d'une blonde qui passait sa langue partout sur lui. Un peu plus et il arrivait en pleine orgie, où tout le monde baisait avec tout le monde dans son salon, Tom parmi eux. Ca lui arrachait le c½ur. Leur histoire était belle et bien finie.

Les larmes redoublaient, maculant ses joues du noir de son eye-liner, lui piquant les yeux. Ses sanglots augmentèrent un peu plus et il commença à hoqueter, peinant à retrouver une respiration normale. Comment allait-il faire sans Tom ? Comment allait-il vivre sans lui ? Il ne pouvait empêcher l'angoisse de l'étreindre, mais sa colère se mêlait à tout ça. Il prit rapidement sa décision. Finalement, peu importait l'appartement, l'argent, leurs souvenirs, tout. Il fallait qu'il parte, il devait partir, pendant qu'il le pouvait encore. Rien n'allait s'arranger, tout était VRAIMENT fini, pourquoi lutter devant l'évidence ? S'il restait, ils allaient continuer de se déchirer et il ne s'en sentait plus la force, trop de mal, trop de souffrance, trop de chagrin. Il refusait que la haine s'installe entre eux, plus qu'elle ne le faisait déjà. Il refusait que la haine et le ressentiment, ainsi que la vengeance, soient aussi fort que l'amour et la passion qu'il y avait eu entre eux. Il ne le supporterait pas.

Il ne se sentit pas s'endormir de force mais se réveilla tout habillé, la bouche pâteuse, la tête endolorie. Il se rappela ce qu'il s'était passé la veille et soupira longuement. Aujourd'hui était LE jour, le grand jour. Celui où tout prendrait fin pour qu'il puisse récupérer sa dignité, le respect de lui-même, la raison, le jour où il allait recommencer quelque chose d'autre. Il se leva et s'étira, tout son corps lui faisait mal. Titubant un peu, il décida d'aller dans la salle de bains. Il n'entendait aucun bruit, certainement, après une telle soirée, Tom dormait encore.

Il avança silencieusement jusque la salle de bain et prit une rapide douche, se recoiffa et s'habilla méthodiquement. Puis il se rendit au salon, Tom dormait encore à poings fermés. Il le regarda un peu et observa le désordre ambiant qui régnait. L'odeur de la cigarette froide lui piquait les narines, ça sentait mauvais. Bill fronça le nez et repartit à grands pas dans sa chambre. Pendant un moment, il s'affaira à ramasser toutes ses affaires dans de grandes valises qu'il avait sorties. Quand tout fut bien emballé, il amena le tout au salon et prit ses clés pour les descendre dans sa voiture. Il dût faire deux allées-retours pour mettre tout ça dans son coffre et constata en remontant une dernière fois pour récupérer un dernier sac de voyage, que Tom ne s'était toujours pas réveillé.

Bill s'avança doucement jusqu'à lui et pendant un long moment il le regarda dormir. Il le trouvait toujours aussi beau. Il laissa ses yeux glisser jusque son torse que le drap ne couvrait pas. Il avait toujours adoré se blottir contre Tom au réveil, il avait la peau si douce, si chaude de sommeil encore, il était si tendre...

Il détailla son visage et remarqua que même en dormant, Tom avait l'air tourmenté, même pendant son sommeil. Il n'était pas aussi détendu que d'habitude. Il admira ses longs cils, l'arête de son nez, sur lequel il aimait faire glisser son index parfois. Et ses yeux se posèrent enfin sur sa bouche. Cette bouche charnue et si bien dessinée, cette bouche qui lui avait dit et fait tant de choses toutes plus affolantes les unes que les autres, mais cette bouche qui l'avait meurtri aussi, par des paroles blessantes.

Tom leva une main pour se gratter la joue et la reposa sur son ventre, qu'il caressa brièvement dans son sommeil. Bill fixa la main de Tom, se rappelant toutes les choses que le blond pouvait lui faire avec ses mains. Tom savait exactement où et comment le toucher, chaque effleurement était divin et il se souvint comment Tom faisait glisser sa main sur son corps avant d'empoigner son sexe dans une caresse lente mais soutenue. Il n'oublierait jamais...Rien que le souvenir le faisait bander et il secoua la tête pour chasser les images indécentes et sexy qui s'imposaient, avant de ne plus pouvoir se contenir et de se jeter sur le blond. Lui non plus n'avait pas eu de sexe depuis longtemps et il lui semblait que personne ne saurait être à la hauteur de Tom désormais.

Mais il se demanda pourquoi il s'évertuait à vouloir le quitter, s'il ressentait encore tout ça pour Tom ? Tout simplement parce qu'ils en avaient trop fait, il lui était impossible d'oublier que le blond avait couché avec Anna, ça le bouffait, ça le boufferait encore, ça pourrirait encore plus leur relation. Et ce qu'il avait vu la veille n'allait certainement pas aider. Et puis, de toute façon, ils avaient trop de différences, tout avait trop changé entre eux, l'amour était peut-être encore là, mais s'ils restaient ensemble, tôt ou tard ils se verraient de nouveau en train de se déchirer. Non, il n'y avait plus rien à faire.

Il s'approcha de Tom et s'agenouilla près de lui, résistant à la tentation de poser sa bouche sur celle du blond. Il lui secoua un peu l'épaule. Tom ne bougea pas d'un pouce. Après deux autres tentatives, où Bill le secoua plus fortement, Tom se réveilla et posa sur lui un regard hagard. Il cligna plusieurs fois des yeux et reconnut Bill, enfin. Il se redressa un peu dans le fauteuil et bailla, tout en se grattant élégamment l'entre-jambe sous le drap. Il marmonna :

-S'tu veux ?

Puis, il remarqua enfin que Bill était habillé, comme pour sortir et que surtout il avait l'air gêné. Il se redressa un peu plus et écouta Bill lui débiter :

-Je...Désolé de te réveiller après cette nuit...torride mais...Je...Je voulais juste...En fait je...

Tom, impatient, l'interrompit :

-Vas-y ! Tu quoi ?

Bill prit une profonde inspiration et continua :

-Je m'en vais.

A son ton, à son regard, à son allure, Tom comprit immédiatement. Mais un espoir insensé lui brouilla l'esprit et il se prit à espérer avoir mal compris. Il s'assit un peu mieux et le regarda, affolé :

-Tu...Tu pars ? Comment ça « tu pars » ?

