Chapitre 7


Tom se figea instantanément. Bill ne remarqua rien et continuait d'effleurer son oreille de ses lèvres, il avait les yeux fermés et respirait à fond l'odeur de Tom après l'amour. Il sentait son c½ur se gonfler d'un sentiment nouveau, il ressentait des choses qu'il n'avait jamais ressenties avant, il se sentait léger, chaud, confortable et à l'abri. Tout son être vibrait pour Tom et ça le rendait totalement fou. Il lui caressait le dos avec fièvre et révérence et son visage exprimait tout ce qu'il ressentait. C'est presque involontairement qu'il répéta, plus bas, mais avec plus d'adoration :

-Oh oui, c'est bien ça...Je t'aime, Tom...

Et c'est là qu'il sembla enfin remarquer son état, il entendit, comme en écho dans sa tête, les mots terribles qu'il venait de prononcer et paniqua complètement. Il ouvrit brusquement les yeux, repoussa violemment le dreadé et bégaya, mortifié :

-Oh ! Je...C'est...Je...

Tom aussi était choqué et ne savait que faire, totalement dérouté par ce qu'il avait entendu. Il se redressa sur le lit et voulut répondre, mais son portable sonna, interrompant toute discussion embarrassante pour tous deux. Bill profita de l'occasion et dit, nerveusement :

-Tu devrais répondre, je vais aller prendre une douche.

Avant que Tom n'ait le temps de le retenir, il courut jusqu'à la salle de bains dans laquelle il s'enferma, avant de se laisser tomber, assis au sol, le c½ur battant à tout rompre. Il venait de faire quelque chose qu'il s'était interdit de faire, depuis des années, il venait de se montrer faible, stupide, complètement idiot. Il se maudit pour n'avoir pas su se taire et laisser son c½ur parler. Il enfouit son visage dans ses mains et se sentit rougir d'humiliation quand il remarqua aussi, avec horreur, que Tom n'avait même pas réagi. Le blond n'avait rien dit, rien fait, il avait même paru choqué ! C'était clair qu'il allait le fuir, maintenant !

Il remonta les jambes contre son torse et se balança doucement, honteux et énervé contre lui-même :

-Et merde ! Qu'est-ce que j'ai fait ! Quand est-ce que ça m'est arrivé...Putain ! Pourquoi j'ai dit ça ! Je le dis jamais, même à Andi je l'ai jamais dit ! Pourquoi maintenant, putain ! Il va m'en vouloir, il va me détester, il va se moquer de moi ! Il va foutre le camp et je le reverrai plus jamais, plus de cette façon ! C'est fini, j'ai merdé et c'est fini !

Il interrompit ses lamentations quand il entendit Tom crier un peu avec la personne qui était à l'autre bout du fil et se releva lentement pour se glisser dans la douche. La salle de bains était très grande, il y avait une immense baignoire d'angle ainsi qu'une douche sertie de buses de massage qu'il utilisait quand il voulait faire plus vite. Il essaya de trouver de l'apaisement sous le jet d'eau chaude mais appréhendait encore de devoir sortir de la salle de bains. Qu'est-ce qu'il allait dire à Tom ? Quelle tête allait-il faire ? Comment allait-il réagir quand Tom lui dirait « Désolé, Bill, ce que tu ressens, moi je ne le ressens pas. » ou il lui dirait encore ce qu'il lui disait souvent « tu es un gamin » en rajoutant « je ne peux pas te donner plus que ce que je te donne déjà, je suis marié et je compte le rester... » parce que c'était forcément ce que Tom allait lui dire.

Il sortit enfin de la douche, se sécha et enfila un peignoir, se préparant mentalement à affronter Tom. Il se regarda dans le miroir avant de sortir et s'appliqua à revêtir un masque d'indifférence, le même qu'il prenait quand il s'agissait de masquer toutes ses émotions devant sa mère ou devant toutes personnes qui touchaient une de ses cordes sensibles et pria pour que Tom n'aborde pas le sujet délicat qu'il avait involontairement soulevé plus tôt.

Quand il revint dans la chambre, Tom l'attendait, déjà habillé et Bill crut qu'il allait se mettre à pleurer. C'était fini, Tom le quittait. La preuve ? Il était déjà prêt à partir, lui qui affirmait avoir encore le temps de rester, il fuyait déjà !

Tom l'entendit revenir et se tourna vers lui, prenant rapidement la parole :

-Il faut que je parte, Bill, je suis désolé mais-

Bill secoua la tête, dépité et répondit rapidement aussi :

-Non ! C'est bon...C'est ok ! Faut que tu partes, c'est bon et...

Sa voix mourut dans sa gorge et Tom remarqua immédiatement son malaise. Il se leva et en quelques enjambées il fut devant le brun. Il l'attira contre lui et expliqua :

-Hey ! Fais pas cette tête-là ! Le coup de fil, c'était Victoria. Elle a emmené Andi aux Urgences, ce petit con a rien trouvé d'autre à faire que d'essayer de passer par son balcon pour sortir. Il avait dans l'idée de te rejoindre, apparemment. Il a glissé et est tombé, il s'est mal réceptionné et s'est foulé ou cassé la cheville, on sait pas trop pour l'instant. Ça a pas l'air trop grave mais il lui a fallu des soins quand même. Faut que j'aille les voir aux Urgences, tu comprends ?

Soulagé que Tom ne fuie pas après sa déclaration, Bill ferma les yeux et soupira de soulagement. Il hocha la tête. Tom lui caressa les cheveux et continua :

-J'y crois pas ! Putain, il va m'entendre ! T'imagines s'il avait pu sortir et venir ?! Il aurait pu nous surprendre ensemble, putain !

Il sembla réaliser quelque chose et repoussa un peu Bill pour demander :

-Il avait déjà fait ça, avant ?

Bill secoua la tête et répondit doucement :

-Non. Il est jamais venu sans prévenir et surtout pas la nuit, comme ça. Il sait même pas que ma mère n'est pas là, je sais pas ce qu'il avait prévu mais on n'a jamais fait ça. Tu peux me croire, je te le dirais, sinon.

-Ok. Mais je vais lui faire passer l'envie de recommencer ! Faire le mur, n'importe quoi ! Il pouvait pas attendre de te voir demain ? Qu'est-ce qu'il lui a pris ?

Il lâcha Bill complètement et termina d'arranger ses vêtements, regardant partout pour être sûr de ne rien oublier. Il grimaça un peu :

-J'ai pas le temps de prendre une douche ! Tant pis, j'ai vraiment pas le temps, faut que j'aille récupérer la voiture dans le parking, au boulot. J'ai appelé un taxi pendant que tu étais sous la douche, il a dit qu'il ferait vite, il devrait pas tarder. Je t'appellerai plus tard pour te tenir au courant, ok ?

-Ok.

Tom saisit la main de Bill et les fit sortir de la chambre pour les conduire jusqu'à la porte d'entrée. Il se retourna brusquement et regarda Bill dans les yeux, notant le silence gêné du brun :

-Bill, il faut...Tout à l'heure tu m'as dit-

Bill l'interrompit, affolé :

-Non ! S'il te plaît, pas maintenant, ok ! Pas maintenant ! Va voir...va les voir ! Je...Je voulais pas...C'était pas...J'ai pas voulu te...

Tom l'attrapa par les bras et le secoua un peu :

-Hey ! Calme-toi ! Et écoute-moi ! Là, j'ai pas le temps, mais on va se revoir, ok ? On va se revoir, dès que possible ! Il faut qu'on parle de ce que tu as...de ce que tu m'as dit, tout à l'heure.

Le visage de Bill se décomposa un peu plus. Les larmes lui vinrent aux yeux, des larmes de honte et d'humiliation, des larmes de peur aussi, la peur d'avoir effrayé Tom, la peur de perdre le bonheur qu'il connaissait à peine en étant avec lui depuis peu. Il secoua encore la tête, ouvrit la bouche pour parler, la referma, la réouvrit de nouveau et finalement, il ne tint plus, il baissa la tête, complètement désarmé, et pleura franchement, incapable de supporter plus longtemps tout le stress que cette simple déclaration venait d'engendrer chez lui :

-Je suis désolé, je voulais pas dire ça !

Tom le regarda, surpris, et soupira longuement. Il l'attira de nouveau contre lui et le berça doucement, essayant de l'apaiser en faisant des petits cercles dans son dos :

-Pourquoi tu te mets dans un état pareil ?

Bill sanglotait toujours dans son cou et osa lever les mains pour s'accrocher à lui, désespérément :

-Parce que j'aurais jamais dû dire ça ! C'était pas ce qui était prévu et maintenant, j'ai tout gâché, tu vas partir et me laisser ! Excuse-moi !

Tom soupira encore et le serra plus fort :

-Tu dis n'importe quoi ! Tu t'excuses de quoi ? J'arrive pas à croire que tu t'excuses pour ça ! T'as rien gâché du tout, je te laisse pas, Bill ! Là, je pars, c'est vrai, mais pas pour les raisons que tu croies ! Et j'ai bien l'intention de continuer de te voir ! Ne pleure pas, s'il te plaît, ne pleure pas.

Bill sembla réaliser tout ce que Tom lui disait et sentit l'apaisement le gagner enfin. Il hoqueta bruyamment et demanda, toujours hésitant :

-Tu...On va se revoir ? Vraiment ? Tu...Tu me laisses pas ?

-Non, je te laisse pas ! J'en avais pas l'intention, je l'ai encore moins maintenant ! Tu me prends pour quoi ? Un salopard de première ? Bon, ok, c'est pas vraiment le bon mot vu les circonstances, mais tout ça pour dire que je te laisse pas Bill, j'en suis incapable. Je vais revenir, dès que je peux je t'appelle et on essaie de se voir.

Il releva la tête du brun et posa doucement sa bouche sur la sienne. Il lui lécha d'abord sensuellement les lèvres avant de l'embrasser plus franchement et Bill, soulagé, profita pleinement du dernier moment que lui offrait le blond. Tom ne le fuyait pas, il l'avait mal jugé. Il ne savait pas ce que le blond ressentait pour lui mais il était sûr d'une chose, leur histoire n'était pas terminée.

Un klaxon retentit à l'extérieur, indiquant l'arrivée du taxi et Bill essaya de se dégager doucement mais Tom le retint fermement contre lui, bougeant toujours sa bouche contre la sienne, refusant de le lâcher. Il avait senti tout le tourment, le malaise, les doutes de Bill et tenait à lui démontrer tout son attachement, il voulait lui montrer qu'il ne pouvait pas se passer de lui et qu'il aimait être avec lui. Ils s'embrassèrent encore presque désespérément, se dominant de la langue à tour de rôle et il fallut un deuxième klaxon pour les faire se séparer, à bout de souffle et les yeux brillants. Tom consentit enfin à relâcher Bill après un dernier baiser et frotta son nez contre celui du brun, murmurant contre sa bouche :

-Faut que j'y aille ou ça va réveiller tout le quartier, et on ne veut pas ça, hein ?

Bill sourit un peu et dit :

-Non, on ne veut pas ça.

Il se retourna pour ouvrir la porte et avant de sortir complètement il regarda Bill une dernière fois et fit un sourire en coin en lui lançant un clin d'½il :

-C'est bien que tu me l'aies dit...

Et il sortit complètement, refermant la porte sur ces mots, laissant Bill dans un état de fébrilité et de confusion intense. Il avait été rassuré en entendant Tom promettre qu'il allait revenir mais avait aussi pu remarquer qu'à aucun moment, Tom ne lui avait dit « Je t'aime aussi ». Il remonta dans sa chambre, encore troublé, s'insultant d'être aussi faible, pleurnichard et se promit de ne plus recommencer, pas tant qu'il n'aurait pas la certitude que ses sentiments étaient partagés. Après tout, ils ne s'étaient rien promis, Tom avait l'air de beaucoup tenir à lui, mais il avait été clair que depuis le début, c'était surtout cette grande attirance physique qui les avait conduit à se jeter l'un sur l'autre sans qu'ils ne sachent comment faire autrement. Là, les sentiments entraient en jeu, surtout de son côté, et c'était la partie la plus dangereuse d'une relation adultère.

De l'avis de Bill, dès que l'amant ou la maîtresse avouait son amour, la relation tournait alors au vinaigre puisque le conjoint adultère se sentait comme pris au piège, presque obligé de faire un choix et rares étaient ceux qui quittaient leur famille pour une relation de ce genre. En plus, Bill était un garçon, le petit ami du fils de Tom, ce dernier ne lui donnerait jamais plus que ce qu'il lui donnait déjà. Bill en était persuadé, son aveu venait de sonner le glas de leur relation, même si Tom avait affirmé le contraire. Bill se coucha, après avoir enfoui son portable sous son oreiller pour ne pas manquer l'appel de Tom si celui-ci devait le rappeler dans la soirée, pour le tenir informé de ce qui était arrivé à Andi. Il soupira d'agacement en pensant à son petit ami blond, si passionné qu'il avait voulu faire le mur ce soir pour apparemment le rejoindre, depuis était-il si idiot ? Tom avait raison, non seulement il aurait pu débarquer et trouver Tom chez lui, mais surtout, s'il était venu, Bill était sûr qu'il aurait encore parlé de cette histoire de « qui est dessous » et le brun n'en avait foutrement pas envie. Il fallait absolument qu'il parle à son petit ami et qu'il s'assure qu'il ne recommence pas un coup pareil. De toutes façons Tom allait se charger de lui faire passer l'envie de recommencer, il avait été furieux d'apprendre que son fils s'était blessé en faisant le mur. C'était vraiment stupide, il allait voir Bill le lendemain, ils pouvaient se voir souvent, qu'est-ce qu'il lui avait donc pris ? Tournant et retournant tout un tas de questions dans sa tête, Bill s'endormit enfin, respirant à plein nez l'odeur de Tom qui était encore dans ses draps.

Pendant que Bill s'endormait tourmenté, Tom arrivait aux Urgences. Avant de sortir, il s'assura de n'avoir aucun suçon visible dans le cou, oubliant même de se sentir coupable de quelque chose, se sentant même largement agacé d'avoir dû interrompre sa soirée avec Bill. Andi allait vraiment l'entendre !

Après s'être renseigné, il finit par trouver sa femme assise sur un banc, dans le couloir où se trouvaient les box de soins. Elle se leva et courut presque à sa rencontre quand elle le vit :

-Ah Tom ! Enfin, tu arrives !

Elle l'enlaça et il se laissa faire, demandant uniquement :

-Il est où, ce petit merdeux ?

Victoria rit un peu et le tint plus fort alors qu'il tentait de se dégager doucement :

-Il est encore avec le médecin. Il a la cheville foulée et on lui met une attelle là. Attends, arrête un peu de bouger comme ça...Hummm, tu sens bon....Tu sens...

Et elle le repoussa d'un coup, levant le regard vers lui en fronçant les sourcils :

-Non, en fait tu sens pas bon du tout, tu sens la transpiration ! Tu fais de la gym pendant que tu bosses, toi ?

Tom s'était raidi et se força à sourire et à prendre un air amusé :

-Si tu voyais tout ce que j'ai dû rattraper à cause de mon collaborateur, tu serais d'accord pour dire que ça ressemble fortement à une séance de gym, ouais ! Ce con-là m'a fait refaire pratiquement toute la présentation pour demain. Et avec les idioties de ton fils, je viens de me taper la plus grande poussée d'adrénaline du siècle pour me dépêcher d'arriver. !

-Ne me dis pas que tu dois retourner au bureau ?

Tom voulut immédiatement saisir sa chance et affirmer que oui, qu'il fallait absolument qu'il reparte au bureau, mais il était déjà tard et en levant les yeux sur sa femme, il vit qu'elle attendait de lui qu'il confirme plutôt qu'il reste avec sa famille. Il répondit alors simplement, mais à contrec½ur :

-Non. Non, j'ai pu tout finir, on va pouvoir rentrer. Bon, ils ont fini avec Andi ?

-Je vais aller voir.

Victoria se leva et se dirigea vers le box dans lequel se trouvaient son fils et le médecin qui s'occupait de lui. Tom soupira longuement et s'assit sur le banc en attendant de pouvoir ramener sa famille chez lui. Il attendrait d'être à la maison pour passer un savon à son fils. Après quelques minutes d'attente, le médecin sortit le premier, suivi de sa femme qui aidait Andréas à se déplacer avec des béquilles. Ce dernier, en voyant son père, rougit immédiatement, il savait qu'il allait se faire engueuler. Le médecin termina de leur parler et prit congé, les laissant se diriger vers la sortie.

Ils marchèrent lentement dans le couloir, Andi ne savait pas encore trop bien utiliser ses béquilles, ses parents devaient aller à son rythme. Personne ne parlait, Tom cherchait la meilleure manière pour démarrer la conversation. S'il s'écoutait, il secouerait son fils en lui criant tout un tas de reproches de façon à être sûr qu'il ne recommence plus jamais. Mais ils se donneraient en spectacle devant l'hôpital tout entier et il en était hors de question. Plongé dans ses pensées, il n'entendit pas sa femme lui parler, elle dut le frapper à l'épaule pour qu'il l'écoute enfin. Il releva la tête vers elle et l'entendit demander :

-Au fait, tu sais que je t'ai appelé au bureau, plusieurs fois ? Personne n'a répondu ! J'ai fait le numéro de ton poste, personne !

« Et merde, voilà, il me manquait plus que ça ! » C'était tout ce que Tom pouvait se dire. Il haussa les épaules et dit :

-J'ai rien entendu. T'as même pas eu Hans ?

-Non, justement ! Vous étiez deux, c'est quand même bizarre que ni l'un, ni l'autre n'ayez entendu une sonnerie de téléphone !

-On bossait Vicky ! On n'était pas en train de faire une belote en fumant des joints, avec la musique à fond, quoi que j'aurais préféré, tiens ! Je sais pas, t'as dû appeler quand on était à la photocopieuse, ou ailleurs que dans mon bureau !

-Mais pourquoi vous étiez ailleurs ?

Tom, exaspéré, se tourna vers elle. Il avait, depuis longtemps, compris que la meilleure défense était l'attaque. Il s'écria :

-Putain, tu me fais quoi, là ? Une crise de jalousie ? Tu veux venir, la prochaine fois ? Qu'est-ce que tu veux que je te dise, je bosse dans mon bureau mais parfois, ouais, je sors aussi de ce foutu bureau, je reste pas scotché à mon fauteuil, bien que j'aimerais ! Je savais pas qu'en allant bosser, Andi ferait le con ! Pourquoi tu m'interroges ?

Victoria se sentir blêmir, surtout aux dernières paroles de son mari qui continuait, implacable :

-Je t'ai déjà donné des raisons de douter de moi ou quoi ? Tu vas me fliquer chaque fois que je dois bosser tard et que je suis pas dans le bureau quand tu appelles ?

Elle protesta mollement :

-Je...Je doute de rien, Tom ! Je te flique pas non plus ! Mais...Mais là, y'a Andréas qui...et la voiture étais avec toi, ça m'a semblé normal de t'appeler pour te prévenir, c'est tout !

-Bin dans ce cas-là, c'est mieux d'appeler sur mon portable, au moins tu seras sûre de m'avoir ! Je décroche pas, quand c'est mon poste, vu que normalement, personne est censé m'appeler dessus à cette heure-là !

Il tourna la tête vers son fils et dit durement :

-D'ailleurs, toi ! Va falloir qu'on parle, à la maison ! Bon, je vais aller chercher la voiture et l'avancer jusque devant l'entrée parce que si on y va au rythme d'Andi, demain matin on sera encore là et j'aimerais bien rentrer ! Attendez-moi là !

Il leur tourna le dos sans plus de cérémonie et partit à grands pas jusqu'à sa voiture. Il s'installa au volant et posa son front sur le plastique froid en soupirant longuement. Il était encore plus salaud, maintenant il engueulait sa femme, son fils, l'humanité entière, juste pour pouvoir dissimuler tout ce qui l'accablait tellement. Il était au-delà de l'ignominie. Avant de démarrer, il sortit son portable pour appeler Bill. Mais il ne savait pas quoi dire au brun, surtout après la manière dont ils s'étaient quittés. A part lui donner des nouvelles d'Andi, qu'allait-il lui dire ? En plus, il devait certainement dormir, il l'imagina blotti sous la couette, complètement ébouriffé, l'air ahuri d'être réveillé si brutalement, la peau toute chaude de sommeil encore et souhaita plus que tout pouvoir à ses côtés. Ce gamin le rendait vraiment dingue mais son aveu l'avait terrorisé, que pouvait-il bien répondre à ça ?

Il prit la décision de ne pas l'appeler et tapa un rapide texto « Andi va bien, cheville juste foulée. Je t'appelle bientôt. Dors bien » et l'envoya rapidement. Il ne sut pas que Bill avait le visage déconfit à la lecture de ce texto qu'il trouvait froid, banal, glacial même. Il ne sut pas que le brun se sentait comme repoussé et qu'il voyait dans ce message les signes d'une rupture qui se rapprochait.

***
 
Le trajet s'était fait dans le plus grand des silences, Andi essayait de se faire tout petit, Victoria ne disait rien non plus, encore fâchée après son fils. Elle voyait Tom serrer les mâchoires à côté d'elle et savait qu'il devait être vraiment furieux. Elle n'avait jamais été aussi loin de la vérité, tout près d'elle, Tom était, en pensées, déjà bien loin. Il était avec un certain brun et le revoyait fermer les yeux, se blottir contre lui, il sentait ses mains dans son dos et il l'entendait murmurer « Je t'aime, Tom... ». Ça lui filait des frissons et ça l'apeurait en même temps. Il entendit vaguement sa femme s'écrier :

-Tom ! Tu...T'es passé au rouge !

Il la regarda sans comprendre et soupira :

-Oh ! Oh merde, j'avais...putain ! J'ai pas vu !

-Oui bin essaie de faire un peu plus attention la prochaine fois, je vois pas l'utilité qu'on finisse tous les trois de nouveau aux Urgences !

Tom lui lança un regard furieux et répliqua, avant d'avoir pu s'en empêcher :

-Tu veux conduire peut-être ?

Et Victoria, à bout de nerfs, finit par s'énerver et crier elle aussi :

-Bon, Tom, que tu sois fatigué et énervé, je peux le comprendre ! Mais de là à ce que tu passes ta mauvaise humeur sur nous tous dès qu'on ouvre la bouche, ça va, hein ! Moi aussi je suis fatiguée ! Et moi aussi j'aurais largement préféré être dans mon lit à cette heure-ci ! Tu crois que ça m'amuse d'être là ? Je te rappelle que j'ai dû gérer ce problème toute seule avant de réussir à te joindre enfin et qu'Andi-

Tom la coupa et cracha, avec fureur :

-Vous croyez que j'ai que ça à foutre ? Galoper récupérer un petit con qui peut pas attendre de voir son petit ami le lendemain ? Alors que j'ai du boulot urgent à finir et une présentation à faire dans quelques heures ? Vous vous rendez un peu compte que je suis toujours à l'essai et que ça va faire vraiment professionnel d'arriver la gueule toute de travers, fatigué, ridé comme un vieux parce que Môssieur Andi ne peut pas imaginer passer, ne serait-ce qu'une soirée sans son Bill chéri ! Putain ! Et qu'est-ce qu'il t'a pris, bon sang ? Tu pouvais pas attendre un peu avant de vouloir te faire baiser, vu qu'apparemment c'est mon fils qui y passe ? Et là c'est quoi ? T'as pas eu ta dose depuis un moment ou quoi ?

Tom ne réfléchissait même pas à ce qu'il disait, son fils était mort de honte de l'entendre parler de sa sexualité et il ne réalisait même pas qu'il n'était pas supposé connaître ce détail. Il n'avait plus le ton et les reproches d'un père à son fils, mais il s'adressait à lui comme à un homme, un rival, presque un ennemi. Andi était plus qu'embarrassé, il n'osait bouger. Victoria était mortifiée, elle avait horreur des colères de Tom, même si elles étaient plutôt rares. Dans ces moments-là, Tom était infernal, il mêlait la mauvaise foi à l'ironie et criait tellement fort que c'était impossible de placer un mot pour se défendre. Elle fut tout de même outrée de la façon dont Tom s'adressait à leur fils et voulut ouvrir la bouche pour protester, mais Tom continuait :

-Et toi Victoria, t'as vraiment rien d'autre à faire que de me demander pourquoi je suis pas dans mon bureau au moment même où tu décides d'appeler ? Putain, j'ai un portable, appelle dessus ! Et il manque plus que Mary ! Tiens, je suis étonné qu'elle soit pas là, avec nous ! Manque plus qu'elle se joigne à vous pour m'annoncer la bouche en c½ur qu'elle est enceinte de son petit merdeux du collège, là ! Allez-y ! Donnez-moi tout d'un coup ! C'est la fête ! Vous conspirez tous pour me rendre dingue avant la fin de la nuit ? C'est bien parti !