Bill se remit debout et enchaîna, la voix triste :

-Ecoute, garde l'appartement, ok ? Garde-le, je...Je vais pas rester finalement, j'en veux plus. J'ai déjà fait toutes mes affaires et je les ai déjà descendues dans la voiture. Je...Je t'ai juste réveillé pour te dire que...pour te dire...Bin...Au-revoir, quoi.

Il sourit tristement et ajouta :

-J'allais pas partir comme ça, comme un voleur, quand même, hein ?! Donc, voilà. Garde l'appartement, garde tout, c'est pas grave.

Tom se leva d'un bond et fit un mouvement vers Bill mais s'arrêta quand il le vit secouer la tête, l'air implorant :

-Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Tu vas...vraiment partir ? Pour de bon ? Mais...Tu...Tu voulais garder l'appart !

-Ouais, mais ça m'intéresse plus maintenant. Plus depuis...hier soir. Et oui, je pars, vraiment. Je te laisse tout, je refuse qu'on continue de se faire plus de mal encore qu'on ne s'en ait déjà fait jusqu'à maintenant, ça sert à rien, ça nous fait mal pour rien, et j'en peux plus, Tom, j'en peux plus !

Son visage se décomposait, il se maudissait de se sentir aussi faible devant Tom. Ce dernier le regardait comme si le ciel lui tombait sur la tête. Il n'arrivait pas à y croire, il ne voulait pas le croire, Bill le quittait ! Pour de bon, cette fois ! Il avait pensé y être préparé quand la veille il s'était rendu compte que Bill l'avait vu avec Linda, mais inconsciemment, il pensait qu'ils allaient encore habiter ensemble, se faire encore la guerre certainement, mais que Bill parte vraiment, ça non ! Il se rendit compte à quel point il n'y était pas du tout préparé. Il fit un pas vers l'avant de nouveau et ignora le regard perdu du brun et les « non » qu'il faisait de la tête, il parla, affolé :

-Bill, écoute-moi, arrête ! Ne fais pas ça, ne pars pas ! Il s'est rien passé avec Linda, il ne se serait rien passé, je te le jure ! Elle...elle représente rien !

-Elle te léchait quand je suis arrivé, Tom !

-Ca m'a rien fait ! Rien du tout ! J'ai...Je me fous d'elle et de toutes les autres Bill !

-Tu fermais les yeux !

-Je te dis que ça me faisait rien ! Tu sais pourquoi ? Parce que c'était pas toi, putain, Bill ! C'est toi que je veux et que j'ai toujours voulu ! Tu es le seul qui compte autant ! Ce que tu as vu hier soir, c'était juste une...c'était rien, Bill, rien !

-On va pas revenir là-dessus, de toute façon c'est fini, Tom. Y a plus rien à faire ! Je veux pas qu'on se déchire plus, on s'est trop aimé pour ça, je veux pas qu'on se déteste autant qu'on s'est aimé !

Tom eut un ton amer :

-Tu parles déjà de nous au passé ! A croire que tu t'accommodes déjà bien à la situation !

-Pardon ? Tu penses que pour moi c'est facile ? T'imagine même pas tout ce que j'ai pu ressentir ces dernières putain de semaines ! Tu vois, c'est ça le problème, Tom, on pense plus pareil, on n'est plus sur la même longueur d'ondes, on se comprend plus et ça s'arrangera pas ! On s'est trop éloignés pour se retrouver. On a passé ces dernières semaines à essayer de se faire le plus de mal possible et c'était complètement puéril. Je veux pouvoir continuer de te respecter un minimum, au nom de tout ce qu'on a vécu de formidable jusque là ! Mais si je reste...

Sa voix se brisa, les larmes lui monta aux yeux mais il se reprit et continua :

-Si je reste, tôt ou tard, ça va reprendre. Ca va être super au début, tout nouveau, tout beau, mais on a trop de...différences, ranc½urs, malentendus, incompréhensions, et ça va reprendre ! Exactement là où on a laissé nos problèmes. On n'est plus assez forts, Tom. JE ne suis plus assez fort ! Je veux pas vivre une autre désillusion, tu comprends ? Je veux pas tout reprendre pour me casser la gueule demain, une fois de plus, je m'en remettrai pas, tu comprends ? Parce qu'au final, on finira bien par se séparer mais on se détestera tellement que...non, vraiment, je veux pas de ça, tu comprends ?

Tom hocha la tête, à court de mots. Il sentait son c½ur battre sourdement dans sa poitrine. Il avait très mal, il avait envie de s'avancer, d'attraper Bill et le serrer contre lui, taire sa douleur et son chagrin dans ses bras, sur sa bouche, sur son corps qu'il avait envie de goûter et d'étreindre encore. Mais toute la peine qu'il pouvait lire dans les yeux de son compagnon l'en dissuada. Bill était déterminé. Il prit la parole à son tour :

-Et moi ? Ca a de l'importance, ce que je peux penser, moi ?

Bill s'écria, farouchement :

-Plus depuis que tu as couché avec Anna !

Tom soupira :

-Bill, combien de fois il va falloir que je te répète que je suis désolé ? Combien de fois il va falloir que je te jure que c'était pas prévu, que je regrette, que je m'en veux surtout, que jamais plus je ne recommencerai ?

-C'est pas ce que tu as fait hier soir ?

-J'ai pas couché avec Linda, je l'aurais pas fait !

-Cette...blonde a donc un prénom ?

-Bill, s'il te plait ! J'étais furieux, jaloux, blessé, j'ai voulu te faire mal même si t'étais pas là, mais crois-moi, j'aurais pas couché avec elle ! Quand j'ai vu que tu t'étais...épilé, préparé pour sortir et tout, j'ai...j'ai pensé que tu allais rejoindre quelqu'un d'autre, et j'ai eu mal !

-C'est plus important de toute façon. Bon, il faut que j'y aille. On s'est tout dit.

Tom écarta les bras et le c½ur de Bill se serra un peu plus quand il nota son désespoir :

-Alors voilà ! Tu...On se quitte comme ça ! Tu vas partir et puis c'est tout ! On aurait dû en parler, Bill, écoute-moi, si tu es honnête avec toi-même tu sais très bien que l'échec d'un couple, c'est comme la réussite, ça se fait à deux. A deux, Bill ! On devrait juste en parler, tranquillement, le plus sincèrement possible.

Bill roula des yeux et soupira fortement :

-Voilà, encore une de tes absurdités ! Cette manie que tu as de me mettre tes conneries sur le dos ! Bon, je vais y aller, je veux pas entendre tout ça, c'est assez difficile comme ça, je veux pas qu'on se quitte en s'insultant.