Et Tom continuait de crier, et de crier encore, complètement conscient d'être d'une complète mauvaise foi. Personne à part lui n'avait rien à se reprocher, et il le savait parfaitement. Mais c'était plus fort que lui, il leur en voulait, il leur en voulait d'être là, de l'avoir appelé, de l'avoir forcé à laisser Bill alors qu'il se sentait si bien, sans autre responsabilité que celle de faire ressentir au brun le maximum de plaisir en un minimum de temps. Bien sûr, sa femme se fit toute petite dans son siège, Andi évita même de respirer trop fort pour éviter d'attirer l'attention sur lui. Il détestait quand son père lui en voulait, il l'aimait bien trop pour ça. Mais il avait été pris d'un besoin impérieux de voir Bill et, sans même qu'il ne réalise vraiment ce qu'il faisait, il était déjà en train de descendre la gouttière. Jusqu'à ce qu'il glisse et qu'il s'entende crier comme une fille quand sa cheville se tordit, il n'avait pas eu d'autre choix que d'appeler sa mère pour qu'elle l'aide, il avait déjà bien trop mal. Bien sûr, Victoria lui avait fait toutes les remontrances possibles, mais il craignait beaucoup plus son père, celui-ci agissait toujours différemment. Victoria criait, tempêtait, punissait sévèrement. Tom parlait calmement, des reproches plein la voix, et c'était pire pour lui quand il sentait qu'il décevait son père. Et les colères de son père étaient dévastatrices, il en avait très peur, même si Tom n'avait jamais levé la main sur lui.

Victoria se recroquevilla dans son siège et son visage s'assombrit. Tom le remarqua et ne s'excusa pas, il était encore énervé d'avoir écourté sa soirée, il crevait d'envie de retourner chez Bill et de lui parler, et se rappela soudain l'aveu que le brun avait involontairement laissé échapper. Il allait falloir qu'ils en parlent, qu'il réfléchisse, lui-même ne savait pas ce qu'il pensait de tout ça.

A peine arrivés, Victoria était sortie rapidement de la voiture pour aller voir si Mary s'était bien recouchée, elle l'avait laissée chez eux avant de partir avec Andi à l'hôpital, elle avait appelé une ambulance parce qu'ils n'avaient qu'une seule voiture pour deux. Tom avait aidé son fils à sortir de la voiture et à se rendre dans sa chambre. Il attendit qu'Andi ait fini de se déshabiller et se soit glissé sous sa couette pour s'assoir près de lui pour lui parler. Andréas regardait partout, sauf en direction de son père et Tom voyait bien qu'il était gêné. Il soupira longuement et prit enfin la parole :

-Bon, alors tu m'expliques ?

Le visage de son fils se ferma un peu plus et il insista, déjà agacé :

-Andi, t'as fait une connerie, alors va falloir me donner des explications ! Je compte pas camper dans ta chambre et te supplier gentiment pour que tu me dises pourquoi t'es passé par le balcon pour aller voir Bill ! Bon sang, à quoi tu pensais ? Tu pouvais pas attendre de le voir demain matin, au lycée ? T'es dans sa classe en plus, c'est pas comme si tu allais le rater !

Andi baissa la tête et répondit doucement :

-Non, je pouvais pas...

-Oh ! Tu pouvais pas ? Et pourquoi ça ? On peut savoir ? Il a du miel ou quoi, ce Bill, pour que t'arrives pas à t'en détacher ?!

-Je...

Il s'arrêta un instant et soupira. Tom voyait bien qu'il était très réticent à parler, mais il s'écria :

-Andi ! Ça se voit peut-être pas, mais là je commence à perdre patience !

Son fils raconta, d'un ton boudeur :

-Quand t'es parti travailler, tout à l'heure, je me suis encore disputé avec Mary. J'ai été la voir dans sa chambre, je voulais savoir pourquoi elle en avait après Bill, je supporte pas qu'elle...Non mais t'as entendu comment elle lui a parlé ? Il lui a jamais rien fait, rien dit, rien !

Tom avait un peu blêmi en entendant parler de Mary. Il sentait que la conversation n'allait pas lui plaire du tout. Andi continuait :

-Alors j'ai été la voir, j'ai commencé à lui parler, et voilà que cette...cette nulle, elle m'insulte et elle me traite de con ! Et tu sais pas pourquoi ? Elle pense que Bill est amoureux de toi !

Tom sursauta. Andi venait d'annoncer cela, brutalement, comme ça ! Intérieurement, il était paniqué, voilà qu'il fallait encore parler à Mary, mais l'urgence était d'ôter cette idée à Andréas de la tête ou il n'allait jamais s'en sortir. Il dit, prenant son ton le plus indigné :

-QUOI ? Bill, amoureux de moi ? D'où qu'elle voit ça, elle ?

-Bin voilà, justement ! Elle veut pas m'en dire plus, elle m'a simplement dit qu'elle avait vu des choses qui le confirmaient et que j'étais bien con de pas le voir. Elle a juste dit que Bill me regarde pas comme il te regarde et qu'au fond, il est pas amoureux de moi. Elle dit que-

Tom gronda, furieux :

-Et depuis quand t'écoutes ce qu'elle te dit, ta s½ur ? Bordel, Andi, t'es quand même moins con que ça, d'habitude !

Et Andi se redressa dans son lit, s'écriant :

-Oui, mais moi, je trouve qu'il...je trouve que Bill a été bizarre, ce week-end ! J'ai voulu l'appeler, mais son portable était éteint. Je suis désolé, j'aurais pas dû sortir comme ça, sans demander, mais je devenais dingue, il fallait que je lui parle ce soir, je pouvais pas attendre ! J'arrivais pas !

-Et regarde où ça t'a mené ! Une cheville foulée ! Tu fais le mur, juste pour quoi ? Pour que ton petit copain te rassure ! Putain, Andi ! Déjà qu'on accepte la situation par amour pour toi, et tu sais que ça a pas été facile, spécialement pour ta mère, tu pourrais au moins faire des efforts de ton côté !

Andréas baissa la tête et contre toute attente, se mit à pleurer. La rage de Tom fondit instantanément, il n'aimait pas voir pleurer un de ses enfants, c'était toujours Andréas, son fils, son fils chéri qu'il aimait. Il se rapprocha un peu de lui et le prit dans ses bras, Andi s'accrocha à lui et pleura plus fort :

-Je sais pas ce qui m'arrive, je...je supporterai pas qu'il aime quelqu'un d'autre que moi ! Et puis tu sais, c'est vrai qu'il a été bizarre tout le week-end, tu le connais pas, tu peux pas savoir ! T'imagines si Mary a raison et que Bill a le béguin pour toi ?

Tom caressa ses cheveux et se sentit monstrueux en disant :

-Mary dit n'importe quoi ! Je lui parlerai à celle-là ! Écoute, elle a mal interprété ce qu'elle a vu, l'autre soir, elle m'en a parlé d'ailleurs, mais je pensais pas qu'elle serait assez con pour te faire peur avec des imbécilités !

Andi releva la tête et fronça les sourcils :

-Elle a vu quoi ?

Tom s'était dit qu'il fallait qu'il raconte de lui-même ce que sa fille avait vu, si elle le faisait, ce serait encore pire et mieux valait qu'Andi ait sa version à lui. Alors, il se mit à raconter ce que Mary avait soit disant surpris. À la fin, Andi demanda :

-Mais je comprends pas, pourquoi il pleurait dans la cuisine ? On s'était même pas disputés avant !

Là, pour le coup, Tom était bien emmerdé. Il fallait jongler avec cette nouvelle information, alors il dit simplement :

-J'en sais rien, il allait pas bien, c'est tout. Il m'a juste dit qu'il avait quelques petits soucis avec toi, que...que tu lui en demandais beaucoup et qu'il te rendait malheureux, c'est tout ce que je sais. Je pense qu'il me prend un peu pour le père qu'il n'a pas eu.

Mais il ne put s'empêcher de penser très fort « Ouais, bin ça, j'espère pas ! » Il n'avait aucune envie de jouer le père pour Bill, la situation était déjà assez compliquée ! Andi hocha la tête et dit, visiblement soulagé :

-Ouais, je pense que c'est ça ! Mary m'a fait flipper pour rien ! Mais tu sais, Bill est tellement...Il me rend pas malheureux, c'est juste que...Rhaaaa c'est gênant d'en parler avec toi ! Et puis, même si on est ensemble depuis presque un an, il m'a jamais dit qu'il m'aimait, alors je crois que j'ai eu peur.

A son tour, Tom fronça les sourcils et demanda, malgré lui :

-Il te l'a jamais dit ?

Andi secoua la tête. Il répéta :

-Depuis que vous êtes ensemble, il te l'a jamais dit ? Jamais ?

-Non, jamais. J'ai bien essayé de le lui faire dire, mais il est féroce, on s'est même disputés alors depuis, je demande plus rien. En fait, si tu veux tout savoir, c'est vrai que ces derniers temps j'ai beaucoup insisté sur le fait qu'on...que...j'aurais voulu être sa première fois, tu vois ?

Tom haussa un sourcil et dit précipitamment :

-Ouais, je vois Andi, s'il te plaît, passe-moi les détails ! Putain, si on m'avait dit que je devrais entendre parler de la sexualité de mon fils en ces termes ! Là tu me donnes quelques images mentales dont j'avais vraiment pas besoin ! Donc, tu veux dire par là qu'il...que tu l'as jamais...?

Andi, tout rouge, secoua la tête. Tom ne savait plus quoi penser, il avait envie de sortir de la chambre, il étouffait, il voulait fuir Andi avant que celui-ci ne devine, rien qu'à son visage, ce qui se passait réellement. Il essayait de trouver quoi dire quand Andi lui demanda soudain :

-Je te fais honte, hein ?

Il leva un regard étonné vers lui :

-Honte ? Comment ça ? Pourquoi ?

Andréas hésita un instant et baissa la tête, répondant :

-Bin, tout à l'heure dans la voiture, tu as...tu avais pas l'air d'apprécier la façon dont je...comment Bill et moi on...je veux dire, comment marche notre couple, quoi !

Tom fronça les sourcils, il avait oublié tous les reproches qu'il avait lancés dans la voiture, c'était toujours comme ça, il criait toujours beaucoup pour ne se rappeler de presque rien après. Andi, voyant son malaise, finit par dire franchement :

-Ça te fait honte de savoir que ton fils est plutôt le dominé de l'histoire, hein ! Surtout avec un mec comme Bill, je veux dire, quand tu regardes, c'est pas le plus viril qui soit et là, c'est lui qui domine, là tu dois penser que je suis une vraie-

Tom le coupa brutalement :

-Tu te trompes complètement, tu es rien du tout, Andi, je suis désolé, j'aurais jamais dû dire ça ! J'étais en colère, fatigué, inquiet à cause de ta connerie, mais j'ai pas honte de toi ! J'ai accepté que tu sortes avec un garçon, tu penses bien que je me doute que vous...que...de comment des rapports sexuels se passent entre deux mecs ! Alors que ce soit toi ou ton...partenaire, pourquoi tu veux que j'ai honte de ça ?

Et c'était vrai, jamais il ne pourrait ressentir de la honte en sachant que c'était Andréas le dominé d'une histoire d'amour. Et à vrai dire, il en venait même à préférer que ça soit ainsi. L'idée d'un Bill dominé par un autre que lui le répugnait vraiment, surtout si cet autre devait être son propre fils. Ce dernier sembla réaliser quelque chose puisqu'il demanda soudain :

-Mais...au fait, comment tu sais ça, toi ?

-Comment je sais quoi ?

-Comment tu sais que c'est moi qui...Je t'en ai pas encore parlé, je veux dire...on a jamais abordé vraiment le sujet toi et moi !

Tom le regarda et si Andi l'avait bien connu, il aurait vu de nouveau la panique dans les yeux de son père. Puis, il aurait vu aussi son combat intérieur pour trouver une réponse satisfaisante. Il fallait absolument trouver quelque chose à dire, il ne pouvait décemment pas avouer à son fils qu'il les avait espionnés derrière la porte, un soir, le même soir où il avait embrassé le brun dans sa cuisine ! Alors, il profita de la conversation qu'il venait d'avoir avec son fils et dit simplement :

-Andi, t'as pas de tête, tu viens de me le dire ! T'as dit que tu voulais être sa première fois, et que vous avez des...rapports sexuels. Donc si j'ai bien compris, j'ai pas besoin de m'appeler Sherlock pour comprendre que c'est toi qui y passes, fiston !

Andi le regarda suspicieusement et dit enfin :

-Non, la première fois que t'en as parlé, c'était dans la voiture. Et je t'avais encore dit. Alors comment tu sais ?

Tom le regarda un instant, déconfit. Il ne savait pas quoi répondre à son fils, alors il dit la première chose qui lui vint à l'esprit :

-C'est Bill qui m'en a parlé.