Ils se regardèrent longuement et finalement Bill recula, les yeux toujours plantés dans ceux de Tom et se retourna enfin pour se diriger vers la porte. Il allait poser sa main sur la poignée quand il entendit Tom s'écrier :

-Bill ! Attends !

En quelques enjambées, Tom fut debout devant lui. Interloqué, Bill le regarda et ouvrit la bouche pour dire quelque chose. Sans qu'il eut le temps de comprendre quoi que ce soit, Tom se pencha sur lui, l'attirant contre son torse, le serrant à l'étouffer et tout aussi brusquement, il posa ses lèvres contre les siennes. Bill ferma immédiatement les yeux. Il ne pensa un seul instant à repousser Tom qui prenait possession de toute sa bouche avec ferveur. Il n'eut d'autre geste que de se laisser faire, toute sa bouche était explorée par la langue de Tom et bon sang ce qu'il pouvait aimer ça ! Cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas embrassé, surtout de cette façon. Bill pouvait sentir, à travers ce baiser, tout ce que le blond ressentait et qu'il faisait passer, l'amour, la rage, le désespoir, l'envie, la colère, la haine même, tout...

Tom s'arrêta juste pour saisir sa langue et la sucer, la lâcha de nouveau pour l'embrasser plus intensément encore. Bill se poussa inconsciemment contre lui et remonta ses mains dans ses dreads en cambrant son corps contre celui de Tom. Ce dernier, sentant l'érection de son compagnon, avança les hanches et appuya son bassin contre celui de Bill, entamant déjà un mouvement de friction entre leurs deux érections. Ils gémirent à l'unisson dans la bouche de l'autre et Bill encore plus quand il sentit une main lui saisir les fesses et les serrer à travers le tissu rugueux de son jean.

Tom décolla sa bouche et la fit glisser dans le cou de Bill qui s'accrocha un peu plus à lui. Le brun se vit acculé contre la porte d'entrée, Tom entre ses jambes et pendant qu'il lui suçait et embrassait la gorge, Bill remonta une cuisse contre sa hanche. Tom saisit son genou et le tint plus fort contre lui, il commença alors à donner des petits coups de reins, suçant plus fort la peau de son cou, provoquant des petits miaulements de la part de Bill.

Ce dernier était à deux doigts de perdre complètement la tête, c'était beaucoup trop bon, c'était beaucoup trop fort, trop intense. Il était à deux doigts de supplier Tom de lui faire l'amour, une dernière fois. Il ne se souvenait pas avoir eu envie de lui à un tel point, aussi fort. Tous ses sens étaient en éveil, exacerbés, décuplés. L'odeur de Tom lui emplissait les narines, la bouche, la peau. Il caressait le dos du blond, le griffait parfois, s'abandonnait et se perdait même dans ce baiser, imaginant sans peine, tellement il pouvait le sentir et tellement il le connaissait bien, que Tom était exactement dans le même état.

Mais Tom ne fit rien de plus. Ils se dévorèrent la bouche, se frottèrent encore un peu, sans réellement vouloir arriver à l'orgasme et peu à peu, le baiser s'adoucit, ralentit, jusqu'à s'arrêter. Tom lâcha le genou de Bill, posa son front contre le sien les yeux toujours fermés et Bill souffla contre ses lèvres :

-Pourquoi ? Pourquoi t'as fait ça ? Pourquoi m'embrasser maintenant alors que...

Tom répondit tout bas :

-J'veux pas qu'tu partes...Ca peut pas être fini, Bill ! Je pourrai pas, sans toi ! Mais moi non plus je veux pas te faire plus de mal que je ne t'en ai déjà fait. Alors si c'est ce que tu veux vraiment, on fera comme tu voudras, même si ça me tue ! Je m'imagine pas Bill, je m'imagine pas être sans toi ! Putain ! Je...je peux pas ! Tu me manques déjà, tu me manques déjà depuis un bon moment, depuis qu'on dort plus ensemble, depuis que je peux plus te toucher, depuis que notre complicité à laisser la place à toute cette froideur et cette incompréhension entre nous !

Il rajouta plus bas, ouvrant les yeux et les plongeant dans ceux de Bill :

-Tu me manques atrocement, ça me rend fou, Bill ! Tu me rends fou ! Et là, tu veux juste partir et me laisser ? Et qu'est-ce que je dois faire ? Accepter ?

Il hésita et posa une main sur sa joue :

-Je t'aime tellement, comment tu peux penser y arriver sans moi ? Moi je sais déjà que je peux pas, j'en suis incapable ! Mais justement, parce que je t'aime autant, je ferai tout ce que tu voudras, tout ! Et même si ça m'arrache la gueule de te dire ça, alors ok, on fera comme tu voudras...Si tu veux partir, je te laisse partir puisque tu veux rien savoir...

Il se détacha et fit quelques pas en arrière. Bill hocha la tête, il était rouge, essoufflé, ébouriffé, les lèvres humides et gonflées de leur baiser. Il le trouvait magnifique comme ça. Il le regarda lisser sa chemise de sa main, remettre de l'ordre dans ses cheveux et nota, avec un silencieux plaisir, la marque qu'il lui avait faite dans le cou. Bill avait un suçon énorme près de la pomme d'Adam, personne ne pourrait la rater. Bill lui appartenait, comme ça avait été le cas pendant toutes ces longues années. Tout comme il lui avait autant appartenu. Il ne savait pas qu'il avait la même marque dans le cou, dans la fougue de cette étreinte, Bill s'était appliqué à le marquer et il ne s'en était pas aperçu...

Bill se pencha pour saisir son sac de voyage et dans une ultime tentative de le dissuader de partir, Tom prit la parole :

-Bill ! Attends ! Pour l'appartement ?

Le brun se retourna, il avait ouvert la porte et se glissait déjà à l'extérieur :

-Quoi, pour l'appartement ?

-C'est...C'est le tien aussi, ta part ?

Bill haussa les épaules :

-Je me fiche de ma part, garde-la. Prends le comme mon...cadeau de rupture !

Il avait tellement mal, il était tellement déchiré qu'il n'avait pu s'empêcher une dernière remarque blessante, histoire que Tom aussi soit aussi mal qu'il pouvait l'être en cet instant. Il lui jeta un dernier coup d'½il et se détourna, refusant de le regarder plus et l'un comme l'autre vit la porte d'entrée marquer d'un bruit sec leur séparation définitive, les laissant l'un comme l'autre chacun d'un côté, comme s'il fallait accentuer un peu plus que désormais ils allaient faire cavalier seul...