Andréas sembla réfléchir un instant et dit :

-Mais tu as dit tout à l'heure que tu savais pas trop pourquoi il pleurait, juste qu'il avait l'impression de me rendre malheureux et qu'apparemment je lui en demanderais trop.

Tom était à bout, exaspéré, Andi posait bien trop de questions et ça commençait à l'agacer sérieusement. Alors il haussa les épaules et grogna :

-Bon, je suis pas supposé te le dire, mais il m'en a parlé et je lui ai promis de rien de te dire. Alors va pas lui vendre la mèche.

-Ah bon ? Il te parle de nous et de notre...vie intime ? Alors qu'il te connaît à peine ? C'est pas son genre !

Andi était trop insistant, et Tom s'enfonçait de plus en plus, il paniquait et répondait presque au hasard. Il voyait bien que son fils le croyait à moitié, il connaissait trop bien Bill et ce n'était pas le genre de celui-ci de se confier au sujet de sexualité, surtout au père de son petit ami. Tom était énervé et répondit vivement :

-Bin écoute, je suppose qu'il avait vraiment envie d'en parler à quelqu'un, je me suis trouvé au bon endroit au bon moment, c'est tout ! Ne va pas lui dire que j'en ai parlé avec toi, et surtout va pas sauter par la fenêtre pour aller le voir à cause de ça, tu m'entends ?

L'explication sembla satisfaire son fils, puisqu'il hocha simplement la tête, encore un peu rouge d'évoquer sa sexualité avec son père et dit :

-Je suis désolé, papa, j'aurais vraiment pas dû faire ça ! Je recommencerai plus.

Tom se leva et lança :

-Oh bin, ça, t'as plutôt intérêt ! Ok, pour l'instant, t'es puni ! Il est pas question que tu ailles chez Bill pendant un certain temps ! Vous vous voyez déjà au lycée, ça suffit ! Et puis, arrête d'écouter les conneries de ta s½ur ! Quant au reste, je sais pas quoi te dire, mon gars ! C'est avec lui que tu dois voir ça ! J'ai juste un conseil, fais pas le mec lourd à tout le temps demander la même chose, et je sais pas pourquoi, pour l'instant, il t'a pas encore dit qu'il t'aimait, vois ça avec lui, ok ?

-Ok.

Andi se recoucha confortablement et Tom sortit enfin de la chambre, soulagé. Il s'adossa au mur du couloir et soupira longuement. Il venait d'apprendre une nouvelle chose, non seulement il avait été la première fois de Bill mais en plus, ce dernier lui avait dit les mots qu'Andi espérait tant entendre et qu'il n'avait jamais dits à personne. Il connaissait le brun depuis peu de temps et pourtant, il avait déjà chamboulé toute sa vie. Et il se rendit compte, une fois de plus, d'à quel point Bill avait chamboulée la sienne. Ce qu'il lui avait avoué au creux de l'oreille le forçait à réfléchir sur ce que lui ressentait et il en avait peur. Alors il fit la seule chose dont il se sentit capable sur le moment, il repoussa toute réflexion et se dirigea lentement vers sa chambre, où il rejoignit sa femme.
 
***
 
Deux semaines entières s'écoulèrent sans que Tom ne donne de nouvelles, Bill en devenait complètement fou d'angoisse. Pourtant, avant de partir, Tom avait promis qu'ils allaient se revoir, et pourtant il ne donnait aucun signe de vie. Et lui, il n'osait pas appeler, il avait trop peur de se faire refouler, même gentiment, ou peur de déranger Tom. Il essayait de grappiller quelques informations auprès d'Andi, le plus discrètement possible, et avait appris que Tom était débordé de travail.

Bien sûr, Andi lui avait parlé de la dispute qu'il avait eu avec sa s½ur. Il avait réussi à masquer sa gêne et surtout son immense surprise en apprenant qu'elle l'avait vu avec leur père dans le couloir, alors qu'ils s'enlaçaient. Tom ne lui avait jamais parlé de ce détail, il se demandait bien pourquoi. Et il n'avait même pas eu la possibilité d'en discuter avec lui, Tom était invisible depuis le fameux soir où il lui avait avoué ses sentiments. Toutes ses craintes avaient refait surface, malgré le long discours de Tom, il se dit que celui-ci avait peut-être eu le temps de réfléchir et s'était dit qu'il valait mieux mettre de la distance entre eux pour, petit à petit, finir par rompre une relation qui était de toutes façons complètement malsaine. Et il était profondément désespéré. Les quelques fois où il était allé chez Andi, Tom n'avait pas été là, il était rentré bien après le départ de Bill. Ce qui n'arrangeait rien, c'était qu'Andréas était encore plus doux, encore plus gentil et prévenant. Il avait senti que Bill avait un problème et l'avait gentiment interrogé, se voyant rassuré par un sourire timide et une réponse banale concernant les absences répétées de sa mère. Il n'avait pas cru Bill mais avait fait semblant, juste pour ne pas le mettre plus mal à l'aise.

Tom n'allait pas mieux. C'est involontairement qu'il avait pris ses distances au début et maintenant, il continuait de s'absenter, fuyant pertinemment son foyer, sa femme, son fils, et Bill. Il savait qu'il faudrait bien qu'ils se voient tôt ou tard, il se doutait que Bill devait être sur des charbons ardents, mais il ne savait vraiment pas quoi lui dire. Il avait longuement réfléchi sur ses propres sentiments et avait pris peur quand il avait compris qu'au-delà du sexe, son coeur aussi était entraîné dans la tourmente. Ça ne pouvait pas être possible, il ne pouvait pas être amoureux de ce gamin, Bill était trop jeune, quand Tom y réfléchissait lucidement, il se trouvait l'âme et le comportement d'un pédophile. Un lycéen, il avait une aventure avec un lycéen, il lui avait pris sa virginité, il lui avait volé presque toutes ses premières fois, à ce lycéen ! Et en plus, c'était le grand amour de son fils, comment faire pire ?

Alors, il se jeta à corps perdu dans le travail, pour ne plus penser, pour éviter de croiser Bill, ça lui facilitait même les choses, il n'avait même plus à se cacher de Mary, qui semblait calmée depuis que ses révélations à son frère avait fait faire à ce dernier cette connerie inexcusable. Elle s'était fait copieusement enguirlander par Tom dès le lendemain et depuis, elle était en froid avec Andréas. Bill lui parlait à peine quand il était chez eux. Bref, l'ambiance était terrible et surtout très éprouvante pour tout le monde.

Bill fit la seule chose qui lui vint à l'esprit, malgré toute sa maturité, il était quand même jeune et il trouva comme seule solution de se rapprocher d'Andi. La culpabilité aussi faisait doucement son travail. Il se tourna complètement vers son petit ami et fut plus gentil, plus tendre, plus démonstratif envers lui, et le blond en fut extrêmement heureux. C'était le seul qui rayonnait encore malgré le malaise ambiant qui régnait. Une fois, en passant, Tom avait demandé des nouvelles de la relation qu'avait son fils avec le brun et celui-ci avait parlé avec enthousiasme, expliquant en détail combien ça le rendait heureux, que Bill était adorable, qu'ils étaient souvent ensemble et qu'il était redevnu complètement tranquillisé et rassuré parce que le brun s'était considérablement rapproché de lui. Tom avait écouté son fils parler et sentait son intérieur s'effondrer, conscient qu'il perdait Bill par lâcheté. Cela lui déplaisait au plus haut point de savoir que les deux jeunes étaient en parfaite harmonie, il se promettait d'appeler Bill mais soit il ne trouvait pas le temps quand il était décidé, soit il repoussait toujours le moment, par crainte de ne savoir quoi dire ni comment expliquer sa fuite. Il avait était dépité en écoutant Andi raconter que Bill était devenu plus câlin, qu'il l'appelait encore plus, et qu'il sentait que bientôt Bill serait prêt à se donner à lui, il le lui avait même promis ! Entre deux conversations, Victoria aussi confirma que leur fils allait bien mieux et qu'elle avait remarqué que Bill était constamment accroché à lui. Tom crut vraiment qu'il allait tout casser, ce jour là. Il avait l'impression d'être une boule de nerfs, il ne voyait pas que sa femme allait mal. Parce que Victoria non plus n'allait pas bien.

Elle avait le sentiment que Tom s'éloignait et lui en avait parlé. Il lui avait simplement répondu qu'étant toujours à l'essai, qu'il avait énormément de travail et se donnait à fond pour faire ses preuves mais elle avait répliqué qu'elle n'était pas idiote et qu'elle le connaissait depuis trop longtemps, et qu'elle avait remarqué que cela n'avait rien à voir avec le travail. Plusieurs fois de suite elle s'était faite repoussée, Tom ne la touchait plus. Oh, il l'embrassait toujours, il la serrait contre lui un peu mais dès qu'ils passaient la porte de la chambre conjugale, elle l'effleurait à peine qu'il lui tournait déjà le dos. Et un soir, ce fut pire que tout. Tom avait bien vu que Victoria était au plus mal à cause de toute cette situation, elle se posait des questions. Il avait décidé de mettre ses problèmes et ses pensées tournées vers Bill de côté, et avait même senti un peu la sève de l'envie monter en lui en pensant à sa femme qui l'attendait dans leur lit, pendant qu'il terminait de prendre sa douche.

Il l'avait rejointe, se disant, pour s'encourager, qu'il était chanceux d'avoir une femme aussi patiente et surtout aussi belle. Et effectivement, elle l'était. Elle l'attendait, dans les draps, sexy et sensuelle dans un nouvel ensemble de sous-vêtements de sa couleur préférée, Victoria le connaissait tellement bien, depuis tellement longtemps. Ils avaient échangé peu de mots, préférant s'embrasser et se caresser un peu. Tom fermait les yeux et essayait de se persuader que c'était ce qu'il voulait, que c'était ce qu'il lui fallait. Et avant que Victoria n'ait eu le temps de dire un mot, il remarqua qu'il lui était impossible de bander. Il réalisa qu'il n'en avait pas la moindre envie. Il ne ressentait rien, rien du tout. Victoria était étendue près de lui, sous lui, même et tout ce qu'il ressentait, c'était une grande lassitude et un sentiment d'échec. Il tenta de se forcer et de s'obliger à continuer mais l'agacement grandissait avec sa frustration. Il commença à éprouver du désespoir, il était bien plus atteint qu'il ne le croyait. Alors il fit ce qu'il avait pris l'habitude de faire, il se mit à penser à Bill et imagina que la bouche et les mains qui le caressaient et le léchaient n'étaient pas celles de sa femme mais celles du brun. Ce n'était plus comme avant, avant qu'il ne connaisse Bill, quand il avait encore le contrôle sur lui-même et sur sa vie, tout ce qu'il ressentait, c'était simplement un désir presque douloureux d'aller le voir. Il se contenta de l'excitation minimum pour coucher avec sa femme, ce fut un moment horrible. Victoria se vexa en le remarquant, et demanda sans détours s'il avait rencontré quelqu'un depuis qu'il travaillait et il répondit, agacé, qu'il était « fatigué par tout le boulot qu'il avait ». Ils s'endormirent en se tournant le dos et Tom ne put que s'en vouloir encore plus.

Cela ne fit que l'amener au plus bas, enfin, c'est ce qu'il croyait, jusqu'à ce qu'un événement lui apporte le coup de grâce et ne débloque enfin la situation.

C'était une journée comme les autres, une journée moyennement ensoleillée, Mary était au collège et Victoria était sortie pour la journée, accompagnant sa mère pour diverses courses. Tom travaillait sur un projet important, comme tous ceux qu'on lui confiait désormais et il se rendit compte, à un moment donné, qu'il avait oublié sa clé USB sur laquelle il avait transféré la veille toutes les données importantes relatives à ce projet. Il souffla d'exaspération et regarda l'heure, il était justement temps pour lui d'aller déjeuner, il aurait largement le temps de rentrer chez lui et de récupérer la clé en question. Il se dépêcha de filer, achetant au passage un hot-dog au vendeur ambulant qui se plaçait quotidiennement devant leurs locaux.

Pendant ce temps, Andréas et Bill avaient décidé de rentrer, ce n'était pas prévu mais ils n'avaient que trois heures de cours l'après-midi et leur professeur était absent. Andi étant toujours puni, ils avaient décidé d'aller chez le blond, sachant qu'ils seraient seuls pour la journée. Andi était toujours un peu entravé par sa cheville foulée et s'était allongé directement sur son lit en arrivant. Bill l'avait rejoint et peu de temps après, ils étaient pratiquement déshabillés, les bouches solidement liées et les mains sur le corps de l'autre.

Bill repoussait toutes les pensées qui le menaient encore vers Tom et profitait de toute la tendresse et de tout l'amour que lui offrait Andi. Quand le visage du dreadé revenait un peu trop souvent sous ses paupières closes, il ouvrait les yeux ou embrassait avec encore plus de passion son petit ami.

À aucun moment il ne réalisa que c'était la rage d'avoir été ignoré tous ces derniers jours par le seul qu'il aimait vraiment, à aucun moment il ne réalisa que ses actes étaient plutôt une punition envers Tom.

Il se pencha de nouveau et embrassa encore plus férocement le blond qui gémit dans sa bouche et qui lui souffla, après l'avoir repoussé un peu :

-Hey...Attends...Attends, j'ai envie d'essayer un nouveau truc...

Andi se pencha sur sa table de nuit, qu'il ouvrit, et en sortit une paire de menottes. Bill ouvrit de grands yeux et ricana :

-Ah ouais ? T'es comme ça, toi ? Ok, tant que c'est pas moi que tu attaches...

Il termina de se déshabiller pendant qu'Andi faisait de même, amena les mains du blond jusqu'aux barreaux de la tête de lit et referma les menottes sur les poignets d'Andréas et son excitation grandit un peu plus en sentant celle de son petit ami. Ils s'embrassèrent fougueusement pendant un long moment, faisant monter un peu plus la chaleur entre eux par des caresses désordonnées. Bill n'avait aucun problème à être à l'aise avec Andi, ils étaient du même âge, il se sentait à égalité. Il s'installa entre les cuisses ouvertes, approcha deux doigts de la bouche de son petit ami et lui dit, le regard noir de désir :

-Vas-y, suce-les, je vais les mettre en toi...

Andréas s'empara de ses doigts et les suça goulûment, soutenant le regard de Bill. Il sentit un premier doigt s'immiscer en lui et très rapidement, le majeur vint rejoindre l'index, lui apportant un immense plaisir quand Bill massa avec insistance sa prostate. Andi était bruyant, beaucoup plus que Bill et ce dernier se pencha sur lui pour murmurer :

-Putain, tais-toi un peu ou je te bâillonne...

Andi s'humidifia les lèvres et souffla :

-Ouais, peut-être que tu devrais, ouais.

Bill fit un sourire en coin et répondit :

-Ok, je le saurais, pour la prochaine fois...je savais pas que t'avais de tels penchants, mais ça me plaît...Allez, écarte un peu plus les jambes et laisse-toi faire...

Il se pencha de nouveau sur le blond pour l'embrasser et termina de le détendre avec ses doigts. Les préliminaires ne furent pas longs, Andi était déjà trop excité et Bill ne l'avait jamais vu aussi déchaîné. Il retira ses doigts et récupéra une petite bouteille de lotion qui ne quittait jamais la table de nuit, pour s'en appliquer rapidement sur la verge. Il se recoucha entre les cuisses de son petit ami et entendit Andi lui dire doucement :

-Bill, je veux pas...

Il hésita un instant et continua :

-Sois pas tendre, ok ? Va...Je veux que tu y ailles fort...

-Mais...Je veux pas te faire mal !

-Tu me feras pas mal ! J'en ai envie. J'en ai vraiment beaucoup envie.

À partir de là, plus aucun mot ne fut prononcé. Bill pénétra son partenaire assez sèchement, se fichant de savoir s'il lui faisait mal ou pas, il se laissa emporter par l'excitation de la nouveauté et entama de suite de puissants va-et-viens qui firent cambrer le jeune homme contre lui. Andi était passé des gémissements aux cris et tirait comme un fou sur ses menottes. Le bruit excitait Bill encore plus et il ne pouvait s'empêcher d'aller et venir brutalement entre les reins du blond. Il regardait les poignets attachés au montant du lit, le corps qui se couvrait de sueur et qui se cambrait, et donnait encore plus de coups de reins en se mordant la lèvre. Ils prenaient tous deux énormément de plaisir et n'entendirent pas le bruit d'une voiture qui se garait juste dans la cour.

En effet, Tom était revenu. Ce dernier, se précipita hors de sa voiture, avec pour seule idée en tête : trouver sa fameuse clé USB et retourner le plus vite possible à son bureau. Il ouvrit la porte d'entrée et alla directement au salon pour fouiller un peu partout, en vain. Il avait un bureau qu'il avait installé dans un coin de la pièce, il y branchait son ordinateur portable le soir et il ne trouva pas non plus dans ses tiroirs la fameuse clé. Tout à ses pensées, il n'entendit pas de suite les bruits qui venaient de la chambre de son fils, persuadé d'être seul.

Puis, encore plus énervé de ne pas trouver l'objet, il se dit que son fils l'avait peut-être malencontreusement emportée et voulut aller chercher si elle ne se trouvait pas dans sa chambre. Pendant qu'il montait les marches de l'escalier, Bill s'était de nouveau emparé de la bouche d'Andi et enfonçait sans pitié sa langue à l'intérieur, histoire de donner au blond la domination qu'il recherchait. Et entièrement plongé dans le plaisir qu'ils se donnaient, ni l'un ni l'autre n'entendirent le pas précipité du dreadé.

Tom s'avança rapidement et ouvrit la porte de la chambre à la volée, prêt à entrer. Il fut stoppé net et écarquilla les yeux en réalisant la scène qui se déroulait devant lui. Il vit Bill allongé sur son fils, ce dernier avait manifestement les cuisses grandes ouvertes, il pouvait le deviner malgré le drap qui les recouvrait jusqu'à la taille. Tous les détails lui sautèrent aux yeux en même temps, les mains de son fils ramenées contre les barreaux du lit, les poignets fermement menottés, leurs visages rouges et luisants de sueur, les doigts de Bill enfouis dans les cheveux blonds et surtout leurs corps qui étaient complètement soudés l'un dans l'autre. Une odeur moite de sexe flottait dans la pièce et lui arriva en pleine figure, l'agressant comme jamais il ne l'avait été auparavant.

Tom avait l'impression d'être là depuis des heures à les regarder, or cela ne prit que quelques secondes pour qu'il remarque enfin qu'ils étaient tous trois en état de choc. Personne n'osait bouger. La première chose qui étaient venue à l'esprit des jeunes hommes, c'était de ne plus bouger, ils ne pensaient même pas à se redresser pour mieux se couvrir, ils avaient réagi dans l'urgence et s'étaient simplement stoppés pour limiter les dégâts. Andi avait le visage tout rouge de honte, se faire surprendre par un des ses parents dans une telle posture, voilà qui refroidissait la libido. Il avait tourné la tête dans la direction opposée d'où se trouvait son père, ne supportant pas de soutenir son regard et priait pour que Tom sorte de la chambre au plus vite. En plus, son père avait certainement remarqué les menottes, il ne savait vraiment plus où se mettre. Tom avait été surpris de voir Bill, il l'avait fui depuis deux semaines et ne s'était vraiment pas attendu à le trouver chez lui, surtout pas comme ça. Et là, il le voyait sur le ventre de son fils et luttait pour s'empêcher d'aller décoller les deux jeunes hommes.

Bill était quand même un peu mal à l'aise mais le sentiment qui dominait chez lui était la satisfaction. La satisfaction d'avoir été découvert pour que Tom ait aussi mal qu'il avait eu mal, lui, pendant ces longs jours sans avoir des nouvelles du dreadé. Il espérait que Tom était rongé par la jalousie en le voyant coucher avec Andi. Tom remarqua tout le défi qui se lisait dans le regard du brun et s'écria, encore plus furieux :

-Bordel, mais qu'est-ce que vous foutez là, vous deux ?

Bill s'assura que Tom les regardait encore et pour toute réponse, il plongea ses yeux dans ceux de Tom et donna un coup de bassin à Andi qui hoqueta et sursauta, choqué. Bill fut encore plus satisfait de voir que Tom était estomaqué, ses yeux auraient pu sortir de sa tête. Il le vit leur tourner le dos et refermer la porte de la chambre en la claquant violemment. Andi protesta immédiatement :

-Putain, t'es con ou quoi ? Pourquoi t'as fait ça ?

Bill, grisé par sa vengeance, l'acier encore plein les yeux, sourit narquoisement et répondit :

-Il a posé une question, je lui ai répondu à ma manière...

De l'autre côté de la porte, Tom était encore ébahi et en colère, jaloux et vexé. Il ne les entendit pas parler mais entendit très distinctement un puissant gémissement et un halètement, signe que ces deux-là, manifestement pas perturbés pour deux sous, avaient repris leur activité. En effet, Bill avait recommencé ses coups de reins, Andi n'était plus aussi disposé, il voulait même arrêter mais le brun ne lui avait pas laissé le choix, toujours en lui jusqu'à la garde, il s'était doucement retiré pour envoyer un coup de bassin brutal que Tom puisse entendre, si cela était possible, tout le plaisir que son fils prenait avec lui et que surtout, son intervention ne les avait pas arrêtés.

Tom oublia totalement de chercher la clé USB, tout ce qu'il put faire fut de remonter dans sa voiture et de démarrer en trombe pour repartir au bureau. Il aurait pu tuer le premier qui se présentait devant lui, il était dans un état de nerfs incroyable. Il savait qu'il avait merdé mais là c'était à Bill qu'il en voulait. Il n'avait jamais rappelé le brun et avait dû supporter d'entendre dire que c'était redevenu parfait entre lui et son fils. Et aujourd'hui, il fallait qu'il tombe sur lui en train de coucher avec Andi. Il avait eu sous les yeux ce qu'il pouvait supporter le moins. Il était complètement perturbé, il n'avait envie que d'une chose : aller chez lui, envoyer Andréas faire une course quelconque et rester seul avec Bill pour avoir des explications. C'était la seule chose à laquelle il pouvait penser, il ne vit même pas le trajet qu'il faisait, il fonctionnait un peu au radar, il ne voulait qu'une chose, parler à Bill.

Il se sentait terriblement ridicule et idiot, il n'avait pas le droit d'interdire à Bill d'avoir des relations avec son petit ami, lui-même couchait encore avec sa femme. Et sa fureur reprit de plus belle quand il se souvint combien lui avait eu du mal à faire l'amour à Victoria, alors que Bill semblait s'abandonner assez facilement.

C'était trop pour lui, en quelques minutes, il venait d'affronter non seulement la sexualité de son fils, bon sang ce dernier avait même des menottes autour des poignets, mais en plus il avait eu l'impression qu'il était devenu indifférent à Bill. Le brun l'avait regardé comme un étranger et s'était contenté de donner un coup de rein en le regardant dans les yeux. Il ne savait même pas où il avait trouvé la force de ne pas se jeter sur lui pour le gifler. Ça lui faisait mal de voir Bill avec un autre que lui, il avait beau essayer, il ne supportait pas. Si ça n'avait pas été son fils, il aurait été capable de tabasser le mec sous le brun.

Il arriva rapidement au travail et ignora Hans qui l'appelait d'une voix forte, quand Tom passa près de lui. Il alla directement s'enfermer dans son bureau et se laissa tomber dans son fauteuil, la tête entre les mains, encore tendu et furieux. Il souffla fortement et massa son front, essayant de se convaincre qu'il était un idiot de se mettre dans un état pareil à cause d'un gamin. Il en voulait à Bill, comme jamais il n'en avait voulu à personne, il se sentait trahi, trompé, remplacé, ignoré. Et il comprit soudain tout ce que le brun devait continuellement ressentir, non seulement parce qu'il était marié, mais parce qu'il ne l'avait plus recontacté comme promis.

Un bon moment après, Tom tournait et retournait encore son portable entre ses mains, réfléchissant toujours et résistant à appeler Bill. Il voulait extérioriser toute la colère et le ressentiment qu'il ressentait mais ne pouvait rien faire d'autre que d'attendre, Bill devait certainement être encore avec Andi. À cette idée, les images de la scène qu'il avait eu devant les yeux s'imposèrent d'elles-même et il eut envie de vomir. Alors il ne tint plus et fit le numéro de Bill. Après quelques sonneries, Bill décrocha et avant qu'il ait pu le prévoir, il s'entendit presque hurler :

-Bill ! Putain, il faut que je te vois ! De suite !

Il entendit Bill répondre calmement :

-Je peux pas. Je suis avec Andi et il est en train de prendre sa douche. Tu veux quoi ?

Tom fronça les sourcils en remarquant que Bill était plutôt froid. Il était même carrément glacial. Il répondit, sèchement lui aussi :

-Tu penses pas qu'on a des trucs à se dire ?

Et toujours cette froideur horrible, qui lui glaçait le sang :

-Je crois pas, non.

-Oh, tu crois pas ?! Moi je crois que si, au contraire ! Ça t'a pas gêné de-

Il fut interrompu par le brun qui répliqua :

-Écoute, je vais pas pouvoir rester au téléphone plus longtemps. Désolé pour tout à l'heure, on savait pas que tu...qu'il y aurait quelqu'un. N'en veux pas à Andi, s'il te plaît, c'est pas de sa faute, c'est de la mienne. Mais ça se reproduira plus. Je vais te laisser parce qu'il a bientôt fini et je veux pas qu'il m'entende.