Pendant un long moment, Tom fixa la porte par laquelle Bill était sorti, espérant la voir s'ouvrir, espérant voir le brun la passer pour venir se jeter à son cou en riant et en disant qu'il plaisantait, qu'il allait rester là, avec lui. Il sembla se réveiller de sa torpeur et courut à la fenêtre, la voiture de Bill n'était même plus là, il était vraiment parti. Il retourna se coucher dans le canapé mais juste après s'être étendu, il se releva et alla dans la chambre où Bill avait élu domicile seul ces dernières semaines. Le lit n'avait pas été fait, les draps étaient encore défaits, Tom s'allongea, saisissant l'oreiller de Bill qu'il serra contre lui. Il pencha un peu la tête et inspira fortement, reconnaissant l'odeur de son amour qui s'y trouvait encore. Toute la literie sentait comme Bill et tout doucement, comme un enfant, il se mit à pleurer. Peu à peu, son corps fut pris de convulsion, l'air lui manqua, il paniqua encore plus quand il réalisa que l'odeur de Bill était la dernière chose qui lui restait de lui.

Dans la voiture, Bill essayait désespérément de reprendre le contrôle de lui-même, il sanglotait bruyamment et essayait de voir la route à travers ses larmes, ce qui n'était pas une mince affaire. Un moment, sa voiture se déporta sur le mauvais côté et un conducteur qui arrivait en face le klaxonna furieusement. Bill passa une main par sa vitre et fit un doigt d'honneur en criant :

-Espèce de connard, va !

Mais le conducteur était déjà loin. Bill renifla et essuya ses yeux avec le dos de sa main. Il n'avait aucune idée de ce qu'il allait faire à présent. Il n'avait qu'une envie, retourner chez lui, chez lui et Tom. Ouvrir la porte et se jeter dans ses bras, l'embrasser à perdre le souffle, oublier tout ce qui les séparait et ne faire plus qu'un avec lui, de nouveau. Mauvaise idée, quand il se rappela ce à quoi il n'avait désormais plus droit, il recommença à sangloter. Il décida alors de se rendre chez son ami Gustav. Il le supplierait, s'il le fallait, de l'héberger pendant quelques temps, le temps qu'il trouve quelque chose, le temps qu'il se retourne.

Quand Gus ouvrit sa porte, il était à mille lieux de se douter de ce qu'il allait trouver, Bill était debout, le visage barbouillé de maquillage, défait, le regard perdu, les lèvres tremblotantes. A peine eût-il ouvert qu'il se précipita dans les bras de son ami, ne pouvant qu'articuler difficilement :

-C'est fini, Gus, c'est fini...

Gustav l'étreignit sans un mot et le fit entrer avant de refermer la porte rapidement d'une main. Il enlaça fermement le brun qui avait du mal à se reprendre et demanda, même s'il avait déjà compris de quoi il s'agissait :

-Qu'est-ce qui est fini ?

Bill pleura plus fort en s'accrochant un peu plus à lui :

-Tout ! Tom, moi, nous deux, tout ! Je...Je l'ai quitté ! Je suis parti ! C'est fini ! Oh putain, comment je vais faire sans lui, je l'aime Gus, je l'aime encore tellement !

-Viens t'assoir, viens me raconter ça tranquillement !

Il lâcha le brun et ils allèrent au salon pour s'assoir. Pendant un long moment, Bill raconta son énorme chagrin, dans les moindres détails, il raconta dans quelle posture il avait trouvé Tom la veille, la décision qu'il avait prise et surtout la séparation. A l'évocation de cette scène, il sanglota de nouveau et Gus eut bien du mal à calmer son ami. Bill finit par sécher ses larmes et Gus en profita pour aller lui chercher à boire :

-Attends-moi là deux secondes, je vais te chercher un truc à boire, t'en as bien besoin.

Il cria de la cuisine :

-Et sinon, tu comptes faire quoi, maintenant ? T'as un endroit où aller ?

Il ramena du café, il avait pensé un instant à de l'alcool fort mais on était le matin et quand même, ce n'était pas franchement une bonne idée de soûler Bill, même s'il pensait que l'étourdir serait le bienvenu à ce moment-là. Il les servit tous deux et il remarqua que Bill n'avait pas répondu à sa question, il la reposa et nota l'air gêné de son ami. Il proposa immédiatement :

-Tu devrais rester ici, chez moi. Je suppose que l'hôtel n'est pas la meilleure solution et...trouver un nouvel appartement ça va te prendre un peu de temps. Je pense que tu vas pas demander à Tom un coup de main ?

Bill secoua la tête, les larmes aux yeux à la seule mention du prénom de son compagnon. Il fut rapidement décidé que Bill allait habiter avec lui jusqu'à ce qu'il trouve un nouveau logement et ils descendirent chercher toutes ses affaires dans la voiture. Gus fut horrifié de constater le nombre de bagages de son ami et s'exclama :

-Sans déconner, il va te falloir un appartement rien que pour toutes tes affaires ! On va mettre ça où ?

Cela eut le mérite de faire sourire le brun, sourire qui s'éteignit rapidement :

-Tu sais, en sept ans, on a le temps d'entasser tout un tas de choses ! Et encore, j'ai pas tout pris !

Il se tût un instant et reprit, la voix brisée :

-Sept ans ! Sept ans qu'on était ensemble, Gus ! J'ai l'impression d'avoir perdu une partie de moi-même et de marcher seul pour la première fois...

Gustav posa une main compatissante sur son épaule :

-Ca va aller, Bill, t'es pas tout seul ! Je suis sûr que lui aussi doit morfler à l'heure qu'il est !

Bill renifla dédaigneusement :

-Ca, ça m'étonnerait !

-Il t'a laissé partir facilement, tu veux dire ?

Bill eut les images de leurs adieux et ferma les yeux sous la douleur et l'intensité de son émotion. Tom aussi avait eu l'air malheureux, bouleversé. Il se rappela leur dernier baiser échangé contre la porte d'entrée et frémit. Il répondit doucement :

-Je...je sais pas si c'était facile. Je dirais juste qu'il m'a laissé partir, Gus. Il m'a laissé partir et c'était, de toute façon, la meilleure chose à faire.

Gus lui jeta un coup d'½il et répliqua :

-Je connais Tom, il t'adore, Bill ! T'as pas conscience de ce que ça doit être pour lui de te laisser partir ?