Tom s'écria :

-Bill, arrête un peu de parler et écoute-moi !

Bill baissa un peu la voix et continua, encore plus ferme et assuré :

-Non, Tom. Toi, écoute-moi. Je fais vite, parce que je crois qu'il a fini, maintenant. Nous deux, c'était une erreur, on aurait jamais dû se lancer dans cette...relation. Il vaut mieux mettre un terme à tout ça.

Tom mit quelques secondes pour réaliser ce que Bill lui disait. Il l'entendit s'interrompre un instant et reprendre :

-Ça vaut mieux pour tout le monde. C'était bien, mais on arrête là, ok ? De toutes façons, on savait qu'on prenait uniquement du bon temps. Toi, t'as ta femme, et moi je suis avec Andi.

Tom avait l'impression de rêver, il ne savait pas s'il fallait rire ou se fâcher encore plus. Il entendait bien Bill lui dire qu'il mettait un terme à leur relation mais n'arrivait pas, ne voulait pas le croire. Et plus que tout, il n'en avait foutrement pas envie. Il ouvrit la bouche pour parler, ordonner au brun de le rejoindre quelque part pour qu'ils puissent en parler, mais Bill dit :

-C'est fini, Tom.

Il resta comme un con sans comprendre, le téléphone toujours collé à l'oreille, avant de réaliser avec stupeur que Bill lui avait raccroché au nez. Tout s'était passé tellement vite, qu'il ne savait pas s'il n'avait pas imaginé ce qui venait de se passer. Il se sentit dépassé par la colère et surtout par la peur d'avoir perdu Bill pour de bon, alors il refit rageusement le numéro du brun et tomba directement sur sa messagerie, Bill avait éteint son portable. Il ne réfléchissait plus, n'était plus capable de se contrôler, son regard était noir de colère, ses mâchoires étaient serrées, il faisait peur à voir, il se faisait peur à lui-même tellement les sentiments qui l'habitaient le dépassaient. Il lança son portable contre le mur et celui-ci alla s'écraser dans un bruit sec, se brisant et s'éparpillant au sol, en plusieurs morceaux. Il éclata d'un rire nerveux, il avait l'impression qu'il était hors de son corps et qu'il regardait l'histoire d'une personne qui n'était pas lui. Il ne pouvait accepter l'idée que Bill ne voulait plus de lui. Il fallait absolument qu'il lui parle et qu'il lui enlève cette idée de la tête, il fallait qu'il le récupère ou il allait perdre le peu de raison qui lui restait, si ce n'était déjà fait. Mais Hans frappa à sa porte et il s'entendit aboyer un « Entrez » avant de voir le visage craintif de son collaborateur passer par l'entrebâillement de la porte.

Pendant ce temps, alors que Andréas avait fini de prendre sa douche, Bill s'était rhabillé et se tourna vers son petit ami :

-Bon, faut que j'y aille, je suis désolé, pour tout à l'heure.

Andréas bougonna :

-Ouais, t'as déconné, putain, et dire que ça commençait à s'arranger avec mon père, là je vais me faire tuer !

-Oh, ça va ! On était pas supposé savoir qu'il allait venir ! Si tu veux, je lui parlerai et je m'excuserai.

-Non, surtout fais rien ! Je verrai bien ce qu'il va me dire.

Bill s'avança vers lui et l'enlaça :

-T'inquiète pas. Je peux comprendre que ça soit gênant pour toi et pour lui, mais bon, c'est des trucs qui arrivent. Dans quelques temps, on en rira !

-Je crois pas que ça va me faire rire, Bill ! Imagine un peu qu'on ait été chez toi et que ta mère nous soit tombée dessus !

Bill rit un peu et répondit, amusé :

-Ouais, c'est clair que j'aurais eu vachement honte ! Et crois-moi que là aussi j'étais mal, mais bon, partis comme on était, j'ai pas pu faire autrement que de continuer !

Ils discutèrent encore un peu et après s'être embrassés une dernière fois, Bill partit. Il arriva chez lui et monta directement dans sa chambre. Il n'avait pas pris de douche chez Andréas, il avait préféré partir le plus vite possible, pour éviter d'avoir à tomber sur Tom ou Victoria. Il revint de la salle de bains, uniquement vêtu d'une serviette nouée à la taille et se rappela qu'il avait éteint son portable. Il le ralluma et ne put s'empêcher de sentir la déception poindre le bout de son nez en constatant qu'il n'y avait aucun message, Tom n'avait plus rappelé.

Cela le força à penser à ce qu'il avait fait, plus tôt. Il s'assit sur le bord de son lit et laissa ses yeux se perdre dans le vague. Il avait dit à Tom que c'était fini, sur le coup il avait été persuadé d'avoir raison, ces derniers jours avaient été trop horribles, il avait attendu que Tom l'appelle, en vain. Tout s'était cassé la figure quand il avait avoué son amour à l'adulte et ce dernier avait fait ce qu'il avait tant souhaité qu'il ne fasse pas, il avait fui. Malgré ses belles paroles, Tom l'avait évité, il en avait été blessé et en colère. Il avait bien compris que Tom n'était pas d'accord avec sa décision d'arrêter leur histoire, mais c'était pourtant mieux pour eux que ça se finisse. Tout était devenu trop compliqué et le serait encore s'ils continuaient. Et puis, il n'arrivait toujours pas à se pardonner d'avoir dit à Tom qu'il l'aimait, il s'en voulait de cette faiblesse impardonnable.

Il espérait simplement qu'il s'habituerait vite à l'idée, parce que pour l'instant, il était au plus mal, son c½ur martelait douloureusement dans sa poitrine et il n'avait envie que d'une chose, c'était d'appeler Tom pour s'excuser et le supplier de venir le rejoindre. Mais s'il faisait cela, il se montrerait faible, ils se jetteraient de nouveau dans cette relation malsaine et Bill avait encore plus peur que Tom ne soit avec lui que pour le sexe, alors qu'il était déjà bien engagé dans ses sentiments. Alors il se répéta une fois de plus qu'il avait pris la meilleure décision et se leva, chassant toutes ses dernières pensées, pour enfiler un de ses longs tee-shirt et un boxer.

Il gémit de désespoir en se souvenant que sa mère ne rentrait pas le soir, elle l'avait prévenu le matin qu'elle irait directement après le travail chez sa meilleure amie, qui venait d'accoucher et qui venait de se faire larguer par son mari. Elle voulait épauler son amie d'enfance, surtout pendant cette période douloureuse et difficile, c'est pourquoi elle avait dit à Bill qu'elle dormirait chez son amie, elle avait pris le matin même quelques affaires et avait laissé de l'argent à son fils pour qu'il se commande un plat à emporter ou une pizza, lui autorisant même de rester dormir chez Andi si celui-ci le lui proposait.

Il était dix-huit heures et Bill était affalé devant la télé, à grignoter des chips, il regardait d'un ½il morne une émission de télé-réalité mais son esprit n'était pas vraiment là. Il entendit sonner et se renfrogna, il faisait un peu frais, il avait descendu sa couette et n'avait nulle intention de se lever. La personne insista lourdement et il finit par soupirer, agacé, et se leva pour ouvrir. Il chancela quand il reconnut Tom derrière sa porte. Ce dernier ne le laissa pas parler et le repoussa à l'intérieur, refermant la porte avec fracas et levant vers lui des yeux noirs de colère :

-Bill, il faut qu'on parle !

Bill tituba un peu mais se reprit rapidement. Il fit ce qu'il savait faire le mieux, il endossa son masque d'indifférence et haussa les épaules avant de répondre :

-Parler pour quoi faire ? On s'est déjà tout dit.

Tom le regarda et cracha, furieux :

-Non ! Toi, tu as parlé, moi j'ai rien pu dire, tu m'as raccroché au nez !

Bill s'appuya contre la table du salon et fit mine d'observer ses ongles. Tom était encore plus furieux de le voir si détaché et l'entendit dire :

-Andi avait fini et j'avais plus rien à dire. Tu voulais quand même pas qu'il m'entende te parler au téléphone, n'est-ce pas ?

-Arrête ça, Bill !

-Arrêter quoi ?

-Arrête de faire comme si ça te touche pas plus que ça ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire que nous deux, c'est fini ?

Bill leva enfin les yeux vers lui, il avait évité de le faire depuis le début pour ne pas craquer. Il fit, étonné :

-Y'a pas de nous deux, Tom ! Y'a jamais vraiment eu de « nous deux » ! C'est...C'est complètement fou ce qu'on était en train de faire, il faut que ça s'arrête !

Tom ricana :

-Bien sûr ! Comme si j'allais te croire ! Bill, je sais que tu m'en veux, parce que je t'ai pas appelé depuis un petit moment, mais tu sais, ces derniers temps j'ai eu beaucoup de boulot et-

Bill l'interrompit en secouant la tête :

-T'excuse pas, c'est normal. Tu as pas à te justifier avec moi. Bon, il vaut mieux que tu partes, ma mère va pas tarder à rentrer.

Tom, à bout de nerfs, s'écria :

-Arrête de me prendre pour un con, Bill ! J'ai vu ta mère au boulot et elle rentre pas ce soir ! Me fait pas dégager, j'ai des trucs à te dire !

Le visage de Bill se ferma et il regarda Tom d'un air buté. Il répéta :

-Tom, il vaut mieux que tu partes.

L'adulte le regarda longuement, cherchant comment l'atteindre sous sa carapace. Bill avait l'air tellement froid, tellement décidé à le faire partir. Il se mit à avoir encore plus peur que Bill l'ait réellement oublié et ait décidé sérieusement de se rapprocher d'Andi de façon à rattraper leur relation. Alors il attaqua directement :

-Tu as dit, le dernier soir où on était ensemble, que tu m'aimais. Tu l'as oublié ?

Il vit Bill se décomposer un instant et lutter pour reprendre un air indifférent. En réalité, Bill avait envie de hurler à Tom que c'était plutôt lui qui l'avait oublié, vu tout le temps qui était passé sans qu'il ne donne de nouvelles mais il ne voulait pas capituler maintenant, il se voulait totalement détaché devant celui qui lui faisait encore un effet monstrueux. Tom s'avança un peu vers lui et répéta, un peu plus bas :

-Tu as dit que tu m'aimais, Bill.

Le brun haussa de nouveau les épaules et dit :

-J'ai menti.

Tom cligna des yeux sous le choc. Il ne s'attendait pas à cette réponse. Il s'entendit répéter, ébahi :

-Tu as...menti ?

-Oui.

Tom plissa les yeux et rétorqua :

-Tu avais pourtant pas la tête de quelqu'un qui mentait, ce soir-là !

-J'étais...Je me sentais bien, on venait de...on venait de baiser, c'était super, alors j'ai dit le premier truc qui me passait par la tête. Désolé que tu aies pris ça au sérieux.

Il ajouta avec un faux sourire :

-Désolé de t'avoir fait flipper pour rien.

Ce fut trop pour Tom. Il ne supporta pas plus longtemps toute la pression, la colère et la crainte de perdre Bill qu'il avait accumulées depuis plus tôt. Ce que Bill répondit le mit hors de lui et il lança son bras en avant, giflant à toute volée le brun. Le bruit sec de la claque les surprit, tellement personne ne s'y attendait. La tête de Bill avait violemment valsée sur le côté et il regarda Tom, interdit. Il se frotta la joue et sentit les larmes lui monter aux yeux. Tom se jeta sur lui de nouveau et il cligna des yeux, effrayé de recevoir une autre claque, mais Tom le prit dans ses bras, le serra fort contre lui à l'en faire mal et gronda dans ses cheveux :

-Je t'interdis de dire ça ! T'as pas le droit, tu m'entends ? T'as pas le droit de salir tout ça !

Bill commença à se débattre et sifflait, rageusement :

-Et toi, t'as pas le droit de lever la main sur moi ! T'es pas mon père ! Lâche-moi !

Tom le tint plus fort, il avait fermé les yeux et se laissait étourdir par l'odeur de Bill qui lui arrivait aux narines. Il continua de parler :

-Crache-moi à la gueule toute ta colère, Bill ! Je sais que j'ai été salaud, je t'ai pas appelé depuis que je suis parti de chez toi, alors que j'avais promis de le faire !

Bill se débattait toujours plus et sentait qu'il allait se mettre à pleurer. Il répondit hargneusement :

-Je suis pas en colère, je me fous complètement que tu aies pas rappelé, et tu me dois rien du tout ! Lâche-moi, je te dis !