Bill s'écria :

-Et moi ? Hein, Gus, et moi ? T'as conscience de ce que ça me fait tout ça ? Tu crois que je suis parti la fleur aux dents ou le sourire aux lèvres en lui jetant un « bon, merci pour tout, ces sept dernières années étaient supers mais bon, y a une fin à tout et là j'en ai un peu plein le cul donc je me tire ! » ?

-J'ai pas dit ça, Bill ! T'énerve pas ! On en a longuement parlé hier soir mais je vois que tu veux toujours pas comprendre ce que je t'ai dit. Tom est...lourd parfois, il a ses défauts, c'est vrai, mais Bill, toi non plus t'es pas tout blanc et-

Il s'interrompit quand il vit le regard de son ami s'assombrir de plus en plus. Il inspira et reprit plus bas :

-Excuse-moi. Je sais que c'est pas facile et moi je t'enfonce au lieu de t'aider. Je veux juste être sûr que tu fais pas une grosse connerie, vous vous aimez encore tellement !

Bill se jeta dans ses bras et renifla dans son cou :

-Merci Gus, désolé de chambouler ton quotidien. Tu sais, c'est moi qui vis ou plutôt...vivais avec lui, je sais exactement ce qui se passe, je sais que ça va nous mener nulle part de rester ensemble. C'est difficile mais c'est qu'un mauvais moment à passer, j'irai bientôt mieux.

Et pour appuyer ses paroles bornées, il se détacha de son ami et tenta un sourire que Gus qualifia intérieurement de grimace. Néanmoins, il ne dit rien et s'affaira avec le brun à ranger ses affaires, lui attribuant la chambre d'ami dont il disposait et après l'installation de Bill, ils allèrent tous deux travailler.

***


Trois semaines après, Bill habitait toujours chez Gus. Ce dernier appréciait sa compagnie mais était inquiet de le voir si profondément malheureux. Il avait eu maintes fois l'idée de contacter Tom mais s'était rétracté au dernier moment, Bill lui en aurait voulu. Il se rappelait la fois où Bill était revenu de son travail, encore plus défait que d'habitude, ce qui devait constituer un record ! Un gros carton avait été déposé à l'accueil de l'agence pour laquelle Bill travaillait. Un simple mot indiquait que c'était les dernières affaires du brun qu'il avait certainement oublié d'emporter, Tom les lui rendait à présent. Il avait joint un chèque conséquent, résultat de la vente de leur appartement et il expliquait que la moitié revenait de droit à Bill. Ce dernier avait signé, avant de partir, un papier sur lequel il stipulait qu'il léguait sa part de l'appartement à Tom, pour qu'il en fasse ce qu'il veut et surtout pour qu'il n'ait pas à être embêté par de la quelconque paperasse.

Bill eut d'abord l'idée de renvoyer le chèque, mais Tom avait bien précisé, le connaissant bien, qu'il le déchirerait si jamais Bill le lui renvoyait et que de toute façon, c'était normal que sa part lui revienne. Mais cela signifiait aussi que leur histoire en commun était définitivement arrêtée et que la vente venait de certifier que la page était bien tournée. Ce jour-là, Bill pleura beaucoup. Tom n'avait même pas cherché à le revoir pour lui donner le carton, il s'était contenté de le faire déposer à l'agence avec un mot simple, bref et froid. Il ne savait pas que le blond avait hésité longuement, mais il eut peur de ne pas savoir se contenir devant Bill. Il était sûr qu'il allait encore lui crier son amour et ne supporterait pas de se faire rejeter une fois de plus. Ou pire encore : et si jamais il voyait Bill et remarquait à quel point celui-ci était heureux, en bonne santé, de bonne humeur ? Il ne pouvait et ne voulait voir ça, lui-même était dans un état absolument lamentable depuis le départ de Bill et s'il constatait que le brun allait bien, comme si tout cela ne le touchait plus, il en crèverait, il avait déjà tant de mal lui-même à remonter la pente, il ne voulait pas descendre plus bas que terre.

Mais au contraire, Bill luttait pour reprendre un moral à peu près correct. Il se laissait vivre, refusait de sortir, s'enfermait dans sa chambre dès qu'il revenait du boulot ou regardait vaguement la télé avec Gus, parlant peu, mangeant peu, dormant peu et très mal, bref tous deux survivaient.

Gus avait fini sa journée plus tôt aujourd'hui, il était enquêteur social. Il avait décidé d'inviter son meilleur ami au restaurant et de le sortir dans un bar quelconque après, de force s'il fallait. Il était en train de regarder la télévision quand il l'entendit entrer et vit de suite l'air furieux qu'il abordait. Il demanda :

-Oh là ! Toi, t'as eu une sale journée !

Tout ce qu'il eu en réponse fut un « salope, ça va t'apprendre, va ! » craché avec un regard noir et avec hargne. Gus en fut surpris, qu'est-ce qu'il avait fait pour mériter un tel juron et surtout depuis quand Bill le traitait de « salope » ?

Bill comprit la méprise et rectifia rapidement :

-Non, je parle pas de toi, Gus ! Je parle de cette...putain, j'ai croisé Anna ! Et crois-moi bien qu'elle va se souvenir de notre rencontre !

Gus haussa un sourcil, amusé :

-Putain ! Je le sens pas, là ! Qu'est-ce que t'as encore été faire ?

Bill prit un air innocent pour répondre en haussant les épaules :

-Rien ! J'ai rien fait ! Fallait juste que je mette certaines personnes au courant...

Gustav frémit un instant à cette dernière phrase. Non, Bill n'avait pas fait ce qu'il pensait, quand même ? Et pendant les minutes qui suivirent, Bill lui raconta dans les moindres détails sa « rencontre » avec « le diable »...

Flashback

Bill était encore plus désespéré que d'habitude, Tom lui manquait affreusement. Il était extrêmement fatigué, résultat de ses longues nuits sans sommeil, il était énervé, résultat de la chaleur étouffante qui augmentait son malaise, il était bouleversé, résultat des longues minutes qu'il avait passé à fixer des photos de Tom et de lui qui ne quittaient plus son portefeuille...A tout cela s'ajoutait la rage de ne plus savoir que faire pour s'en sortir, la rage parce qu'il se disait, une fois de plus, que c'était à cause de Tom qu'ils en étaient arrivés là, la rage de ne pas savoir où et comment diriger sa vie.

La journée finie, il décida d'aller faire quelques courses histoire de se distraire un peu et surtout de réapprovisionner le frigo de son meilleur ami qu'il vidait sans scrupules depuis sa dépression. Il ne s'attendait pas à la désagréable surprise qu'il eut quelques minutes après être entré. Il passait dans l'allée centrale quand il vit Anna dans le rayon « produits frais », pendue au bras de son mari, ils riaient et discutaient tous les deux avec un air complice. Un frisson de haine le traversa et il trouva injuste que lui soit aussi malheureux, ayant perdu l'homme qu'il aimait plus que tout alors qu'Anna était toujours avec son mari et avait l'air parfaitement heureuse. Il voulut faire demi-tour et s'éloigner mais il eut le temps d'apercevoir le mari murmurer quelque chose à l'oreille de son ennemie et celle-ci éclater de rire. Puis, elle se rapprocha un peu plus, leva la tête et après avoir fait son regard le plus pervers, elle l'embrassa à pleine bouche.

Bill les observait de loin, cet homme avait l'air si...amoureux et Anna si...détendue. Cela ne fit qu'augmenter sa rage, sa haine et il ne put supporter son chagrin immense. Non, ce n'était pas juste, il avait tout perdu et Anna était trop heureuse pour qu'il puisse supporter de voir ça. Elle devait payer, elle allait payer. C'était peut-être puéril et mesquin mais l'injustice de la situation le rendait aveugle. Il se dirigea d'un pas décidé vers le couple. L'homme, qui s'appelait Jeff, le connaissait un peu, ils s'étaient déjà rencontrés un peu à l'agence de Tom et d'Anna ou lors de certaines soirées. Jeff lui avait paru sympathique, mais Bill ne s'en voulait même pas de ce qu'il allait faire. Faire mal, autant que lui avait mal, c'était tout ce à quoi il pouvait penser à ce moment-là.

Il se planta devant eux avec un grand sourire mais son regard était froid comme le métal. Il tendit la main à Jeff :

-Bonjour ! Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi ?

Jeff se détacha de sa femme et serra sa main en retour avec un sourire :

-Oui, bien-sûr ! Vous êtes...Bill, c'est ça ? C'est vous qui êtes avec Tom, le collègue de ma femme, nous nous sommes déjà rencontrés plusieurs fois, je me souviens de vous, en effet ! Comment allez-vous ?

-Ca va, ça va. Je vous ai vu, de loin, je me suis dit que c'était une bonne idée de venir vous saluer ! Alors, Anna, comment ça va, depuis tout ça ?

Il la regarda dans les yeux, loupant le regard étonné du mari à la question. Mais Bill fut encore plus furieux et dégoûté de voir qu'Anna n'était nullement gênée. Elle fit un petit geste de la main et répondit :

-Ca va, Bill. Un peu fatiguée avec le boulot et tout mais...ça va ! On ne te voit plus beaucoup ces temps-ci !

Elle aurait mieux fait de se taire. Bill s'assombrissait de plus en plus. Cette femme avait un tel culot, il n'arrivait pas à croire qu'elle pouvait être aussi détachée, aussi calme devant lui. En fait, Anna ne craignait pas Bill, elle avait toujours connu le brun comme quelqu'un de gentil et de compatissant. De plus, il était séparé de Tom depuis quelques semaines et elle pensait certainement qu'il avait fait le deuil de cette relation. Elle se disait que Bill n'oserait jamais dévoiler quoi que ce soit devant son mari, elle savait que le brun l'appréciait et ce n'était pas le genre de Bill de faire du mal gratuitement. Mais Bill était estomaqué de la voir si sereine et sa dernière remarque le mit plus en rage. « On ne te voit plus beaucoup ces temps-ci », non mais quel toupet ! Elle devait bien savoir qu'elle y était pour quelque chose dans leur séparation à lui et à Tom !

Bill n'avait qu'une envie, écraser le sourire narquois sur le visage d'Anna, lui cracher au visage, donner des coups à lui meurtrir le corps, rendre physiquement tout le mal qu'il avait eu moralement. Si encore elle avait été un minimum gênée et désolée, ou même effrayée ! Il aurait alors tourné les talons après leur avoir parlé, au lieu de cela, elle le provoquait encore, méchamment. Il prenait tout cela comme ça, se disant qu'en fait, Anna se foutait de lui encore plus que ce qu'il croyait. Il prit quelques secondes pour inspirer et répondit froidement :

-Et ça t'étonne qu'on ne me voit plus ?

Sans s'apercevoir qu'elle poussait le bouchon un peu trop loin, Anna continua :

-Oui, dès fois tu passais à l'agence voir Tom, mais là c'est vrai, on ne t'y a pas vu depuis des semaines ! Oh je sais, tu dois être pris par ton boulot, c'est ça ?

-Non, c'est pas ça. Allons, Anna, tu dois bien savoir pourquoi on ne me voit plus ? Me dit pas que tu te doutais pas de ce qui allait arriver ?

Jeff avait froncé les sourcils, il ne comprenait pas la conversation ni pourquoi Bill avait l'air si en colère. Anna, elle, commençait vaguement à déchanter, elle commença à remarquer l'air déterminé et implacable que Bill avait sur le visage et prit un peu peur. Le brun continua :

-Alors, Anna, satisfaite ?

Jeff intervint, regardant sa femme et Bill tour à tour :

-Mais de quoi parlez-vous ? Bill, de quoi parlez-vous ?

Bill eut un sourire mauvais :

-Oh, t'as pas raconté à ton mari, alors ?

Là, Anna blêmit franchement. Elle comprit que Bill allait jeter une pierre terrible dans sa mare et elle frémissait d'avance à ce qui allait se passer. Même si Jeff et elle avaient chacun des relations extra-conjuguales il était hors de question que son mari l'entende de vive voix. Il faisait parti de ceux qui « savent » mais ne disent rien, sinon leur virilité, leur honneur, leur orgueil se trouveraient trop entâchés pour pardonner. Jeff insista :

-Raconté quoi ? Anna, Bill, mais bon sang, qu'est-ce qui se passe ? Parlez !

Anna souffla, secouant la tête :

-Rien, Jeff, rien ! Bill est simplement...il...

Bill la coupa brusquement :

-Quoi Anna ? Je suis quoi ? En colère ? Triste ? Malheureux ? Vexé ? Dis-moi un peu ce que je peux être ? T'es là, à faire la fière devant moi, à te pavaner au bras de ton mari, à me poser ces questions débiles alors que tu sais très bien ce qui se passe, putain j'y crois pas comme tu peux être gonflée !