Tom le serra encore plus fort et inspirait à plein nez l'odeur de ses cheveux. Il fit glisser ses lèvres sur la tempe et la joue de Bill, notant comment le jeune homme se ramollissait contre lui. Il caressa sa gorge de son nez et lui souffla à l'oreille :

-Comment ? Comment t'as pu oser dire que nous deux c'était une erreur ? Comment t'as pu oser me dire que tout ce qu'on a fait jusque là, c'était juste de la bonne baise qui représentait rien de plus ? Comment tu as pu me dire que tu m'aimais pour me dire après que tu m'as menti ? C'est en disant ça que tu mens, tu mens Bill, quand tu dis que tu veux plus être avec moi...

Bill avait arrêté de se débattre, il avait basculé instinctivement la tête en arrière et fermé les yeux. Il sentait le souffle chaud de Tom contre sa gorge, contre son oreille. Le dreadé le caressait doucement de ses lèvres, il lui effleurait la joue, la bouche, toujours en le retenant contre lui et Bill se sentait défaillir. Tom lui lécha la gorge et dit encore :

-Putain, comment tu as pu me faire ça ?

Bill ne répondait plus et se noyait dans la douce chaleur des bras de Tom qui l'enveloppait. Tom relâcha un peu son étreinte et fut satisfait de sentir l'adolescent se coller de lui-même un peu plus à lui. Il remonta une main dans les longues mèches noires de Bill et plongea son regard dans le sien :

-T'es entré dans ma vie et t'as tout foutu en l'air. Tu m'as complètement bousillé, gamin, je suis totalement obsédé par toi. Tu m'as laissé te faire l'amour, tu m'as donné ta première fois et tu voudrais que je te crois quand tu dis que c'était « une erreur » ? Comment tu peux oser penser une chose pareille ?

Bill avoua enfin, faiblement :

-C'est toi qui m'as oublié. Pendant deux semaines, tu m'as évité, ignoré. C'est toi qui m'a laissé tomber, Tom. Et puis avec ta femme, comment tu veux qu'on-

Tom l'interrompit :

-Me parle pas de ça ! T'as foutu ça aussi en l'air ! Je peux même plus...J'arrive plus à avoir envie d'elle depuis que je te touche toi ! Je t'ai pas oublié, Bill, j'étais juste complètement déboussolé par ce que tu m'as dit, j'ai agi comme un con, j'en suis désolé. Alors ouais, crache-moi ta colère à la gueule, crie-moi dessus, balance-moi ton poing en pleine gueule si ça peut te défouler mais me laisse pas...

Il ne laissa pas à l'androgyne le temps de répondre, il bloqua sa tête d'une poigne ferme, se pencha sur lui, et s'empara de sa bouche pour l'embrasser férocement, le retenant contre lui d'une main et lui caressant les cheveux de l'autre. Bill réalisa encore plus combien tout cela lui avait manqué, les mains de Tom sur lui, sa bouche sur la sienne, son corps contre le sien. Il avait l'impression que tout vacillait autour de lui, Tom l'embrassait comme s'il était assoiffé de lui et il lui répondait de la même façon. Tom s'arrêta un instant pour continuer de lui parler :

-Putain, regarde-moi, j'ai jamais été dans un état comme ça. Depuis que je te connais, je fais que des conneries, je mens à ma famille, le boulot m'intéresse à peine, j'ai la rage quand je sais que t'es avec mon fils et qu'il pose les mains sur toi, je deviens un vrai gamin à mon tour ! Alors putain, ne dis pas que je représente rien pour toi, ne dis pas que c'était une erreur, ou que tu regrettes et que tu veux qu'on arrête, parce que moi je peux pas. Bordel, je me fous de faire encore d'autres conneries, si ça veut dire être avec toi comme on l'a été jusque là. Tu crois que ça m'a rien fait de pas te voir pendant ces deux dernières semaines ? Putain, tu m'as manqué...

Ils s'embrassèrent de nouveau et Bill se sentit tout petit dans les bras de Tom. Il leva une main timide pour enrouler les doigts autour de la nuque de Tom et approfondit le plus possible le baiser. Tom ne lui avait pas dit qu'il l'aimait mais ce qu'il venait d'avouer valait toutes les déclarations, même si un « je t'aime » aurait comblé le brun.

Tom continuait de le taquiner de sa bouche et il tremblait dans ses bras, écoutant les paroles ferventes que le dreadé lui chuchotait. Il avançait les hanches et se frottait contre le ventre de Bill :

-Sens-le, putain ! Sens quel effet tu me fais, sens comme je bande tellement fort que ça me fait mal, juste en te tenant contre moi, comme ça ! Ça a été comme ça ces deux dernières semaines ! Tu m'as horriblement manqué, ta peau m'a manqué, ta bouche m'a manqué, ton odeur m'a manqué, j'en devenais dingue. Ça m'a fait mal d'être loin de toi pendant tout ce temps, je sais pas comment j'ai fait pour pas perdre la raison et toi, pendant ce temps, tu couches avec mon fils comme si tout ça, ça te faisait rien ? Comme si je comptais pas pour toi ? Comment tu peux ? Je peux pas, moi ! Demande-moi tout ce que tu veux, et je le fais, demande-moi n'importe quoi, et tu verras que je suis pas en train de jouer avec toi !

Bill l'écoutait, transporté de ressentir toute l'ardente ferveur de Tom. Mais il avait encore la crainte de n'être intéressant que pour le sexe. Avoir été ignoré pendant deux longues semaines l'avait anéanti, inquiété, fait perdre sa belle assurance, lui qui était pourtant sûr qu'il plaisait autant à Tom que celui-ci lui plaisait. Il avait besoin d'être rassuré encore plus, il avait encore un fond de peur qui lui faisait penser que Tom était surtout revenu pour le sexe. Alors il cassa le baiser et souffla :

-Reste, Tom. Reste cette nuit. Si je t'ai autant manqué, alors reste avec moi, toute la nuit entière.

Tom se raidit et recula la tête :

-Bill, tu sais que tu m'as manqué, mais...me demande pas ça, tu sais bien que je peux pas !

Bill se dégagea des bras de Tom et recula, reprenant un air obstiné :

-Alors pars. C'est bien ce que je pensais, t'es avec moi juste pour le sexe.

Tom soupira d'agacement :

-Ne fais pas ça ! Ne me fais pas de chantage, Bill ! Écoute, je peux rester un moment avec toi, mais toute la nuit, je peux pas ! Qu'est-ce que je vais pouvoir dire pour rester dehors toute la nuit ? Victoria va immédiatement penser que j'ai quelqu'un d'autre, je sais qu'elle se pose des questions et ça va être trop dangereux pour nous si je fais ça ! Comment tu veux que je trouve quelque chose pour justifier ça ?

Bill le regarda durement et dit :

-Trouve une raison, je sais pas, moi. C'est toi qui as dit « tout ce que je veux » et moi je veux que tu restes toute la nuit avec moi. C'est ton boulot de trouver des idées, ça devrait pas être si difficile que ça, pour toi !

Tom agrippa ses épaules et fit un regard implorant :

-Je peux pas, Bill ! Je peux rester quelques heures, mais toute la nuit, je peux vraiment pas !

-Je le savais, de toutes façons ! Tout ce qui t'intéresse, c'est de me baiser ! Tu veux me garder à ta disposition et je dois faire quoi ? Attendre que tu sois disponible ? Tu veux pas qu'Andi couche avec moi, tu veux pas que je te demande quoi que ce soit et je suis supposé faire quoi ?

Tom le tenait toujours par les épaules et écoutait ses reproches accusateurs. Il secoua la tête et s'écria :

-Tu as pas entendu tout ce que je viens de te dire ? Je suis pas avec toi que pour la baise, putain, arrête de parler comme ça ! Je te baise pas, Bill ! Essaie de comprendre que là, tu demandes des choses impossibles !

Bill savait très bien qu'il demandait l'impossible à Tom, mais il aurait voulu une preuve que l'adulte lui était aussi solidement attaché qu'il voulait bien le faire croire. Il ne pouvait plus se contenter de quelques paroles magnifiques et flatteuses venant de Tom. Il avait alors demandé la première chose qui lui était passé par la tête, sachant très bien que c'était irréalisable, mais cela lui faisait mal de voir que Tom n'essayait même pas de trouver une solution pour rester et plus il y pensait, plus il avait envie que Tom reste une nuit entière.

Il repoussa Tom complètement et lança :

-Va t'en, Tom. Ça sert à rien de continuer à discuter, je sais bien que tu peux pas rester, alors pars.

Tom le regarda longuement et dit :

-Tu m'en veux ?

Il se vexa quand Bill ricana ironiquement, il reprit :

-Je sais que tu m'en veux, mais je peux pas faire autrement.

-Oui, avec toi, c'est toujours comme ça, y'a rien que tu saches faire « autrement ». Allez, pars. Je suppose qu'on se verra la prochaine fois que toi, tu seras disponible ?

-Ne dis pas ça comme ça.

Bill voulut parler encore, trouver d'autres paroles blessantes mais s'arrêta soudain en remarquant aux yeux de Tom, que ce dernier avait autant de mal que lui à le laisser. Ils se fixèrent un moment et Bill finit par se jeter dans ses bras :

-Désolé, je voulais pas te faire du chantage. Je...Je voulais tellement que tu restes avec moi, tu m'as tellement manqué, j'ai cru que...je t'intéressais plus et que tu voulais plus de moi. Et j'ai tellement de mal à te laisser partir.

Tom lui caressa les cheveux et murmura :

-Je sais. Putain, t'imagine même pas à quel point pour moi aussi c'est difficile. Je donnerai n'importe quoi pour pouvoir rester, Bill, mais j'ai pas envie d'éveiller les soupçons.

Bill répondit aigrement :

-Je sais. Merde, Tom ! Il faut tout faire à ta façon, c'est ça ? Tu viens quand tu veux, tu pars quand tu veux, il faut pas que je dise des choses qui te perturbent et faut juste que je fasse tout ce que tu veux ! Quand est-ce qu'on va faire ce que moi je veux, hein ?

-Et tu veux quoi ?

-Je veux que tu restes...

-Et voilà, putain, on y revient ! Bill, apparemment aujourd'hui c'est pas possible de discuter avec toi, alors là, je vais juste partir et je t'appellerai quand on sera tous les deux calmés.

Bill lança, de nouveau furieux :

-Ouais, voilà, faisons ça ! Allez, file, et passe le bonjour à Mme Trümper !

Tom soupira :

-Putain, t'es épuisant, je savais pas ! On va pas se quitter fâchés, si ?

Bill le considéra longuement et dit :

-Non, on va pas se quitter fâchés. Je crois que tu devrais vraiment réfléchir à ce qu'on se quitte tout court. On ne va nulle part, comme ça !

Sa lèvre inférieure trembla un peu et Tom put lire la crainte dans ses yeux quand il prononça :

-Si tu peux pas rester ce soir, ne reviens plus du tout. Parce qu'on sait tous les deux qu'on ira pas plus loin que de coucher ensemble de temps en temps, quand tu pourras. Et moi, je suis déjà bien trop attaché à toi pour pouvoir le supporter. Ça va me faire encore plus mal, et je veux pas.

Tom secoua la tête et dit :

-J'arrive pas à croire que t'aies vraiment envie que ça soit fini entre nous !

-Et moi, j'ai enfin compris que c'est ridicule, ce qu'on fait ! Va-t'en !

Il fit quelques grandes enjambées pour ouvrir la porte d'entrée et tira Tom par sa chemise. Celui-ci, trop interdit pour riposter, se vit jeter dehors sans ménagement et repoussa Bill d'une main pour essayer de rentrer avant que quelqu'un ne le voie.

-Bill ! Putain, j'ai pas fini de te parler ! Je pars pas tant que t'as dans la tête que je suis avec toi pour la baise, tu sais bien que c'est pas seulement ça !

-Ah ouais ? C'est quoi d'autre alors ? On fait rien ensemble, à part coucher, et encore ! Alors si tu restes pas ce soir, ne reviens plus du tout, et laisse-moi tranquille !

Tom hocha la tête, le regarda encore longuement et dit :

-C'est vraiment ce que tu veux ? T'en es sûr ?

Bill hésita quelques secondes mais finalement hocha la tête à son tour. Tom avait le regard dur, il savait bien que Bill n'avait vraiment pas envie que tout se termine entre eux, mais il était furieux de se voir mis au pied du mur. Alors il lança :

-Ok, on va faire comme tu veux, alors. Si tu veux que ce soit fini, ça le sera !