Jeff s'écria, outré :

-Bill ! Je vous interdis de parler à ma femme sur ce ton !

Le brun le regarda avec pitié et moquerie :

-Pfff...en plus il te défend alors qu'il sait pas, le pauvre ! Vous ne devriez pas, Jeff, attendez de savoir ce que vaut vraiment votre femme avant de crier pour défendre son honneur ! Elle ne vous a pas dit ? Je vais le faire, moi en fait-

Anna saisit son mari par le bras et voulut se retourner pour les éloigner de Bill. Elle paniquait complètement et pour la première fois, Bill la vit sans son masque de froideur et de méchanceté habituels. Il eut pendant quelques secondes un peu pitié mais se reprit vite. Anna pressait son mari de la suivre :

-Laisse tomber, Jeff, je sais pas de quoi il parle, on va partir ! Viens ! Bill m'a jamais aimé de toute façon, il veut simplement me faire du mal !

Bill éclata de rire :

-Moi te faire du mal ? T'es marrante, toi ! J'ai pas couché avec ton mari moi !

A ces mots, Jeff, qui se laissait entraîner par sa femme, se retourna brusquement et dégagea son bras :

-Pardon ? Vous avez dit quoi ?

-Jeff, ne l'écoute pas ! Par pitié, ne l'écoute pas ! Bill a toujours été jaloux, il...il a toujours cru qu'entre moi et Tom il y avait plus que notre collaboration et là il-

Une fois de plus, elle fut coupée par la voix tranchante de Bill :

-Arrête ton cinéma, Anna ! Tu sais très bien que depuis que tu as enfin réussi à coucher avec Tom, lui et moi, ça ne va plus et tu sais très bien qu'on est plus ensemble, principalement à cause de ça !

Jeff se tourna vers Anna :

-C'est vrai ? C'est vrai ce qu'il raconte ? Tu...tu as couché avec ton collaborateur ?

Anna secoua la tête farouchement. Elle essayait de parler mais ne pouvait sortir un mot. De toute façon, ça n'était pas la peine, son regard affolé, ses lèvres tremblantes parlaient pour elle. Son mari la connaissait bien, il savait que Bill avait dit vrai. Jeff demanda encore, s'adressant à Bill :

-C'est quoi cette histoire ? Je veux tout savoir !

Bill haussa les épaules et dit :

-Désolé pour ça, Jeff, vous ne m'avez jamais rien fait, mais il fallait que vous le sachiez. Je trouve ça lamentable tout ce qu'Anna fait dans votre dos. D'habitude, ça me concerne pas, mais là, il s'agissait de mon couple qu'elle a foutu en l'air. D'accord, Tom est tout aussi responsable qu'elle mais si vous saviez depuis combien de temps je dois supporter son petit manège avec mon petit-ami ! Ils ont...baisé ensemble et maintenant on est séparés, c'est tout. Alors, qu'elle le fasse et ce, avec votre consentement, apparemment, ok ça me regarde pas, mais là, ça a brisé ma relation avec Tom, une relation de 7 ans ! Je ne peux pas pardonner ça !

Bill parlait, ignorant les gens qui écoutaient plus ou moins discrètement, ravies d'assister à un joli scandale dans le supermarché. Anna était rouge de honte, extrêmement mal à l'aise, Jeff était de plus en plus furieux. Par ces quelques mots, il découvrait une des infidélités de sa femme et ce qui le gênait le plus c'est qu'apparemment tout le monde connaissait leur mode de vie. Cela signifiait donc qu'Anna ne se dissimulait pas trop et il était enragé à l'idée que tout le monde se foutait de lui en sachant qu'il était cocu, même si lui faisait de même. Lui qui mettait tant de soin à être discret ! Il se tourna vers Anna :

-C'est vrai ? Anna, c'est vrai tout ce qu'il raconte ?

Bill la fixa et fut intérieurement étonné de ne sentir aucune joie à la vue des larmes de honte qui emplissaient ses yeux. Anna ne répondit rien. Bill prit alors la parole, tristement cette fois :

-Tu vois Anna, je pensais que je serai content de foutre la merde dans ton couple comme t'as fait avec le mien, mais même pas, tu vois ! Comment tu as pu ? Tu savais que j'aimais Tom plus que tout, malgré nos problèmes on était bien ensemble mais toi, il fallait toujours que tu essaies de te le faire, depuis des années c'est comme ça, malgré mes avertissements ! Tu te fous des autres, tu respectes rien, comment tu fais pour te supporter après tout ce que tu as fait ? Tu arrives encore à te regarder dans un miroir ? Je l'aimais, Anna, je l'aimais tellement et toi, tu as tout foutu en l'air pour une simple partie de baise ! Si encore tu regrettais ou si encore tu étais amoureuse, je sais pas, mais là, franchement, c'était ignoble ! Et tu oses encore me parler comme tu l'as fait tout à l'heure !

Il se tût un instant et reprit :

-Bon, je vais vous laisser en famille. Jeff, encore désolé pour tout ça mais il fallait que vous le sachiez. Aujourd'hui j'ai tout perdu, mon histoire avec Tom est finie et je trouve ça pas logique qu'Anna soit là, tranquille, alors qu'elle fait tant de mal autour d'elle. J'espère ne plus jamais te revoir, Anna, plus jamais !

Et il tourna le dos, laissant le couple encore figé par la stupeur, colère pour Jeff et peur pour Anna. Il entendait déjà les prémices d'une dispute mémorable. Enfin, Anna payait...Il termina ses achats et pendant qu'il était à la caisse, il vit Jeff sortir à grands pas, furieux mais seul. Quelques secondes après, il vit passer Anna très rapidement encore plus affolée, elle avait délaissé ses courses et se dépêchait de rattraper son mari. Voilà, il avait été blessé, il blessait à son tour. Il n'arrivait même pas à en être honteux ou désolé. Jeff et Anna avaient une façon de vivre qu'il ne comprenait pas et qu'il ne cautionnait pas et ça l'avait atteint d'une façon ou d'une autre. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il était malheureux. Mais il réalisa aussi que le fait d'avoir tout déballé à Jeff ne le soulageait pas plus, il était toujours sans Tom et ils étaient toujours séparés.

Fin Flashback


Tom avait, depuis plus de trois semaines maintenant, un sentiment d'abandon. Bill était parti et l'avait laissé dans leur appartement, seul. Il avait quitté leur nid d'amour qui était devenu leur nid de haine depuis quelques temps. Pourtant il avait bien vu. Il avait descellé ce que Bill avait ressenti lors de leur baiser d'adieu. Il avait pu voir qu'il ne le laissait plus indifférent rien qu'en l'embrassant. Ce qui était arrivé par la suite, ces coups de bassin pressants, leur désir commun, leur passion qui avait été en réalité étouffée durant toute cette agitation intérieure, étaient dû à la trop grande absence de l'être aimé. Toute cette envie n'était que le débordement de leur amour mutuel.

Finalement ils n'avaient jamais cessé de se vouloir. L'un comme l'autre se désiraient plus que de raison.
Bill avait failli lui céder. Il aurait tellement aimé l'avoir à nouveau contre lui. Sa peau, son odeur, sa chaleur. Tout lui manquait.

Ce manque il n'avait pas pu le réaliser lorsque Bill était encore auprès de lui même s'ils étaient déjà à des années lumières l'un de l'autre. Leur séparation il ne la réalisait que trois semaines plus tard. Il avait tant espéré que Bill revienne. Il ne savait pas comment faire pour le récupérer. Il était conscient d'avoir tellement merdé!

Tom s'était résolu à vendre l'appartement ! À quoi bon vivre dans un endroit où à chaque pas qu'il faisait le sol sur lequel il avançait, lui rappelait constamment des souvenirs appartenant à l'époque la plus belle et heureuse de sa vie.

Il avait donné à Bill sa part. Il était hors de question qu'il laisse Bill lui donner une quelconque compensation à leur séparation.

Séparation.

Ce mot raisonnait aux oreilles de Tom ce soir là. Il venait tout juste de s'installer dans un nouvel appartement. Avec son statut d'agent immobilier, il avait pu dans un temps record trouver un logement qui lui convenait parfaitement. De tout manière du moment qu'il n'y avait plus aucune trace de Bill dans le lieu dans lequel il vivait à présent tout serait plus facile. Enfin, c'était ce dont il se persuadait.
Plus rien ne serait facile et encore moins comme avant.

Tom venait de démissionner. Il avait eu une conversation plus que mouvementée avec Anna. Elle était arrivé en colère dans son bureau et lui avait tout raconté au sujet sa rencontre au supermarché avec Bill. Elle était complètement hystérique. Son mari allait demander le divorce et elle allait tout perdre. Elle avait essayé de convaincre Tom de dire à Bill qu'il fallait absolument qu'il se rétracte devant son mari. Il devait inventer quelque chose. Dire que sous le chagrin de leur récente séparation entre lui et Tom il avait voulu trouver un coupable et que ce coupable c'était elle. Mais Tom ne lui laissa pas plus de temps de parole. Il s'était levé de sa chaise et lui avait fait face. Cela faisait plus d'une semaine qu'il y réfléchissait et il avait pris sa décision ce matin là. Il démissionnait. Elle allait devoir se débrouiller toute seule pour une fois. Elle avait récolté ce qu'elle avait semé tout comme lui.

Tom avait décidé de monter sa propre agence immobilière. Rien ne serait facile mais il espérait que ce serait un nouveau départ. Il ne pouvait pas se remettre de sa rupture s'il avait en permanence le visage de la femme avec laquelle il avait commis la plus grosse erreur de toute sa vie sous ses yeux.
Pour l'instant il était loin de penser à autre chose qu'à toutes les erreurs qu'il avait commises. Mais il savait qu'en se plongeant sans relâche dans le travail il y arriverait !
Il y arriverait parce qu'au fond il aimait toujours Bill même si celui-ci ne voulait plus de lui. Et parce qu'il l'aimait encore, cette fois-ci, il ferait ce que le brun voudrait. Il l'oublierait !

Commencer pour l'un et l'autre quelque chose de neuf, vivre comme des millions d'autres personnes qui ont connu l'amour et qui se voient arrivées à la fin d'une belle histoire. Apprendre à digérer les regrets, classer ses souvenirs et tout simplement, aller de l'avant...Mais chacun de son côté...


Le plus dur, quand il faut finir, est de commencer...
Jean-Marie Laclavetine (Lettres de rupture)

FIN

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Comments :

  • chaos87th

    26/08/2011

    Ah non ça ne peut pas finir comme ça.
    Il faut qu'ils se retrouvent, qu'ils se remettent ensemble.
    Non non et non. lol
    En tout cas j'aime vraiment cette fic.

  • sekai-blut-fictions

    22/11/2009

    la fin peux être triste mais elle est la plus belle
    t'as une facon trop belle d'écrire....

    on peux pas vivre un instant d'amour sans se blesser
    a la fin chacun de nous a un sourire aux lèvres quand on se souviens de ce qu'on a vécu, le nécessaire c'est de gouter ses pleins de sentiments sucrés. Bill et Tom sont un des plusieurs cas qui représente les victimes de l'amour, mais je pense pas que Bill ou Tom regrette une seule seconde de leurs vie passé ensemble.

    je lirai surement toute tes fictions cette semaine <3

  • k

    13/11/2009

    Oh nein sa peut pas ce terminer comme ça impossible...=(

    J'avais raison au propos de Bill ^^ il est partit de lui même =S.

    En tout cas Bill est sa scéne de "vengeance" je l'est adoré lOl ^^ !

  • Pucca97217

    20/09/2009

    Leur baiser d'adieu c'est tout c'est fantastique sa represente toute leur hisstoire leur amour je suis bien contente que Bil est dit c'est quatre vérité à Anna sa répare pas se qui c'est passer mais sa soulage un peu.
    Oh jsui triste ils se séparent alors qu'ils s'aiment toujours mais c'est la vie.

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    11/07/2009

    Heureusement que t'as fais un épilogue ici aussi *-*

  • calypso

    02/06/2009

    J'adore les fictions que tu écris, je suis vraiment fan, mais honnêtement celle là me laisse un peu sur ma faim...
    Enfin c'était très bien écris quand même évidemment, mais je pense que des retrouvailles auraient été encore plus émouvantes après tout ce bordel o_O
    bisou, et surtout n"arrête pas d'écrire sinon je n'aurai plus aucune raison de passer des nuits blanches sur l'ordi

  • tom-th-tom

    27/04/2009

    ben là je me noie dans mes larmes T_T ça fait trop mal de lire ça 'tin trop hard ! je peux plus m'arréter de pleurer T_T

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