Il tourna le dos et finalement sortit de chez Bill sans plus un regard, dérouté, ne sachant que faire, ayant l'impression d'être pris dans une impasse. Bill ne le retint pas et il en fut encore plus blessé. Il avait eu tellement besoin de voir le jeune homme qu'il était venu directement avec sa voiture, s'en fichant si quelqu'un le voyait. Il démarra et conduisit jusqu'à chez lui, réfléchissant à tout ce qu'ils venaient de se dire. Il avait l'impression d'être redevenu un adolescent qui se disputait avec sa petite amie pour tout et n'importe quoi, Bill arrivait vraiment à le mettre dans tous ses états, et ce dans tous les sens du terme. Mais il pouvait parfaitement comprendre ce que le brun ressentait seulement, il ne pouvait pas rester une nuit entière avec Bill, ce serait totalement inconscient.

De son côté, Bill s'était jeté sur la porte pour la fermer à clé au cas où Tom aurait l'idée de revenir. Il était en colère et surtout blessé, il aurait voulu voir Tom se débattre plus que ça pour trouver une solution pour rester et même s'il comprenait la position de l'adulte, il lui en voulait. Il alla se réinstaller sous la couette et fondit en larmes, regrettant amèrement de perdre son sang-froid, se traitant de tous les noms pour avoir fait du chantage à Tom, ayant une violente envie de l'appeler pour s'excuser et lui demander de revenir.

Tom arriva rapidement chez lui et se gara devant son garage. Il laissa son regard se poser un peu partout et soupira. Puis, il sortit lentement, pour retarder le plus possible le moment où il devrait retrouver les siens. Il n'en avait vraiment pas envie. Il s'insultait, se traitait de gamin, il perdait toute rationalité quand il s'agissait de Bill, il agissait exactement comme si c'était lui l'adolescent, comme s'il était incapable de se maîtriser.

Quand il entra dans sa maison, il trouva Mary au téléphone, en train de bavarder gaiement avec une amie quelconque. Elle leva à peine les yeux sur lui et continua de s'esclaffer, au grand désespoir de son frère qui essayait de la faire taire parce qu'il regardait la télé et qu'elle le dérangeait. Il ne dit rien à son fils quand celui-ci leva le regard vers lui mais eut le temps de voir son air gêné. Il alla directement à la cuisine, il savait que Victoria s'y trouvait. Elle lui sourit en le voyant arriver et vint rapidement l'embrasser sur la bouche avant de retourner à ses fourneaux, expliquant :

-Va falloir qu'on change de four bientôt, il marche presque plus ! J'essaye depuis tout à l'heure de faire une tarte mais ça prend plus de temps que d'habitude pour cuire. T'as eu une bonne journée ?

Il allait lui répondre quand il la vit lui tourner le dos pour continuer de s'affairer sans qu'elle ne se préoccupe de ce qu'il allait dire. Il s'assit lentement sur une chaise et entendit des éclats de voix dans le salon, indiquant une dispute entre Mary et son frère. Cette dernière hurlait :

-Papa ! Andi a coupé ma communication ! J'avais pas fini !

Et pendant qu'elle continuait à hurler, il entendait Andi répliquer :

-T'avais qu'à te taire un peu, dis à ta copine d'appeler sur ton portable, j'entends pas la télé ! Papa ! Viens voir un peu ta fille ! Me touche pas, espèce d'hystérique ! Putain, touche-moi encore et tu vas prendre une de ces baffes, toi !

-Idiot ! Crétin !

Et les cris continuaient, Victoria leur criait distraitement de se taire et de se calmer tout en s'agitant dans la cuisine en essayant de s'adresser à lui pour lui raconter sa journée. Il écoutait et regardait autour de lui, comme si tout cela était nouveau, comme s'il ne connaissait pas ces gens qui faisaient pourtant partis de son quotidien, ces gens qui attendaient sûrement tout un tas de choses de lui, ces gens qui attendaient qu'il intervienne pour tout. Les responsabilités commencèrent à lui peser, il manqua d'air. Victoria lui parlait de factures, d'étagères à monter, de la peinture à refaire, et dans le salon, ses enfants se disputaient toujours.

Il eut envie de fuir, il était parti de chez Bill à contrec½ur, espérant l'entendre le retenir. Maintenant qu'il était rentré chez lui, il regrettait d'être là. Il observait tout le décor et regardait sa famille comme s'il les voyait pour la première fois. Ils étaient fades et inintéressants à ses yeux, pire encore, ils lui pesaient. Il eut d'un coup l'impression qu'on attendait trop de lui, ici chez lui, au travail, il eut la pensée mauvaise qu'il n'y avait qu'avec Bill qu'il se sentait vraiment bien, vraiment détendu. Bill attendait simplement de lui qu'il lui accorde du temps et il avait refusé. Il avait refusé par devoir envers les siens et le regrettait plus que tout, ni femme ni enfants ne le retenaient plus. Il se remémora le calme et la douceur de Bill, combien il se sentait bien quand il était avec lui, comment il se laissait prendre avec passion. Il se rappela son regard blessé quand il l'avait laissé, il se rappela de la chaleur du corps du brun contre le sien et ressentit un manque horrible. Il avait beaucoup d'affection pour Victoria, il aimait ses enfants énormément, mais il comprit ce qui faisait la différence avec Bill. Il était amoureux, lui aussi, complètement amoureux de ce gamin. C'était la chose la plus improbable qui aurait pu lui arriver, mais c'était comme ça. Il ne savait pas où tout ça allait le mener, mais il savait qu'il ne pourrait plus se passer de Bill. Son regard se posa partout dans la cuisine et sur sa femme, il se demanda encore ce qu'il faisait là.

Victoria continuait toujours de bouger dans tous les sens, elle n'avait même pas remarqué que Tom n'avait pas répondu à sa question quand elle avait demandé distraitement si sa journée s'était bien passée. Il en fut vexé, il sentait bien que la question avait été posée par politesse, par habitude. Il se sentait complètement déphasé et se leva lentement. Victoria remarqua son geste et l'entendit à peine dire doucement :

-Faut que je me casse, là.

Elle fronça les sourcils et le regarda sans comprendre. Elle resta un instant interdite et le suivit hors de la cuisine. Elle le vit prendre sa veste et comprit qu'il allait partir de chez eux. Elle s'écria :

-Tom ! Où tu vas ? Tu vas pas partir, quand même ? Non mais ça va pas ? Tu vas partir pour aller où, tu viens d'arriver ?!

Tom ne la regardait même plus, il avait remis sa veste et pris ses clés. Victoria s'élança sur lui et le retint par le bras, le secouant un peu :

-Tom ! Je t'ai demandé où tu allais ? Avec qui ? Pourquoi tu pars comme ça, explique-moi, je comprends rien ! Tu reviens à quelle heure ? Tom !

Tom dégagea brusquement son bras et finalement explosa :

-J'en ai marre ! J'en ai plein le cul ! Je bosse comme un malade et quand je rentre c'est pour assister à tout le spectacle que vous m'offrez ? Putain, vous êtes pas possibles ! On dirait un zoo, t'arrête pas de te plaindre, les gosses arrêtent pas de se comporter comme des petits cons, je viens à peine d'arriver que j'entends parler d'étagères et de factures !

Les enfants s'étaient tûs, impressionnés par la fureur de leur père. Celui-ci criait encore plus :

-Vous me gonflez ! J'ai juste besoin de calme et de me reposer tranquille sans vous entendre vous entretuer ou me demander tout un tas de trucs très emmerdants !

Victoria n'eut pas le temps d'en dire plus ou de faire quoi que ce soit d'autre, Tom avait déjà passé la porte et s'était jeté derrière son volant. Il ne pensait plus qu'à une chose, partir loin de chez lui, loin du désordre ambiant, des disputes, de la tendresse écoeurante de sa femme. Il s'était fait jeter par Bill pour rentrer chez lui et avait fini par se sentir encore plus étouffé. Il était encore tout retourné par la discussion qu'il venait d'avoir avec le brun. Ils s'étaient quittés en se disant que c'était fini et il ne voulait qu'une chose, aller arranger les choses avec Bill. Il ne se sentait bien qu'avec lui. Il se foutait de blesser sa femme et ses enfants, il avait un tel besoin de retourner chez Bill que ç'en était viscéral, douloureux. Il n'était même pas surpris ou horrifié de constater que plus rien, hormis Bill, n'avait d'importance.

Il était pressé de le voir, il savait que Bill ne s'attendait pas à ce qu'il revienne. Il regarda partout autour de lui, prudent, pour que personne ne le voie descendre devant chez le brun et se rendit rapidement jusqu'à la porte d'entrée. Il sonna, nerveux et attendit que la porte s'ouvre. Mais personne ne venait, il dut insister et insister encore avant d'entendre un bruit de pas.

Bill ouvrit la porte, le visage défait, les yeux rouges et les cheveux ébouriffés. Il écarquilla les yeux en reconnaissant Tom et ce dernier fit un petit sourire avant de dire :

-J'espère que tu te rends compte qu'à cause de toi, je vais être dans une sacrée merde ! J'espère que tu ronfles pas et que ton lit est confortable.

Ils se dévisagèrent un instant, Bill n'osant comprendre ce que Tom sous-entendait. Tom eut peur de se faire repousser de nouveau, alors il cacha la panique qui le gagnait du mieux qu'il put, sourit et dit :

-Alors, tu vas te décider à me faire entrer ou il faut que je m'attende à passer la nuit entière à dormir dans ma voiture ?

Bill était persuadé de rêver, il comprit que Tom était revenu pour lui. Il ouvrit plus franchement la porte et se jeta dans les bras de Tom, qui l'attrapa au vol et le serra contre lui. Ils se fichaient d'être vus, ils étaient encore à la vue de tout le monde, mais Tom ne l'aurait lâché pour rien au monde. Il respirait mieux depuis qu'il était revenu. Il se sentait à sa place, avec le seul qui l'intéressait vraiment, le seul qu'il aimait vraiment. Tom sentait le soulagement dévaler ses veines, Bill voulait de lui. Il posa la paume de ses mains sur les joues du brun et releva sa tête pour lui sourire et dire :

-Tu vois ? Je t'avais bien dit que depuis que je te connais, je fais que des conneries.

Il pencha la tête et s'empara des lèvres de Bill, d'abord doucement, puis de plus en plus fort, étourdissant le jeune homme avec un baiser chaud et brûlant. Et quand ils rentrèrent, refermant la porte d'entrée d'un même geste, Bill entendit Tom chuchoter contre sa bouche une nouvelle promesse :

-Et crois-moi, si c'est pour toi, des conneries, je suis pas prêt de m'arrêter d'en faire...

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Comments :

  • DarkAngel917

    04/03/2013

    ONH!!!! Trop cute! Vive la suite! :)

  • K

    14/11/2009

    Magnifique j'adoooore franchement !
    J'suis présser de lire la suite mais la j'vais peu etre aller me reposer ^^ Je reviendrais ce soir ou dans la nuit =)
    En tout cas ben encore merci d'écrire =)

    Bisoux bonne journée !!

  • BillKaulitzBlogfic

    24/08/2009

    Trooooooooooooooooop bien ! J'aime énormément ! :D

  • auro-fanart

    22/08/2009

    Très chiante sa famille en effet!!
    Je croisait trop les doigts pour qu'il se barre et aille retrouver Bill!!!!!!XD
    Plus qu'un chapitre, je croise aussi les doigts pour que tu mettes les chapitres 9 et 10, la fin quoi!!!!
    Je veux trop savoir si il finissent ensemble ou pas!!!
    J'adore ta fiction!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! XD

  • Ah-t0miik-x3

    02/08/2009

    Chapitre mouvementé mais super héhé *-*

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    11/07/2009

    La dispute truc de fou !

  • Binoouh

    21/06/2009

    Houla!
    Tom était vraiment plus capable de sa famille!
    Dans un sense jsuis contente parce qu'il va passer plus de temps avec Bill...
    Mais d'un autre coté ... il a été plutôt dur avec sa sa femme et ses enfants non?...
    Bref. xDD
    Vive Le couple Bill/Tomm xDD

  • coke-fanfic

    20/06/2009

    tu peux me prévenir quand il y aura la suite stp?

    elle est trop bien ta fic!

    très touchante et très originale!!

    je suis pressée que tu mettes le chapitre8!

  • Le-o7e-Neffen-YaOi

    15/06/2009

    Délicieux est le mot qui conviendrait le mieux à ce Chapitre =) !

    Il est très bon, j'ai beaucoup aimé, parce leur relation devient de plus en plus complexe, dangereuse, mais profonde et sérieuse =D !

    Küss.

    Guess'.

  • lemon-powa

    14/06/2009

    Coucouu, je suivais ta fiction sur le forum de nokaia, y a eu un bug apparemment, mais franchement j'adore trop ta fiction T-T
    Bonne continuation =D

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